La trajectoire de Mehdi Laribi illustre de manière saisissante la dérive du narcobanditisme marseillais contemporain. En effet, ce jeune homme originaire des quartiers Nord a connu un parcours hors du commun, oscillant entre les projecteurs du cinéma et l’ombre des réseaux de drogue. Aujourd’hui en fuite à l’étranger, le fondateur présumé de la puissante DZ Mafia incarne une nouvelle génération de criminels qui allie ultra-violence et méthodes managériales modernes.
Son histoire personnelle se confond avec l’évolution des structures criminelles de la cité phocéenne. Des plateaux de tournage aux règlements de comptes sanglants, retour sur l’itinéraire d’un homme devenu l’un des fugitifs les plus recherchés de France.
Des plateaux de tournage à la cité Bassens : la genèse d’un double destin
Né au début des années 1990, Mehdi Abdelatif Laribi grandit dans la cité Bassens, au cœur des quartiers Nord de Marseille, au sein d’une fratrie de cinq enfants. Très vite, son entourage le surnomme « Tic ». Adolescent, le destin semble pourtant lui offrir une porte de sortie inattendue vers le monde du septième art. En 2008, alors qu’il a seulement 17 ans, il obtient un rôle marquant dans le long-métrage Khamsa de Karim Dridi. Ce réalisateur, impressionné par son naturel, lui promet même le rôle principal de son prochain film.
Cependant, la réalité de la rue rattrape rapidement le jeune comédien. Malgré des apparitions dans quelques courts-métrages, sa scolarité s’interrompt brutalement en classe de quatrième. Il s’enfonce alors dans une délinquance précoce, initiée dès l’âge de 12 ans. À seulement 25 ans, son casier judiciaire compte déjà seize mentions pour vols, infractions routières et trafic de stupéfiants, scellant définitivement son divorce avec le cinéma.
Le « barbecue de Bassens » et l’engrenage de la violence
Durant les années 2010, Mehdi Laribi s’impose avec son frère aîné Lamine, surnommé « Tac », à la tête du lucratif point de deal de leur cité d’origine. C’est dans ce contexte de contrôle territorial qu’éclate l’un des épisodes les plus sombres du banditisme marseillais. Le jour de Noël 2011, trois jeunes hommes sont abattus puis brûlés dans le coffre d’une voiture aux Pennes-Mirabeau. Cette affaire, qualifiée de barbecue de Bassens, marque le début d’une guerre de clans particulièrement meurtrière.
La justice s’empare de l’affaire et, en mars 2017, la cour d’assises d’appel du Var condamne lourdement les protagonistes. Alors que son frère écope de 25 ans de réclusion criminelle, Mehdi Laribi est condamné à dix ans de prison pour avoir incendié le véhicule des victimes. Cet épisode tragique engendre une série de vengeances, provoquant au moins sept morts violentes au cours des années suivantes.
La guerre contre le clan Yoda et l’ubérisation du trafic
À sa sortie de prison en 2021, Mehdi Laribi constate que son rival Félix Bingui, alias « Le Chat », a profité de son incarcération pour étendre l’influence du clan Yoda. Pour reconquérir ses territoires perdus, il s’allie avec ses cousins et engage une lutte sans merci. Les tensions s’enveniment dramatiquement en février 2023, suite à une altercation physique dans une boîte de nuit en Thaïlande entre les deux chefs de bande.
Ce différend personnel déclenche une guerre ouverte d’une violence inédite. En 2023, ce conflit fait 49 morts à Marseille, la DZ Mafia étant soupçonnée d’être impliquée dans la majorité de ces homicides. Pour mener à bien ces exécutions, l’organisation recrute de très jeunes exécutants via des applications de messagerie cryptée, proposant des contrats de tueurs à gages à des adolescents attirés par l’argent facile.
L’empire de la DZ Mafia : une multinationale du crime
Sous l’impulsion de ses dirigeants, la DZ Mafia se structure comme une véritable entreprise criminelle ubérisée. Elle génère des bénéfices colossaux, atteignant parfois des dizaines de milliers d’euros par jour sur un seul point de deal. Le groupe ne se limite plus à la cité phocéenne et exporte son modèle de franchise dans plusieurs villes de France, de Montpellier à Dijon, et même jusqu’à Bruxelles.
Le réseau diversifie également ses activités illégales en pratiquant le racket et l’extorsion de fonds auprès de commerçants et de personnalités publiques. Depuis sa cavale à l’étranger, Mehdi Laribi assure la gestion financière et l’importation de stupéfiants, tandis que ses lieutenants gèrent les opérations quotidiennes depuis leurs cellules de prison.
La scission interne et la riposte des autorités
L’expansion de l’organisation ne se fait pas sans heurts internes. Récemment, l’alliance de Mehdi Laribi avec un ancien membre d’un gang rival a provoqué de vives tensions au sein de la DZ Mafia, illustrées par des vidéos de menaces diffusées sur les réseaux sociaux. Parallèlement, l’appareil judiciaire a porté un coup historique à l’organisation en mars 2026, lors d’un vaste coup de filet national qui a conduit à l’arrestation de 42 membres présumés et de plusieurs chefs opérationnels.
Face aux accusations, Mehdi Laribi a toujours nié son rôle de parrain criminel, se présentant simplement comme un jeune homme ayant commis des erreurs de parcours. Alors que la pression policière s’intensifie sur les réseaux de blanchiment et de logistique, l’avenir de cette structure criminelle repose désormais sur la capacité des autorités à appréhender ses dirigeants en fuite à l’étranger.
