Sorti en salles en 2016, le film Diamant noir s’est immédiatement imposé comme un coup d’essai magistral dans le cinéma français. Pour son tout premier long-métrage, le réalisateur Arthur Harari livre une œuvre sombre et captivante, à la croisée du drame familial et du thriller policier.
Ce récit d’infiltration plonge le spectateur dans le quotidien opaque des diamantaires d’Anvers. À travers une intrigue tendue, le film explore la fatalité des liens de sang et la violence des rapports humains, offrant une relecture moderne de la tragédie grecque ou shakespearienne.
Une tragédie familiale sous tension à Anvers
L’histoire suit Pier Ulmann, un jeune homme qui survit à Paris entre des chantiers et des cambriolages qu’il commet pour le compte de Rachid, un receleur du Sentier. Sa vie bascule lorsqu’il apprend la mort de son père, Victor Ulmann, retrouvé sans vie dans la rue après une longue déchéance. Jadis tailleur de pierres prometteur, ce père avait été banni et spolié de son héritage par sa propre famille après avoir eu la main broyée par une machine sous les yeux de son frère Joseph.
Invité à Anvers par son cousin Gabi pour rénover les bureaux de la prestigieuse firme familiale, Pier y voit l’occasion rêvée de venger son père. Sous l’impulsion de son mentor Rachid, il décide d’infiltrer l’entreprise pour préparer un vol d’envergure. Cependant, sur place, les choses se compliquent. Pier se découvre un don inattendu pour la taille des diamants et commence à se passionner pour ce métier de précision.
Une esthétique soignée entre polar et mélodrame
Pour mettre en scène cette histoire de vengeance, Arthur Harari s’est entouré de son frère, Tom Harari, qui signe une direction de la photographie particulièrement soignée. Le duo s’inspire ouvertement du cinéma de genre italien, notamment du giallo, avec ses atmosphères ténébreuses et ses images saturées. Par ailleurs, le film emprunte aux mélodrames flamboyants de Douglas Sirk l’usage de couleurs vives et contrastées, à l’image du rouge profond qui domine lors d’une scène de bal mémorable.
Cette recherche visuelle se traduit également par un travail métaphorique sur la vision. Le film joue constamment sur les perceptions optiques, utilisant le diamant et ses facettes comme un miroir des âmes. La diffraction de la lumière à travers les pierres précieuses symbolise ainsi la structure même du récit, riche en fausses pistes et en points de vue multiples.
Un casting intense marqué par des destins singuliers
La réussite de ce film Diamant noir repose en grande partie sur l’interprétation habitée de Niels Schneider dans le rôle principal. Sa performance pleine de fragilité et d’intensité lui a d’ailleurs valu de décrocher le César du meilleur espoir masculin en 2017. Face à lui, l’acteur allemand August Diehl incarne avec justesse le cousin Gabi, tandis que Hans Peter Cloos prête ses traits à l’oncle Joseph.
Le long-métrage est également marqué par la présence d’Abdel Hafed Benotman dans le rôle de Rachid. Cet écrivain et ancien détenu livre ici une prestation bouleversante, notamment lors d’une scène mémorable avec un pigeon. Décédé tragiquement juste après le tournage, le film lui est chaleureusement dédié.
Un accueil critique enthousiaste mais nuancé
Lors de sa sortie, le film Diamant noir a bénéficié d’un très bel accueil de la part de la presse spécialisée. De nombreux critiques ont salué la rigueur de la mise en scène d’Arthur Harari, qui évite les pièges du naturalisme pour proposer un vrai film de cinéma plastique et ambitieux. L’immersion documentée dans le véritable quartier diamantaire d’Anvers a également été largement saluée pour son réalisme.
Toutefois, quelques divergences subsistent concernant le rythme de l’œuvre. Si certains spectateurs louent un suspense hitchcockien qui culmine lors du casse final, d’autres regrettent quelques longueurs dans la seconde partie du récit. De même, si la majorité salue le jeu de Niels Schneider, une minorité de critiques a pu juger son interprétation parfois trop effacée.
Cette œuvre singulière et ambitieuse reste néanmoins une étape majeure pour le jeune cinéma français. En mêlant habilement le documentaire professionnel et la fiction criminelle, Arthur Harari a signé un coup de maître qui continue de briller par sa noirceur et sa précision.
