Le football français moderne doit beaucoup aux hommes de l’ombre qui ont structuré ses plus grands triomphes. Parmi eux, Claude Simonet occupe une place singulière, marquée à la fois par la gloire éternelle de la Coupe du monde 1998 et par les turbulences d’une fin de mandat douloureuse.
Pendant onze ans, ce dirigeant au profil atypique a tenu les rênes de la Fédération Française de Football (FFF), naviguant entre le monde amateur et le football professionnel. Son histoire personnelle, mêlant rigueur industrielle et passion pour le ballon rond, reflète les mutations d’un sport devenu planétaire.
De la Mayenne aux cages de but : le double parcours d’un bâtisseur
Un gardien de but au cœur de l’industrie du bâtiment
Né en 1930 dans l’Orne, le jeune garçon s’installe rapidement avec sa famille en Mayenne, où il effectue ses premiers arrêts de gardien à Craon. Parallèlement à sa passion sportive, il suit des études techniques et s’engage dans une carrière d’ingénieur en travaux publics. Ce double profil va caractériser toute son existence. Il travaille d’abord au Mans, puis rejoint une entreprise de BTP à Nantes.
Sur les terrains, il conserve toute sa vie un statut d’amateur, même s’il évolue régulièrement au niveau professionnel. Il garde notamment les buts de l’US Le Mans avant de rejoindre le FC Nantes au milieu des années 1950. Durant son service militaire, il s’illustre également en devenant champion de France militaire en 1951 aux côtés de Jean Vincent.
Les premiers pas de dirigeant au FC Nantes et en Atlantique
Sa transition vers les instances dirigeantes s’opère naturellement dans sa région d’adoption. Dès 1970, il s’implique comme trésorier du district de Loire-Atlantique. Rapidement, il intègre le comité directeur du FC Nantes, devenant vice-président chargé des finances sous la présidence de Louis Fonteneau. Cette période correspond à un véritable âge d’or pour les Canaris, qui accumulent les titres nationaux entre 1973 et 1983.
En 1984, il prend la présidence de la Ligue d’Atlantique de football, un poste qu’il occupera pendant seize ans. C’est à ce niveau qu’il démontre ses qualités de bâtisseur en impulsant un centre régional technique pour encadrer les jeunes espoirs. Son expertise financière et sa rigueur acquise dans le BTP le conduisent rapidement vers les instances nationales de la FFF.
L’ascension à la présidence de la FFF : l’ère des réformes et du sacre
Reconstruire sur les ruines de 1993
En février 1994, la fédération traverse une tempête institutionnelle et sportive sans précédent. La non-qualification des Bleus pour le Mondial 1994, scellée par la défaite historique contre la Bulgarie en octobre 1993, a provoqué la démission de Jean Fournet-Fayard. C’est dans ce contexte de crise que Claude Simonet est élu pour reprendre la présidence.
Dès sa prise de fonction, le nouveau président s’attelle à une profonde restructuration de la gouvernance fédérale. En février 1995, il fait adopter une grande réforme des instances. Son objectif principal consiste à maintenir l’unité et à trouver un consensus permanent entre le monde professionnel, alors incarné par Noël Le Graët, et le football amateur, représenté par Jean-Pierre Escalettes.
Le sommet du football français en 1998 et 2000
Le travail de structuration mené par Claude Simonet porte ses fruits de manière spectaculaire sur le plan sportif. Sous sa présidence, la sélection nationale dirigée par Aimé Jacquet décroche sa première étoile lors de la Coupe du monde 1998, un événement historique qui propulse le dirigeant au rang d’officier de la Légion d’honneur. Ce triomphe est suivi deux ans plus tard par le sacre européen à l’Euro 2000.
Au total, durant ses onze années de mandat, les différentes équipes de France remportent dix titres majeurs, incluant deux Coupes des Confédérations ainsi que plusieurs championnats d’Europe chez les jeunes et les féminines. Cette réussite installe solidement l’ancien dirigeant sportif au sommet du football mondial, lui permettant d’intégrer le comité exécutif de l’UEFA puis d’occuper des fonctions clés à la FIFA.
Les années de crise et la fin de règne de l’ex-patron du football français
Le déclin sportif et l’affaire de la Romanée-Conti
Cependant, les sommets sportifs laissent place à des lendemains plus sombres au début des années 2000. Le fiasco de la Coupe du monde 2002 en Corée du Sud et au Japon, où les Bleus sont éliminés dès le premier tour sans marquer le moindre but, marque le début du déclin. Cet échec sportif s’accompagne de critiques sur le train de vie de la fédération.
Une polémique éclate notamment autour d’une bouteille de vin de Romanée-Conti millésime 1998, d’une valeur de 4 800 euros, achetée à Séoul et validée dans les notes de frais de la délégation. Cet épisode cristallise le mécontentement des observateurs face à ce qui est perçu comme une déconnexion des dirigeants par rapport aux réalités du football amateur.
La dissimulation des comptes et la condamnation judiciaire
Le véritable coup d’arrêt pour Claude Simonet intervient sur le terrain financier et judiciaire. Après son départ de la présidence en 2005, où il est remplacé par Jean-Pierre Escalettes, la gestion des comptes de l’exercice 2003 est passée au crible. La justice lui reproche d’avoir dissimulé un déficit réel de près de 14 millions d’euros en présentant un solde négatif dérisoire de 63 000 euros.
Cette tentative de maquillage comptable débouche sur un procès retentissant. En novembre 2007, le tribunal correctionnel de Paris condamne l’ancien président de la FFF à six mois de prison avec sursis ainsi qu’à une amende de 10 000 euros. Cette condamnation terne durablement la fin de vie publique de l’ex-patron du football français.
L’héritage contrasté de Claude Simonet
Malgré ces controverses judiciaires, le monde du football n’a pas oublié le rôle de bâtisseur de Claude Simonet. Lorsqu’il s’éteint en mars 2023 à l’âge de 92 ans, les hommages de l’institution soulignent sa capacité à avoir stabilisé la fédération dans une période de transition majeure. Un hommage national lui est d’ailleurs rendu au Stade de France lors d’une rencontre internationale.
Son parcours illustre la complexité de la gestion des fédérations modernes, au carrefour des passions sportives, des exigences économiques et des dérives potentielles du pouvoir. Il reste dans l’histoire comme le président qui a accompagné la France vers son premier sacre mondial, gravant son nom dans les pages d’or du sport tricolore.
