Portrait de Mouna Soualem avec ses longs cheveux bruns bouclés devant un arrière-plan urbain flou

Mouna Soualem : la révélation d’une actrice engagée au cœur de la mémoire

Dans le paysage audiovisuel contemporain, de rares trajectoires concilient l’exigence du cinéma d’auteur et la puissance des récits populaires. La comédienne française Mouna Soualem s’impose précisément à cette lisière, portant à l’écran des personnages habités par les tumultes de l’histoire et de l’intime. Révélée aux yeux du grand public par des rôles d’une grande intensité dramatique, elle insuffle à ses interprétations une justesse singulière, nourrie par un parcours cosmopolite et un héritage artistique remarquable.

Loin des parcours d’acteurs linéaires, sa trajectoire témoigne d’une maturation patiente, débutée très jeune sous l’œil de géants du septième art pour s’épanouir aujourd’hui dans de grandes productions télévisuelles. Des planches de théâtre new-yorkaises aux plateaux de tournage européens, elle trace un chemin exigeant où la quête de vérité dramatique s’allie constamment à un profond sens de la transmission mémorielle.

Un héritage artistique au carrefour des cultures

Née au sein d’une véritable dynastie d’artistes franco-algéro-palestiniens, Mouna Soualem grandit dans un environnement où le cinéma et le théâtre constituent un langage quotidien. Elle est la fille de l’actrice et réalisatrice franco-palestinienne Hiam Abbass et du comédien franco-algérien Zinedine Soualem. Sa sœur, Lina Soualem, s’illustre également dans le milieu du cinéma en tant que réalisatrice et scénariste. Cet environnement familial stimule très tôt sa vocation artistique, bien que ses parents aient toujours veillé à ne jamais lui imposer ce choix de carrière.

Cet ancrage familial est aussi profondément mémoriel. Du côté maternel, son histoire est marquée par l’exil de sa grand-mère et de son arrière-grand-mère, déplacées de Tibériade lors de la Nakba en 1948. Durant son enfance, la famille séjourne régulièrement en Galilée et en Palestine, tandis que sa mère maintient l’usage de la langue arabe à la maison. Du côté paternel, l’immigration de ses grands-parents algériens dans le Puy-de-Dôme inspire le travail documentaire de sa sœur. Ce double héritage culturel façonne durablement sa sensibilité d’actrice, l’orientant naturellement vers des projets interrogeant l’identité et la mémoire collective.

Une formation internationale rigoureuse

Sa première apparition à l’écran relève du coup de destin. En 2005, alors qu’elle accompagne sa mère sur le plateau du film Munich, le réalisateur Steven Spielberg la remarque et lui propose d’incarner le personnage d’Amina Hamshari. Elle est alors âgée de 10 ou 11 ans selon les sources. Malgré cette opportunité précoce, la jeune fille choisit de privilégier ses études et d’acquérir une solide formation classique avant de se lancer pleinement dans le métier.

Après l’obtention d’un baccalauréat économique et social en 2012, elle entame un double cursus académique et théâtral. Elle valide une licence en cinéma à l’Université Paris VIII tout en se formant au Conservatoire Gabriel Fauré à Paris. Désireuse de diversifier son jeu, elle traverse l’Atlantique pour intégrer le prestigieux Stella Adler Studio of Acting à New York entre 2017 et 2020. Cette expérience américaine lui permet d’explorer le répertoire classique et contemporain, de Shakespeare à Edward Albee, et de se confronter à des scènes exigeantes, y compris lors de représentations dans des structures pénitentiaires comme Rikers Island.

De l’exigence du cinéma d’auteur aux rôles de premier plan

Au cinéma, elle construit une filmographie variée, alternant courts-métrages ambitieux et longs-métrages remarqués. Elle collabore avec des cinéastes de renom tels qu’Amos Gitaï dans Plus tard tu comprendras, ou sa mère Hiam Abbass dans son premier long-métrage Héritage. En 2019, elle livre une prestation sensible dans Tu mérites un amour, réalisé par Hafsia Herzi, avant de participer au film américain Aviva de Boaz Yakin. Elle enchaîne ensuite avec le drame poignant Tu me ressembles de Dina Amer, présenté à la Mostra de Venise, puis apparaît dans La Nuit du 12 de Dominik Moll, œuvre majeure récompensée aux César.

L’année 2022 marque un tournant décisif dans son exposition médiatique grâce à la télévision. Elle prête ses traits à Sarah Oussekine dans la mini-série événement Oussekine diffusée sur Disney+. Ce projet historique, co-écrit par sa sœur Lina, retrace la tragédie de la mort de Malik Oussekine en 1986. Sa performance remarquable lui vaut d’être saluée par la critique et de remporter le prix de la Meilleure Actrice au Festival Séries Mania.

L’affirmation d’une tête d’affiche avec Cimetière indien

En 2025, Mouna Soualem franchit un nouveau cap en décrochant le rôle principal de la série Canal+ Cimetière indien, co-réalisée par Stéphane Demoustier et Farid Bentoumi. Dans ce thriller politique et social en huit épisodes, elle incarne Lidia Achour, une policière d’une brigade antiterroriste confrontée à une enquête complexe près de Marseille. L’intrigue se déploie sur deux temporalités, en 1995 et en 2024, permettant à l’actrice de camper son personnage à des âges différents de sa vie, alors qu’elle est en lice pour devenir Préfet de Paris.

Ce rôle d’envergure, pour lequel elle a réalisé l’intégralité de ses cascades, explore des thématiques particulièrement denses :

  • Les dérives et la corruption au sein des institutions policières ;
  • Le sexisme et le racisme systémiques auxquels se heurte son personnage ;
  • Les traumatismes persistants liés à la guerre d’Algérie en France.

En partageant l’affiche avec des figures telles qu’Hafsia Herzi et Olivier Rabourdin, elle confirme sa stature d’actrice principale capable de porter des récits physiques, complexes et profondément ancrés dans les réalités politiques contemporaines.

Une diversification continue vers de nouveaux horizons

Parallèlement à ses rôles physiques, elle prête régulièrement sa voix à des projets documentaires et artistiques exigeants, à l’image d’ Algérie, le dernier secret ou du projet Rester barbare. Son actualité cinématographique reste particulièrement riche avec sa participation au film Le Dernier Souffle de Costa-Gavras, ainsi que sa présence au casting du long-métrage La Petite Dernière d’Hafsia Herzi, récompensé au Festival de Cannes 2025.

Annoncée également au casting du thriller Karma de Guillaume Canet, elle continue d’étendre son registre de jeu. Qu’elle incarne des héroïnes du quotidien ou des figures confrontées à la grande Histoire, la comédienne impose une présence magnétique et intègre, s’affirmant comme l’une des voix les plus prometteuses et engagées de sa génération.


Publié le

dans

par