Portrait de John Garrett en costume superposé à une image de lui en tant que gardien de but de hockey

John Garrett : la double vie d’une légende du hockey canadien

Le monde du hockey canadien a perdu l’une de ses figures les plus attachantes et respectées. Le 27 avril 2026, John Garrett s’est éteint subitement à l’âge de 74 ans, alors qu’il s’apprêtait à commenter un match de séries éliminatoires.

Surnommé affectueusement « Cheech », cet homme d’exception a marqué l’histoire du sport. Il a connu une double carrière d’une rare longévité, d’abord comme gardien de but émérite, puis comme analyste vedette à la télévision.

Du filet aux studios : le parcours atypique de John Garrett

Né en Ontario en 1951, le futur gardien grandit au sein d’une famille nombreuse où les ressources financières sont limitées pour acheter des équipements de hockey. Pourtant, son talent exceptionnel devant le filet se révèle rapidement lors de son passage chez les juniors.

Les années de formation et l’aventure de l’Association mondiale de hockey

Avec les Petes de Peterborough, le jeune cerbère domine l’Association de hockey de l’Ontario en remportant à deux reprises le trophée Dave-Pinkney. Ce brillant début lui ouvre les portes du professionnalisme. Repêché par les Blues de Saint-Louis, il choisit finalement de rejoindre l’Association mondiale de hockey (AMH), une ligue rivale de la LNH, où il s’impose comme un gardien incontournable.

Pendant six saisons, il défend les couleurs de plusieurs franchises, notamment les Fighting Saints du Minnesota et les Bulls de Birmingham. Grâce à sa régularité, il participe à plusieurs matchs des étoiles de l’AMH. À la dissolution de cette ligue en 1979, il figure au troisième rang de l’histoire du circuit pour le nombre de parties disputées et de blanchissages réalisés.

L’affirmation de John Garrett dans la LNH, de Hartford à Québec

L’intégration de son équipe, les Whalers de Hartford, dans la Ligue nationale de hockey permet au portier de faire ses débuts dans la prestigieuse ligue à l’âge de 28 ans. Il s’impose rapidement comme un gardien solide, disputant de nombreuses rencontres et guidant son équipe vers les séries éliminatoires.

En 1982, il est échangé aux Nordiques de Québec. C’est sous ce chandail qu’il connaît l’un de ses moments de gloire en séries éliminatoires. Appelé à remplacer en urgence le gardien titulaire Daniel Bouchard, terrassé par un empoisonnement alimentaire, il signe trois victoires mémorables contre les Bruins de Boston. Il s’envole ensuite pour Vancouver, où il termine sa carrière de joueur en 1985.

Les anecdotes légendaires d’un gardien pas comme les autres

Au-delà de ses performances techniques, John Garrett reste célèbre pour des moments insolites qui ont forgé sa légende auprès des partisans.

Le hold-up de Wayne Gretzky au match des étoiles 1983

L’épisode le plus célèbre de sa carrière de joueur survient lors du match des étoiles de 1983. Invité de dernière minute pour remplacer un coéquipier blessé, John Garrett livre une performance spectaculaire à la mi-match. À dix minutes de la fin, les journalistes votent massivement pour lui décerner le titre de joueur le plus utile (MVP).

Cependant, la légende Wayne Gretzky inscrit quatre buts en fin de match, ce qui provoque un second vote. Il demeure le seul joueur de l’histoire à avoir été élu puis destitué du titre de MVP lors de cet événement.

De la bagarre avec Mario Lemieux au surnom de « Lotto »

Le gardien n’avait pas non plus froid aux yeux. Lors d’un match contre Pittsburgh, il n’hésite pas à sauter par-dessus un arbitre pour s’en prendre à la jeune recrue Mario Lemieux en pleine bagarre. Les deux hommes en riront souvent par la suite.

Néanmoins, la fin de sa carrière est plus difficile. Lors de sa dernière saison à Vancouver, sa moyenne de buts alloués grimpe à 6,49. Ce chiffre inhabituel lui vaut le surnom humoristique de « Lotto », en référence aux six numéros gagnants de la loterie nationale.

La voix des Canucks : une seconde carrière de quarante ans à l’écran

Après avoir accroché ses patins, John Garrett ne quitte pas le monde de la glace pour autant. Il entame dès l’automne 1986 une reconversion spectaculaire dans les médias, qui durera quatre décennies.

L’icône de Sportsnet et du samedi soir canadien

Il fait d’abord ses armes sur la chaîne CBC dans la célèbre émission Hockey Night in Canada. En 1998, il participe au lancement du réseau Sportsnet, où il commente d’abord les matchs des équipes de l’Alberta. C’est à partir de 2002 qu’il s’établit comme la voix incontournable des Canucks de Vancouver.

Pendant plus de vingt ans, il accompagne les partisans de la franchise de la Colombie-Britannique lors des diffusions régionales. Bien qu’il ait pris une semi-retraite des matchs locaux en 2023, il continue d’offrir ses analyses avisées lors des rencontres nationales de Sportsnet jusqu’en 2026.

Un style inimitable marqué par l’humour et la complicité

Son immense popularité repose sur un style unique. Surnommé « Cheech » en raison de sa ressemblance physique avec l’acteur Cheech Marin, John Garrett séduit par son sens de l’autodérision et ses anecdotes de vestiaire. Ses complices de diffusion saluent en lui un coéquipier modèle, capable de détendre l’atmosphère par un trait d’esprit ou une digression inattendue.

Un départ subit qui laisse le hockey en deuil

Sa disparition soudaine en Utah a provoqué une immense vague d’émotion à travers toute la Ligue nationale de hockey. Le commissaire Gary Bettman a salué la mémoire d’un homme chaleureux qui a dédié sa vie à son sport. En somme, John Garrett laisse derrière lui le souvenir d’un athlète passionné et d’un communicateur hors pair, dont la voix et le sourire manqueront cruellement à des générations de passionnés de hockey.


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