Benjamin Egner regarde l'objectif dans ce portrait en noir et blanc

Benjamin Egner : l’art de la métamorphose entre scène, écran et doublage

Certains visages s’imposent immédiatement sur nos écrans. En revanche, d’autres s’insinuent plus subtilement dans l’imaginaire collectif par la force de leur voix. Le parcours de Benjamin Egner illustre parfaitement cette polyvalence artistique rare qui caractérise les grands artisans du spectacle vivant. Qu’il incarne un flic rigoureux à la télévision ou qu’il foule les planches parisiennes, ce comédien franco-belge construit une œuvre d’une grande richesse.

Aujourd’hui âgé de 53 ans, l’artiste concilie brillamment les exigences de la scène et les contraintes des tournages. En effet, sa carrière ne se limite pas à un seul genre ou à un seul médium. De la tragédie classique aux comédies populaires, il navigue avec aisance d’un registre à l’autre, y compris dans le doublage. Ce portrait retrace le chemin d’un acteur passionné, guidé depuis l’enfance par l’amour du jeu et du collectif.

Des planches de Mogador aux écoles parisiennes : la genèse d’une vocation

Né à Bruxelles le 3 août 1972, Benjamin Egner grandit à Paris dans une famille où la culture occupe une place centrale. Ses parents, grands cinéphiles, transmettent rapidement à leur fratrie le goût des salles obscures. Ainsi, le jeune garçon s’émerveille devant des monstres sacrés comme Jean-Paul Belmondo ou Robert De Niro. Pourtant, c’est au théâtre que se produit son premier véritable choc artistique.

À l’âge de 11 ans, il assiste à une représentation de Cyrano de Bergerac au Théâtre Mogador. Ce soir-là, Jacques Weber joue le rôle-titre malgré une voix brisée, offrant une performance d’une intensité inoubliable. Ce moment décisif scelle son destin. Quelques années plus tard, sa mère l’inscrit à un cours d’art dramatique de quartier, confirmant définitivement son désir de monter sur scène. Malgré les inquiétudes initiales de son père, sa famille soutient pleinement cette ambition naissante.

Afin de concrétiser ce rêve, le jeune homme intègre d’abord le prestigieux Cours Florent de 1992 à 1994, travaillant sous la direction de Jean-Pierre Garnier. Désireux d’approfondir sa technique, il poursuit son apprentissage à l’École Claude Mathieu jusqu’en 1996. Durant ces années formatrices, il étudie auprès de pédagogues renommés tels que Claude Mathieu et Jacques Hadjaje. Ces enseignements lui permettent d’acquérir une solide rigueur technique et de forger son identité de comédien.

L’amour des planches et l’esprit de troupe de Benjamin Egner

Une fois ses diplômes en poche, l’artiste privilégie rapidement l’expérience collective. C’est pourquoi il rejoint la troupe d’Emmanuel Demarcy-Mota, une collaboration fructueuse qui va durer sept ans, de 1998 à 2005. Ensemble, ils explorent des textes exigeants et parcourent les théâtres. Cette période pose les bases de son éthique de travail, centrée sur la cohésion et le partage. Au total, sa carrière théâtrale compte plus de 1 540 représentations à travers la France.

Son répertoire théâtral impressionne par son éclectisme, mêlant auteurs classiques et dramaturges contemporains. Benjamin Egner s’illustre d’abord dans des œuvres de Molière, Shakespeare ou Marivaux, avant d’aborder des pièces modernes marquantes. On peut notamment retenir ses rôles dans les productions suivantes :

  • Le diable en partage de Fabrice Melquiot ;
  • Littoral de Wajdi Mouawad, mis en scène par Magali Léris ;
  • L’avare de Molière, aux côtés de Michel Bouquet ;
  • Les Palmes de Monsieur Schutz, où il incarne Pierre Curie ;
  • Adieu Monsieur Haffmann, pièce à succès de Jean-Philippe Daguerre.

Plus récemment, le comédien a poursuivi cette dynamique théâtrale intense. Entre 2022 et 2024, il participe à l’adaptation de Madame Ming d’Éric-Emmanuel Schmitt. Par ailleurs, il triomphe dans la reprise de la pièce culte Le Repas des Fauves, ainsi que dans le spectacle musical La Voix d’Or. En 2026, il rejoint la distribution de la comédie Mon Jour de Chance, écrite par Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras. Ce projet confirme sa place de choix dans le théâtre privé.

De la télévision au cinéma : les grands rôles de Benjamin Egner

Parallèlement à sa carrière théâtrale, Benjamin Egner s’impose comme une figure familière du petit écran. Son rôle le plus emblématique reste celui du Commandant Alexandre Pardo dans la série à succès L’Art du Crime. Présent depuis le lancement en 2017, il prête ses traits à ce policier pragmatique confronté à des enquêtes artistiques complexes. Ce personnage récurrent lui permet de fidéliser un large public au fil des saisons.

Toutefois, ce succès ne doit pas occulter ses autres performances marquantes à la télévision. Auparavant, les téléspectateurs avaient pu le découvrir dans le feuilleton quotidien Seconde Chance, où il incarnait Lucas Broman sur près de 90 épisodes. Par la suite, il décroche des rôles d’envergure dans plusieurs productions de premier plan :

  • Le Commissaire Stéphane Mercier dans la série policière Main courante ;
  • Raphaël Melville, le rigoureux directeur d’hôpital dans la série médicale Nina ;
  • Des apparitions remarquées dans des séries populaires telles que Candice Renoir, Astrid et Raphaëlle, ainsi que la série phénomène HPI aux côtés d’Audrey Fleurot.

Au cinéma, il tourne sous la direction de Jérôme Bonnell dans Les Yeux clairs ou de Didier Caron. En outre, sa filmographie s’enrichit de nombreux téléfilms de prestige. Récemment, il s’est illustré dans des fictions de premier plan telles que Le Goût du crime ou encore L’Ami qui n’existe pas. Ces projets confirment son aisance naturelle dans le registre dramatique et le thriller.

L’art du doublage : une philosophie du jeu et de l’humilité

Au-delà de son travail visible à l’écran, Benjamin Egner possède une solide réputation dans le milieu du doublage, une discipline qu’il aborde dès 2004. Sa rencontre fortuite avec Gérard Dessalles sur un tournage lui ouvre les portes des studios de post-synchronisation. Doté d’un registre vocal médium à grave, il s’adapte parfaitement aux profils de jeunes adultes et d’hommes mûrs. Pour lui, cette pratique exige avant tout une grande humilité.

En effet, l’acteur estime qu’un bon doubleur doit s’effacer derrière le jeu de l’interprète original pour en respecter l’intention première. De plus, il considère que la clé technique de cette discipline réside dans la détente corporelle et intérieure. Selon ses dires, cet exercice exigeant lui a permis d’assouplir son propre jeu lorsqu’il se retrouve face caméra. Bien qu’il privilégie personnellement les versions originales en tant que spectateur, il prend un réel plaisir à soigner les versions françaises.

Des rôles cultes derrière le micro

Grâce à la souplesse de son organe vocal, Benjamin Egner prête sa voix à de nombreuses fictions étrangères. Il double notamment l’acteur Paul Campbell dans plusieurs productions de Noël de la chaîne Hallmark. Par ailleurs, les amateurs de séries télévisées peuvent reconnaître son timbre dans des œuvres marquantes :

  • L’inspecteur Luke Callaghan dans la série policière canadienne Rookie Blue ;
  • John Corben / Metallo dans la série fantastique The Flash ;
  • Sterling Frost, Jr. dans la série policière acclamée Poker Face ;
  • Robert Anderson dans la mini-série dramatique The Regime.

De plus, l’industrie du jeu vidéo fait régulièrement appel à ses services pour des productions d’envergure internationale. Les joueurs ont ainsi pu entendre sa voix derrière des personnages emblématiques :

  • Jack Mitchell dans le célèbre jeu d’action Call of Duty: Advanced Warfare ;
  • Le personnage de Lion dans le jeu de tir tactique Rainbow Six Siege ;
  • Kevin Beckman dans le jeu d’action Ghostbusters.

Enfin, il prête régulièrement sa voix à des documentaires et à des campagnes publicitaires d’envergure nationale.

Un artiste complet loin des projecteurs

Derrière la caméra et loin de la scène, Benjamin Egner cultive un jardin secret riche de passions diverses. Musicien accompli, il pratique assidûment la guitare et le piano, s’essayant régulièrement au chant pour s’accompagner. Ce goût pour la musique nourrit son sens du rythme, un atout précieux pour caler ses répliques au théâtre ou en studio de doublage. Par ailleurs, il entretient sa forme physique en jouant régulièrement au tennis.

Père de famille attentionné, l’artiste fréquente régulièrement les cinémas et les théâtres pour soutenir ses confrères. Cette curiosité insatiable pour le travail des autres nourrit constamment sa propre pratique artistique. En somme, sa vie quotidienne s’articule autour d’un équilibre harmonieux entre ses engagements professionnels exigeants et ses moments de complicité familiale.

Qu’il soit sur scène ou derrière un micro, Benjamin Egner incarne une vision exigeante du métier de comédien. Sa riche carrière prouve que la longévité artistique repose avant tout sur le travail, la polyvalence et l’humilité.


Publié le

dans

par