Hubert Blanc-Francard est assis entre une platine vinyle et une enceinte dans une pièce lumineuse

Hubert Blanc-Francard : l’architecte du groove de la French touch

La musique électronique française possède ses héros discrets. Parmi eux, l’empreinte de Hubert Blanc-Francard demeure l’une des plus influentes de cette révolution sonore. Plus connu sous le pseudonyme de Boombass, cet artiste né à Paris à la fin des années soixante a traversé les époques avec une curiosité inépuisable.

En effet, son parcours ne se résume pas à un seul genre musical. Des premiers balbutiements du hip-hop hexagonal jusqu’aux sommets de la French touch avec le duo Cassius, il a façonné le son d’une génération. Pourtant, derrière les projecteurs des clubs mondiaux se cache une histoire familiale unique et une passion dévorante pour les machines.

L’héritage familial sonore de Hubert Blanc-Francard

Le destin musical de Hubert Blanc-Francard s’est dessiné bien avant ses premiers succès populaires. Il grandit au milieu des consoles d’enregistrement grâce à son père Dominique Blanc-Francard, ingénieur du son légendaire qui a notamment collaboré avec Serge Gainsbourg. De plus, son grand-père travaillait déjà à la Radiodiffusion française, installant ainsi une véritable dynastie du son.

Cette immersion précoce lui permet de bricoler ses premiers rythmes directement dans sa chambre d’adolescent avec des boîtes à rythmes et des synthétiseurs. Par ailleurs, la fibre artistique de la famille ne s’arrête pas là. Hubert partage également cette passion avec son frère cadet Mathieu, qui connaîtra plus tard une grande notoriété sous le nom de Sinclair.

L’alliance avec Zdar et les années hip-hop

À la fin des années 1980, le jeune homme fait ses armes comme directeur artistique pour plusieurs maisons de disques parisiennes. Cependant, sa trajectoire bifurque définitivement en 1988 au studio Plus XXX. C’est à cet endroit qu’il rencontre Philippe Cerboneschi, dit Zdar, alors simple assistant de son père. Cette rencontre marque le début d’une complicité créative exceptionnelle.

Ensemble, ils unissent leurs forces pour concevoir le son de la nouvelle scène rap française. Ils collaborent ainsi avec Jimmy Jay pour produire le premier album de MC Solaar, un disque qui va bousculer la chanson française. Hubert Blanc-Francard y insuffle son sens inné du rythme, notamment sur le titre mythique « Nouveau Western ».

Par la suite, le duo ne s’arrête pas en si bon chemin. Sous le nom de La Funk Mob, ils publient un premier maxi instrumental sur le label anglais Mo’Wax en 1994. Ce projet leur ouvre de nouvelles portes et leur permet de remixer des artistes internationaux majeurs comme Björk ou Depeche Mode.

L’aventure planétaire de Cassius menée par Hubert Blanc-Francard

En 1996, une nouvelle ère commence lorsque le duo se rebaptise Cassius. Ce changement d’identité coïncide avec l’explosion de la French touch, ce mouvement électronique français qui s’apprête à conquérir le monde. Grâce à une fusion unique de house, de funk et de hip-hop, la musique de Hubert Blanc-Francard trouve immédiatement son public.

Leur premier album, intitulé simplement 1999, devient un triomphe immédiat en Europe. Pour composer le tube « Feeling for you », le producteur utilise un sample de filtre qu’il gardait précieusement de côté depuis des années. Ce morceau résume à lui seul l’efficacité redoutable de leur méthode de travail en studio.

Le duo enchaîne ensuite les projets avec une liberté totale. Bien que l’album Au rêve en 2002 connaisse un accueil commercial plus timide, ils opèrent un virage pop-rock surprenant avec l’opus 15 again en 2006. Plus tard, le succès mondial du titre « i <3 u so" en 2010 confirme leur modernité.

Leur album Ibifornia, sorti en 2016, pousse encore plus loin l’art des collaborations. En effet, ils y invitent des icônes telles que Pharrell Williams et les Beastie Boys. Ce disque solaire mélange les influences d’Ibiza et de la Californie dans un grand tourbillon festif.

Le drame de 2019 et le chemin en solo

L’année 2019 devait être celle d’un nouveau départ avec la sortie de l’album Dreems. Pourtant, l’histoire s’arrête brutalement le 19 juin 2019. Philippe Zdar perd la vie après une chute accidentelle depuis la fenêtre d’un immeuble parisien. Ce drame laisse Hubert Blanc-Francard profondément meurtri.

L’album sort deux jours seulement après cette disparition, marquant la fin du groupe. Après une période de deuil, le musicien choisit la création pour surmonter sa peine. Ainsi, en 2020, il publie son tout premier effort en solo, l’EP Le Virage.

Ce disque lui permet de rendre hommage à son ami disparu à travers des morceaux poignants comme « Pour que Tu » et « Regarde Moi ». En mélangeant des sonorités acid-house à des clins d’œil à Serge Gainsbourg, il prouve que sa sensibilité musicale reste intacte, même en solo.

Écriture, mémoire et retour triomphal sur scène

Au-delà de la musique, Hubert Blanc-Francard choisit également la plume pour raconter son parcours. En août 2021, il publie son autobiographie intitulée Boombass, une histoire de la French touch. Cet ouvrage intime offre un regard sincère sur les coulisses de l’industrie.

Parallèlement, l’artiste n’oublie pas la scène. Le 8 septembre 2024, il accepte de mixer à nouveau sous le pavillon de Cassius pour la clôture des Jeux Paralympiques de Paris. Ce concert mémorable au Stade de France réunit des milliers de spectateurs.

Enfin, une première compilation officielle de Cassius voit le jour à la fin de l’année 2024. Sur le plan personnel, le musicien trouve son équilibre auprès de ses filles, nées de son union passée avec sa compagne de l’époque, la chorégraphe Gladys Gambie.

Aujourd’hui, alors que sa contribution artistique a reçu une distinction officielle en 2025, le producteur continue d’inspirer. Son parcours rappelle que derrière les machines se cachent avant tout des histoires d’amitié, de transmission et de passion pure pour le son.


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