Dans l’histoire de l’automobile sportive, certains modèles marquent une rupture définitive avant que les normes écologiques ne redessinent le paysage. La BMW M140i appartient incontestablement à cette catégorie de véhicules de légende dont on regrette déjà la disparition. Lancée en 2016 pour succéder à la M135i, cette compacte d’exception représente le dernier représentant d’un genre aujourd’hui disparu : celui des berlines compactes associant un moteur à six cylindres en ligne et une transmission aux roues arrière propulsion. Aujourd’hui, en 2026, son architecture unique suscite la nostalgie des passionnés de conduite pure.
En effet, le constructeur bavarois a radicalement changé de philosophie pour les générations suivantes. La remplaçante directe de la série 1 survitaminée a abandonné cette configuration noble pour adopter une plateforme à moteur transversal, partagée avec Mini, limitant son offre à des moteurs à quatre cylindres et à une traction avant ou intégrale. Positionnée dans la gamme « M Performance », cette puissante citadine offrait à l’époque un compromis idéal pour les conducteurs exigeants. Elle se situait habilement entre la polyvalence d’une berline classique et la radicalité d’une authentique M2.
Une architecture mécanique légendaire portée par le moteur B58
Au cœur de la réputation de cette bombinette bavaroise se trouve une pièce d’orfèvrerie mécanique particulièrement prisée : le moteur B58. Ce bloc de 3,0 litres à six cylindres en ligne suralimenté par un turbocompresseur à double volute développe une puissance de 340 chevaux. Grâce à un couple massif de 500 Nm disponible dès 1 520 tours par minute, les relances s’avèrent vigoureuses et instantanées à tous les régimes. Ce moteur a avantageusement remplacé l’ancien bloc N55 en apportant une fiabilité mécanique remarquable.
Par ailleurs, l’implantation longitudinale de ce grand moteur sous le capot avant dicte toute la physionomie de la voiture. Contrairement aux tractions modernes qui manquent parfois de caractère, la répartition des masses de cette propulsion favorise un comportement dynamique authentique. Les ingénieurs de Munich ont réussi à loger cette mécanique noble dans un gabarit compact de seulement 4,32 mètres de long, préservant ainsi une agilité remarquable sur les routes sinueuses.
Des performances de premier ordre pour la compacte sportive
Sur le plan des chiffres, les performances chronométrées confirment le tempérament de feu de la M140i. Équipée de la transmission intégrale optionnelle xDrive et de la boîte automatique, elle est capable d’abattre le 0 à 100 km/h en seulement 4,4 secondes. Les versions en simple propulsion et boîte de vitesses manuelle à six rapports réclament quant à elles 4,8 secondes pour le même exercice. Dans tous les cas, la vitesse maximale reste limitée électroniquement à 250 km/h sur autoroute.
Cependant, un tel niveau de performance exige quelques concessions à la pompe, surtout en conduite dynamique. Si le constructeur annonçait une consommation mixte théorique d’environ 7,8 litres aux 100 kilomètres, la réalité du quotidien s’avère plus contrastée. En adoptant un rythme de conduite mixte normal, les utilisateurs constatent plutôt une moyenne réelle de 10,8 litres aux 100 kilomètres. Ce chiffre grimpe facilement au-delà des 13 litres dès que l’on sollicite pleinement les ressources du moteur sur des parcours sinueux.
Comportement routier : entre agilité et limites à haute vitesse
Sur la route, le comportement de la M140i suscite des avis partagés parmi les essayeurs et les propriétaires passionnés. D’un côté, le caractère joueur du train arrière et la direction précise offrent des sensations de conduite pures et mémorables, en particulier lorsque le mode Sport+ est activé. La voiture se place avec précision en entrée de courbe et permet d’enrouler les virages avec une aisance déconcertante. Les étriers de freins sport M bleus à quatre pistons garantissent quant à eux un freinage puissant et endurant.
Pourtant, le châssis d’origine montre rapidement ses limites lorsque l’on pousse la voiture dans ses derniers retranchements. Plusieurs spécialistes regrettent un amortissement de série un peu trop souple qui engendre des mouvements de caisse parasites à très haute vitesse. Contrairement à des rivales plus radicales comme la Mercedes-AMG A45, la bavaroise nécessite quelques modifications pour libérer son plein potentiel. L’installation de combinés filetés de seconde monte et d’un différentiel à glissement limité s’avère fortement recommandée pour les amateurs de sorties sur circuit.
Boîte manuelle ou automatique ZF8 : un arbitrage crucial
Le choix de la transmission divise également la communauté des amateurs de la marque allemande. D’abord, la boîte automatique ZF à huit rapports est largement plébiscitée pour sa rapidité fulgurante et sa gestion intelligente des passages de rapports au quotidien. De plus, elle permet de réduire significativement les émissions de CO2 et la consommation de carburant. À l’inverse, la boîte manuelle à six rapports offre une interaction beaucoup plus physique et brute avec la mécanique, faisant d’elle la version favorite des futurs collectionneurs.
Vie à bord et exclusivités : une excellente routière quotidienne
Au-delà de ses qualités dynamiques, la M140i demeure une berline compacte très facile à vivre au quotidien. Son habitacle profite d’une gastronomie soignée grâce au système d’info-divertissement iDrive et à des sièges sport confortables qui maintiennent parfaitement le corps. De plus, son coffre de 360 litres s’avère tout à fait convenable pour partir en voyage. Néanmoins, l’habitabilité aux places arrière reste le point faible du modèle, car l’espace pour les jambes est grandement sacrifié en raison de la présence du tunnel de transmission.
Pour séduire une clientèle exigeante, la marque a également proposé des versions exclusives très recherchées. Les acheteurs français ont notamment pu s’offrir l’édition limitée « Dream Car », produite à seulement 120 exemplaires. Cette déclinaison ultra-exclusive se distingue par de nombreux éléments en carbone, un échappement M Performance libérant une sonorité envoûtante et des jantes de 19 pouces spécifiques. La finition Shadow Edition propose quant à elle un style plus ténébreux avec des optiques assombries et une calandre noir brillant.
Un potentiel de préparation hors norme pour les passionnés
Enfin, il est impossible d’évoquer la M140i sans mentionner son incroyable potentiel de préparation mécanique qui séduit les préparateurs du monde entier. Le bloc B58 possède des pièces internes extrêmement robustes capables d’encaisser de fortes augmentations de puissance sans broncher. Ainsi, avec une simple reprogrammation électronique de Stage 2 et quelques pièces périphériques modifiées, la puissance peut facilement grimper jusqu’à plus de 450 chevaux. Cette incroyable marge de progression technique renforce encore l’aura de cette voiture auprès des passionnés de tuning.
En définitive, la M140i s’impose comme le testament d’un âge d’or de l’automobile sportive où le plaisir de conduite l’emportait sur la rationalité industrielle. Avec sa combinaison unique d’un moteur noble et d’une architecture de propulsion, elle conserve une cote d’amour exceptionnelle sur le marché de l’occasion. Pour les passionnés de belles mécaniques, acquérir un exemplaire aujourd’hui représente non seulement l’assurance de sensations uniques, mais aussi un investissement judicieux pour l’avenir.






