Catherine Deneuve et ses compagnons observent des lanternes flottantes pour le film yokai Le Monde des esprits

Yōkai, le monde des esprits : le voyage spectral de Catherine Deneuve au Japon

Sorti sur les écrans français au début de l’année 2025, le long-métrage Yōkai, le monde des esprits nous entraîne dans une errance poétique singulière. Cette œuvre originale réunit l’icône du cinéma français Catherine Deneuve et le réalisateur singapourien Eric Khoo autour d’une fable fantastique délicate.

En mêlant les cultures occidentale et nippone, ce voyage cinématographique interroge notre rapport au deuil. Le spectateur suit le destin de Claire Emery, une chanteuse célèbre qui, après son ultime concert à Tokyo, bascule de l’autre côté du miroir.

Une coproduction internationale aux accents mélodiques

Pour donner vie à ce projet ambitieux, plusieurs maisons de production ont uni leurs forces entre la France, le Japon et Singapour. Le long-métrage a notamment reçu un précieux soutien financier des autorités singapouriennes pour concrétiser cette alliance artistique unique. Derrière la caméra, Eric Khoo s’est entouré de son complice de longue date, le scénariste Edward Khoo, pour façonner un récit intime.

Au cœur de cette distribution prestigieuse, Catherine Deneuve donne la réplique à de grandes figures du cinéma japonais, comme Masaaki Sakai. L’actrice française y incarne une diva mélancolique. Pour rendre son personnage crédible, la musicienne Jeanne Cherhal a composé trois chansons originales que l’actrice interprète elle-même à l’écran, apportant une dimension lyrique essentielle à l’œuvre.

Une balade fantastique au rythme des traditions nippones

L’histoire commence véritablement lorsque la célèbre chanteuse Claire Emery meurt subitement après s’être effondrée dans un bar à cause d’une intoxication au saké. Devenue un spectre errant, elle fait la rencontre de son plus grand admirateur, lui-même récemment décédé. Ensemble, ils décident de veiller sur le fils de ce dernier, un jeune animateur en pleine dépression.

À travers cette quête bienveillante, le film plonge dans la période traditionnelle d’Obon. Durant ces quelques jours sacrés, les frontières entre les vivants et les défunts s’estompent temporairement. Ce voyage initiatique explore la notion de yōkai, le monde des esprits s’ouvrant ainsi aux spectateurs occidentaux d’une manière inattendue. Les défunts n’y cherchent pas à effrayer, mais plutôt à guider et à consoler les êtres aimés restés sur Terre.

Une réception critique partagée entre haïku et lenteur

Dès sa présentation dans plusieurs festivals internationaux, le long-métrage a suscité des réactions contrastées. De nombreux critiques ont salué l’esthétique soignée de l’œuvre, magnifiée par le travail de directeur de la photographie d’Adrian Tan. Pour ces amateurs de cinéma d’auteur, le film s’apparente à un haïku visuel, doux et profondément contemplatif.

Cependant, d’autres observateurs ont regretté un manque de rythme évident et un scénario trop ténu. De plus, certains amateurs de fantastique ont exprimé leur déception face à l’absence de créatures monstrueuses traditionnelles. Bien que le titre évoque les yōkai, le monde des esprits se focalise en réalité sur des fantômes à l’apparence humaine, loin des monstres du folklore japonais.

La performance de Catherine Deneuve a également divisé l’opinion. Ses admirateurs ont loué une présence lumineuse, teintée d’une gravité pleine d’humour pince-sans-rire. À l’inverse, ses détracteurs ont jugé son jeu trop distant, estimant que son immense aura de star éclipsait parfois la fragilité de son personnage de spectre.

Un dialogue d’outre-tombe aux résonances intimes

L’un des choix de mise en scène les plus audacieux repose sur la barrière de la langue. Les deux personnages principaux conversent en effet chacun dans leur langue maternelle sans se comprendre. Si certains spectateurs y ont vu une subtile poésie sur l’universalité des sentiments, d’autres ont déploré un procédé artificiel nuisant à la spontanéité des dialogues.

Néanmoins, cette œuvre s’inscrit dans une belle lignée de récits fantastiques, rappelant parfois des chefs-d’œuvre comme le classique fantastique Ghost ou L’Aventure de madame Muir. Pour l’actrice principale, ce rôle résonne aussi étrangement avec sa propre histoire, faisant écho à son accident vasculaire survenu en 2019 sur un précédent tournage de film.

Avec Yōkai, le monde des esprits, Eric Khoo signe une œuvre à double tranchant, à la fois intime et exigeante. Ce voyage poétique invite finalement le public à apprivoiser l’absence et à envisager le deuil non comme une fin, mais comme une douce transition.


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