Le paysage audiovisuel français des années 1970 et 1980 garde l’empreinte de visages marquants, révélés par des sagas historiques mémorables. Parmi ces personnalités singulières, Yolande Folliot incarne une élégance rare, naviguant avec aisance entre les planches de théâtre et les plateaux de tournage.
Bien que le grand public l’associe spontanément à des héroïnes romantiques de la télévision, sa véritable passion s’exprime avant tout sous la lumière des projecteurs de scène. Portrait d’une comédienne exigeante qui a consacré sa vie à l’art dramatique tout en préservant jalousement son jardin secret.
Les premiers pas de Yolande Folliot vers une vocation théâtrale
Yolande Isoline Folliot naît le 12 décembre 1952 au Mans, dans la Sarthe. Fille d’un instituteur, Gaston Folliot, elle grandit au sein d’une famille qui privilégie l’instruction et la rigueur. Dès sa jeunesse, la jeune femme, qui mesure 1,68 mètre, se passionne pour l’art dramatique.
Afin de concrétiser ses ambitions artistiques, elle s’installe à Paris et intègre le prestigieux Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Ce passage par cette institution d’élite lui permet d’acquérir les bases techniques indispensables pour aborder les textes les plus exigeants de la littérature théâtrale.
Une vie dédiée aux planches et au grand répertoire
Dès le début des années 1970, la comédienne française fait ses débuts professionnels au Théâtre des Célestins à Lyon, une scène majeure de la décentralisation théâtrale. Sous la direction exigeante de Jean Meyer, elle se voit rapidement confier de nombreux premiers rôles du répertoire classique. Le public lyonnais la découvre ainsi en Silvia dans Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux en 1973, puis dans les rôles de Dorimène dans Le Bourgeois gentilhomme et d’Elise dans L’Avare de Molière en 1974.
Cette collaboration artistique privilégiée avec Jean Meyer s’étend sur plus de trois décennies et façonne durablement son parcours. En effet, l’actrice de théâtre enchaîne les projets d’envergure, alternant les œuvres classiques de Musset, Corneille ou Giraudoux avec des pièces de boulevard et des créations plus contemporaines. Elle incarne notamment Célimène dans Le Misanthrope à plusieurs reprises, ou encore la célèbre Nora dans Une maison de poupée d’Henrik Ibsen en 1980.
Au fil des ans, sa carrière théâtrale s’enrichit de dizaines de pièces marquantes. On la retrouve aussi bien dans des comédies légères que dans des drames profonds :
- Les Bienfaits de la culture d’Alexandre Tolstoï (1975), où elle joue la jeune princesse ;
- Le dindon de Georges Feydeau (1984), incarnant Lucienne Vatelin aux côtés de Jean-Pierre Darras ;
- La Dame de chez Maxim de Feydeau (1990) ;
- Chantecler d’Edmond Rostand (1995), mis en scène par Jérôme Savary au Théâtre national de Chaillot ;
- Le Nouveau Testament de Sacha Guitry (1999) au Théâtre des Variétés ;
- Tout est bien qui finit bien de William Shakespeare (2011) ;
- L’azalée d’André Roussin (2015), présentée en tournée nationale ;
- Le Gang des seniors (2018), où elle interprète le personnage d’Amandine.
Par ailleurs, cette intense activité théâtrale trouve un écho régulier sur les écrans de télévision grâce à la célèbre émission Au théâtre ce soir. Yolande Folliot participe à plusieurs captations mémorables sous la direction de Pierre Sabbagh, notamment dans Il était une gare de Jacques Deval en 1978, ou Ce que femme veut d’Alfred et de Letraz en 1980.
Les grands rôles de Yolande Folliot à la télévision durant l’âge d’or des feuilletons
Parallèlement à ses triomphes sur scène, Yolande Folliot s’impose comme une figure incontournable de la télévision française durant les années 1970 et 1980. Elle fait ses premiers pas sur le petit écran en 1974 dans l’adaptation de Paul et Virginie signée Pierre Gaspard-Huit. Cependant, c’est son rôle principal dans La Poupée sanglante en 1976 qui lui apporte une immense notoriété populaire. Dans cette adaptation fantastique du roman de Gaston Leroux par Marcel Cravenne, elle prête ses traits délicats à Christine Gaillard.
La comédienne enchaîne ensuite les grands feuilletons historiques qui font les beaux jours de la télévision publique. Elle incarne ainsi Solange Dandillot dans Les Jeunes Filles en 1978, une adaptation de l’œuvre d’Henry de Montherlant par Lazare Iglesis où elle donne la réplique au grand Jean Piat. Elle s’illustre également dans Ces beaux messieurs de Bois-Doré de Bernard Borderie aux côtés de Georges Beller, ou encore en incarnant des figures de l’Histoire de France comme Diane de Poitiers dans Les Grandes Conjurations et Madame de Polignac dans L’Été de la Révolution.
Sa rencontre artistique avec le réalisateur Jacques Doniol-Valcroze marque un autre sommet de sa carrière télévisuelle. En 1979, elle tient le rôle principal féminin dans le feuilleton Le Tourbillon des jours, formant à l’écran un couple passionné et mémorable avec Niels Arestrup. Le cinéaste lui renouvelle sa confiance en lui confiant le rôle de Clarisse Duruy dans Les Fiancées de l’Empire en 1981, puis en la faisant tourner dans Venise en hiver en 1982.
L’évolution vers les séries contemporaines et le grand écran
À partir des années 1990, la comédienne adapte son jeu aux nouvelles exigences de la production télévisuelle, s’orientant vers des séries contemporaines et des téléfilms populaires. Le public la retrouve ainsi dans des productions variées telles que Clotilde Dupuy ou la série Me Lerminier. Elle fait également des apparitions remarquées dans des épisodes de séries policières ou familiales majeures, notamment dans Nestor Burma en 1995, puis dans Louis la Brocante et Joséphine, ange gardien au début des années 2000.
Elle intègre par ailleurs la saga estivale Le Bleu de l’océan au début des années 2000, où elle prête ses traits au personnage de Mireille. Plus récemment, en 2013, elle s’illustre dans un épisode de la série policière à succès Section de recherches.
En revanche, sa trajectoire cinématographique s’avère beaucoup plus confidentielle. Yolande Folliot n’a tourné que très peu pour le grand écran au cours de sa carrière. Elle apparaît dans les années 1970 dans Deux cloches à la neige, une œuvre de Jean-Louis Guillermou dont la date de sortie exacte fait l’objet de contradictions, oscillant selon les sources entre 1973 et 1976. En 2003, elle joue le rôle-titre dans le court-métrage La mère, avant de faire une apparition sous les traits d’une procureure dans la comédie À coup sûr de Delphine de Vigan, sortie selon les bases de données en 2013 ou 2014.
L’art de la voix : du cinéma hollywoodien à l’animation
Au-delà de sa présence physique devant la caméra, Yolande Folliot s’est forgé une solide réputation dans le milieu de la post-synchronisation et du doublage. Elle prête notamment sa voix française à Kathleen Turner pour son rôle de Matty Walker dans le thriller culte La Fièvre au corps. De plus, les amateurs de science-fiction reconnaissent son timbre dans la version française du chef-d’œuvre de Ridley Scott, Blade Runner, où elle double le personnage de Zhora incarné par Joanna Cassidy.
Sa polyvalence vocale lui permet également d’explorer l’univers de l’animation et des séries télévisées. Elle assure ainsi la voix française de Catwoman (Selina Kyle) dans la célèbre série animée Batman de 1992, un rôle vocal qu’elle partage en alternance avec d’autres comédiennes. Elle prête aussi sa voix de manière non créditée à l’actrice Gayle Hunnicutt dans une mini-série télévisée au début des années 1980.
Aujourd’hui, Yolande Folliot laisse l’image d’une artiste complète, capable de passer de la tragédie classique au doublage de blockbusters avec la même rigueur professionnelle. En protégeant sa vie privée tout au long de sa carrière active, elle a su préserver ce mystère qui caractérise les grandes dames de sa génération. Son parcours théâtral et télévisuel rappelle que la longévité d’un interprète repose avant tout sur l’exigence de son art et la fidélité à ses premières amours scéniques.
