Un homme et une jeune fille se regardent tendrement dans les rues de Paris dans le Amanda film

L’art de se reconstruire : pourquoi le film Amanda de Mikhaël Hers touche au cœur

Comment surmonter l’insoutenable perte après un attentat à Paris ? C’est le défi de David, propulsé tuteur de sa nièce. Le poignant film Amanda de Mikhaël Hers explore cette reconstruction intime avec une infinie délicatesse.

Sorti en salles en novembre 2018, ce drame évite habilement le piège du sensationnalisme. Le réalisateur préfère en effet capter la vie qui reprend ses droits, envers et contre tout, à travers le quotidien d’un duo d’acteurs d’une justesse rare.

Une tragédie intime au cœur du Paris contemporain

Le passage brutal de l’insouciance à la responsabilité parentale

David, âgé de 24 ans, mène une existence tranquille et enchaîne les petits boulots à Paris. Il travaille notamment comme élagueur pour la mairie et gère des meublés touristiques. Sa vie bascule brutalement lorsque sa sœur aînée, Sandrine, meurt tragiquement. David doit alors s’occuper d’Amanda, sa nièce de 7 ans désormais orpheline.

Le long-métrage filme ce passage forcé à l’âge adulte. Sans repères, le jeune homme doit surmonter son propre deuil tout en protégeant l’enfance d’Amanda. Le récit se concentre sur les petits détails de leur nouvelle cohabitation, délaissant les lourdeurs administratives pour privilégier l’humain.

Un attentat fictif ancré dans le quotidien réel

Pour ancrer son récit, Mikhaël Hers imagine une fusillade fictive en plein jour au bois de Vincennes. Ce drame rompt brutalement l’insouciance d’un après-midi d’été. Cependant, le film Amanda ne cherche pas à reconstituer les événements de 2015, mais plutôt à traduire leur onde de choc émotionnelle.

L’œuvre capture le Paris d’aujourd’hui avec un grand réalisme. Les personnages utilisent Tinder, se déplacent à vélo et louent des appartements sur Airbnb. Ce naturalisme rend la tragédie d’autant plus proche et palpable pour le spectateur.

Une mise en scène lumineuse portée par des acteurs habités

L’émouvante révélation d’un duo complice

Le succès du film repose largement sur l’alchimie entre ses deux interprètes principaux. Vincent Lacoste trouve ici son premier grand rôle dramatique. Les critiques ont unanimement salué sa justesse et sa gaucherie touchante, qui apportent une immense sincérité à son personnage.

Face à lui, la jeune Isaure Multrier fait preuve d’un naturel confondant. Elle avait postulé d’elle-même à une annonce de casting de rue avant d’être retenue pour le rôle. Sa complicité évidente avec Vincent Lacoste illumine les scènes les plus sombres du long-métrage.

La pudeur et la litote comme choix esthétiques

Mikhaël Hers refuse le pathos et les larmes faciles. Sa caméra filme le deuil avec une grande pudeur, privilégiant les silences et les regards. Les décors parisiens, baignés d’une lumière estivale, contrastent volontairement avec la tristesse des personnages.

Cette dualité se retrouve également dans la bande originale épurée d’Anton Sanko. De plus, une réplique culte traverse le film comme un fil rouge : « Elvis has left the building ». Cette phrase, issue d’un livre partagé au sein de la famille, prend tout son sens lors d’un voyage thérapeutique à Londres.

Avant le drame, Sandrine avait en effet acheté des billets pour le tournoi de Wimbledon afin de renouer avec leur mère. Ce pèlerinage final offre aux personnages une occasion de résilience salvatrice.

Entre éloges de la délicatesse et débats sur le rythme

Un accueil critique globalement chaleureux

La critique cinématographique a largement applaudi cette œuvre lumineuse. Lors de sa présentation à la Mostra de Venise puis au Festival de Tokyo, le film Amanda a suscité une vive émotion. Il a d’ailleurs réussi à remporter le Grand Prix au Japon en 2018.

Le public a également répondu présent en salles, avant que sa diffusion télévisée sur Arte ne rassemble près de deux millions de téléspectateurs. La délicatesse du traitement de la reconstruction post-traumatique a profondément touché les esprits.

Quelques réserves sur les personnages secondaires

Malgré ce concert de louanges, certains critiques ont émis des réserves sur le rythme du récit. Quelques spectateurs ont regretté une mise en place un peu lente et un ton parfois trop feutré, proche du téléfilm.

De même, le traitement de certains personnages secondaires a suscité des débats. Le rôle de Léna, incarnée par Stacy Martin, montre de tendres amours bousculées par le traumatisme, mais certains l’ont jugé trop secondaire. Enfin, la figure de la mère absente, interprétée par Greta Scacchi, reste mystérieuse et peu développée.

Malgré ces légères nuances, le film Amanda s’impose comme une œuvre essentielle sur le deuil contemporain. En choisissant la lumière plutôt que les larmes, Mikhaël Hers signe un film d’une profonde humanité qui résonne longtemps après le générique.


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