Le théâtre et le cinéma français vivent de visages dévoués à l’exigence de leur art, loin des projecteurs faciles du vedettariat. C’est précisément dans cette lignée que se situe le parcours de Marie-Catherine Conti, une artiste dont la carrière s’étend sur plusieurs décennies. Grâce à son travail d’actrice, de metteuse en scène et d’adaptatrice, elle a su imposer une signature théâtrale singulière.
Lauréate d’une prestigieuse récompense de la Fondation de France, elle a foulé les scènes nationales les plus réputées. En effet, sa présence a marqué une trentaine de spectacles ainsi qu’une cinquantaine de films.
Le parcours théâtral de Marie-Catherine Conti, une vie sur les planches
Des débuts prestigieux à la Comédie-Française
La carrière professionnelle de Marie-Catherine Conti débute officiellement en 1978. Dès cette première année, elle interprète les rôles d’Elvire et de Charlotte dans Dom Juan de Molière, sous la direction de Philippe Ferran au Théâtre des Mathurins. Ce départ prometteur attire rapidement l’attention des institutions théâtrales.
Ainsi, dès 1980, le metteur en scène Antoine Bourseiller l’engage à la Comédie-Française pour jouer dans Six personnages en quête d’auteur. Cette opportunité confirme son talent naissant. Par la suite, elle enchaîne les projets exigeants, explorant les répertoires de Fernando Arrabal ou d’Harold Pinter.
Les collaborations de Marie-Catherine Conti avec les grands metteurs en scène
Au fil des décennies, Marie-Catherine Conti collabore avec des créateurs majeurs du théâtre contemporain. Elle travaille d’abord sous la direction de Jacques Lassalle au Théâtre National de Strasbourg. Elle y joue notamment dans Emilia Galotti, Le Professeur Taranne ou encore La Cerisaie.
De plus, elle noue une relation de travail fidèle avec Hans Peter Cloos. Ce dernier la dirige dans des œuvres puissantes telles que Richard III de Shakespeare ou La Voix humaine de Cocteau. Elle explore également l’univers de Nathalie Sarraute sous la direction de René Loyon, ou encore les pièces d’Arthur Nauzyciel et de Jean-Louis Benoit.
L’incarnation marquante de Marguerite Sirvins
Récemment, au printemps 2024, Marie-Catherine Conti s’est illustrée dans un projet théâtral singulier au Théâtre Essaïon à Paris. Dans le spectacle La Robe de Mariée, écrit par Katherine L. Battaiellie, elle a prêté ses traits à Marguerite Sirvins. Cette créatrice d’art brut, internée à l’asile de Saint-Alban, a confectionné sa robe de mariée avec les fils de vieux draps.
La Compagnie du Lac Majeur et l’engagement de Marie-Catherine Conti pour les écritures contemporaines
Afin de concrétiser sa propre vision artistique, Marie-Catherine Conti fonde en 2001 la Compagnie du Lac Majeur. Cette structure lui permet d’adapter, de co-écrire et de mettre en scène des œuvres littéraires contemporaines pour les porter à la scène. À travers ce projet, elle s’attache à donner une voix théâtrale à des textes d’une grande profondeur humaine.
L’auteure et metteuse en scène réalise plusieurs créations marquantes sous cette bannière :
- Le Huitième Jour de la semaine (1994), adapté de Christian Bobin avec le soutien de France Culture ;
- Les Lettres de Toussainte (1999-2001) de Nadine Fischer, un spectacle qui a voyagé pendant dix ans en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique ;
- Quand même (2005-2007), conçu en collaboration avec l’académicienne Danièle Sallenave, une œuvre couronnée par le prix Marguerite Duras ;
- La Voix humaine (2014) de Jean Cocteau, présentée dans le cadre historique du Château de Raray.
De l’écran noir au petit écran : une présence constante à l’image
Une filmographie riche en complicités de jeu pour Marie-Catherine Conti
Parallèlement à sa carrière théâtrale, Marie-Catherine Conti s’est forgé une solide réputation au cinéma. Elle commence à tourner dès la fin des années 1970, notamment dans Et la tendresse, bordel ! de Patrick Schulmann. Très vite, elle collabore avec des réalisateurs de renom et croise la route de figures majeures du septième art.
Au cours de sa carrière cinématographique, elle partage l’affiche avec des monstres sacrés du cinéma français comme Jacques Dutronc, Bernard Giraudeau ou Sabine Azéma. Elle se distingue également dans des productions internationales, à l’image du film Until September de Richard Marquand. De plus, elle participe à des comédies populaires comme Le Pari de Didier Bourdon et Bernard Campan.
Une figure familière de la télévision française
La télévision lui offre également un terrain de jeu exceptionnel à travers des dizaines de téléfilms et de séries populaires. Les téléspectateurs ont ainsi pu apprécier son jeu dans des productions marquantes telles que Julie Lescaut, Nestor Burma ou Joséphine, ange gardien. Elle incarne des personnages variés, allant de l’avocate à la présidente de tribunal, avec une rigueur constante.
Par ailleurs, elle participe à de grandes fresques historiques, à l’instar du téléfilm La Reine et le Cardinal où elle prête ses traits à Madame Maréchal. Elle collabore aussi régulièrement avec des réalisateurs de renom pour des séries policières à succès comme Profilage ou La Loi de…. Cette polyvalence devant la caméra témoigne de sa capacité à s’adapter à tous les registres.
Transmettre et faire résonner le travail de Marie-Catherine Conti dans ses ateliers et lieux de partage
L’enseignement et l’engagement culturel
Pour Marie-Catherine Conti, le théâtre ne se limite pas à la scène, il se transmet activement. C’est pourquoi elle anime depuis 2008 l’atelier pédagogique « Faire parler les livres » au sein de l’École Départementale de Théâtre. Elle exporte également cette méthode à l’étranger, notamment dans les Instituts culturels français d’Alep, de Naples ou de Bamako.
En outre, elle collabore avec des sociologues pour créer des impromptus théâtraux à Sciences Po Paris ou à l’ESCP. Cette démarche originale amène l’art dramatique au cœur du monde académique.
Des lectures publiques à l’ancrage dans l’Oise
Parallèlement, la metteuse en scène et comédienne consacre une grande partie de son temps à la lecture publique, un exercice qu’elle pratique depuis 2005. Elle collabore régulièrement avec l’écrivaine Danièle Sallenave, mais aussi avec le Festival de Savennières. Elle y fait résonner les mots d’auteurs contemporains majeurs, d’Annie Ernaux à Éric Vuillard.
Enfin, désireuse d’implanter l’art au plus près des territoires, elle fonde l’Atelier des Arts dans l’Oise en 2014. Ce projet propose des spectacles et des impromptus musicaux au Château de Raray. Quelques années plus tard, en 2018, elle ouvre LA GRANGE à Trumilly, un espace culturel en milieu rural dédié aux spectacles professionnels.
Une philosophie de vie entière dédiée à l’exigence artistique
L’engagement de Marie-Catherine Conti envers son art prend sa source dans son histoire personnelle. Fille d’un homme qui rêvait de devenir acteur de cinéma, elle grandit auprès d’une mère absente. Souvent seule dans sa chambre, elle développe très tôt un imaginaire puissant pour s’évader du quotidien. C’est ainsi qu’elle commence à inventer des histoires qu’elle met en scène dans la cour de récréation.
Aujourd’hui, elle refuse de considérer son activité comme un simple métier, préférant parler d’un véritable « état au monde ». Selon elle, le travail de création exige une absence totale de porosité avec la vie privée. Elle s’étonne d’ailleurs des habitudes de la jeune génération, qui adapte parfois les répétitions aux contraintes familiales. Pour elle, l’art exige un dévouement absolu.
De plus, ce refus du vedettariat s’accompagne d’un profond anti-narcissisme. L’actrice estime que sa mission principale est de servir les auteurs plutôt que de chercher la richesse ou la notoriété. Se définissant comme un « franc-tireur » indépendant, elle n’appartient à aucune famille théâtrale précise, privilégiant toujours sa liberté de création.
Quelques zones d’ombre et ajustements chronologiques
Malgré la clarté de son parcours, quelques divergences apparaissent dans les sources biographiques concernant Marie-Catherine Conti. Par exemple, la date de son prix de la Fondation de France varie selon les documents. Certaines biographies officielles le datent de 2004, tandis que son site internet officiel mentionne l’année 2003.
De même, la durée totale de sa carrière suscite des interrogations. Si ses débuts professionnels sur les planches remontent à 1978, certaines bases de données comme AlloCiné lui attribuent un rôle dès 1959. Cette anomalie administrative lui prêterait ainsi près de soixante ans de carrière, ce qui contredit les repères chronologiques établis par l’actrice elle-même.
En définitive, le parcours de Marie-Catherine Conti illustre la persévérance d’une artiste entière, guidée par l’amour des textes et de la transmission. À travers ses créations théâtrales et ses projets de décentralisation culturelle, elle continue d’offrir au public une expérience artistique exigeante et profondément humaine.
