Une femme rousse incarnant Alice Arno pose sur une plage devant une caméra de cinéma

Alice Arno : itinéraire d’une actrice culte du cinéma de genre des années 70

Au tournant des années 1970, le cinéma de genre européen traverse une vague d’audace visuelle sans précédent. Au cœur de cette période foisonnante, Alice Arno s’impose rapidement comme une figure incontournable du cinéma bis et de l’érotisme fantastique. Avec sa silhouette reconnaissable et son regard magnétique, la comédienne a marqué les esprits dans des productions underground devenues cultes avec le temps.

Derrière cette présence scénique se cache une trajectoire atypique. Du mannequinat glamour aux œuvres baroques de réalisateurs marginaux, son parcours témoigne d’une époque de transition culturelle où la liberté de ton bousculait les codes établis.

Des pages glacées des magazines aux plateaux de tournage

Née Marie-France Broquet en juin 1946, la future comédienne grandit dans un environnement familial atypique et libéré, adepte du naturisme. Entre deux engagements artistiques, elle participe également à l’entreprise familiale spécialisée dans l’importation d’artisanat sud-américain. Très tôt, elle s’oriente vers la photographie de charme et prend le pseudonyme d’Alice Arno. Durant la seconde moitié des années 1960, elle pose pour des photographes renommés comme Roland Carré et Serge Jacques, apparaissant en couverture de magazines masculins populaires tels que Men ou Topfilm.

Sa notoriété naissante dans la presse illustrée lui ouvre naturellement les portes des studios de cinéma. Dès 1967, elle fait une brève apparition dans le film musical Les Poneyttes. Le cinéma traditionnel fait alors appel à son allure pour de petites apparitions non créditées, notamment sous la direction d’Henri Verneuil dans Le Clan des Siciliens puis dans Le Casse. Cependant, le cinéma classique ne lui offre que des rôles secondaires de figurante ou de mannequin.

L’émergence d’une vedette du cinéma de genre

Le véritable tournant survient au début des années 1970, lorsque les maisons de production comme Eurociné et le Comptoir Français de Productions Cinématographiques (CFPC) de Robert de Nesle s’emparent de la vague du cinéma d’exploitation. Alice Arno devient l’une de leurs têtes d’affiche favorites, enchaînant les tournages sous la houlette de cinéastes comme Jean-François Davy, Gilbert Roussel ou Pierre Chevalier.

En 1972, elle obtient l’un de ses rôles les plus emblématiques en incarnant la célèbre héroïne de Sade dans l’adaptation réalisée par Claude Pierson, intitulée Justine de Sade. Ce long-métrage assoit son statut d’icône du cinéma érotique européen. L’actrice française partage régulièrement l’affiche avec sa sœur cadette, Chantal Broquet, formant un duo marquant du cinéma d’exploitation de l’époque.

En marge de son jeu devant la caméra, l’artiste met aussi la main à la pâte sur les plateaux de tournage. Elle assume parfois bénévolement des tâches techniques indispensables, travaillant comme photographe de plateau, scripte ou maquilleuse sur plusieurs productions modestes.

La muse baroque de Jesús Franco

La collaboration artistique la plus prolifique de sa carrière reste sans conteste celle nouée avec le cinéaste espagnol Jesús Franco. À partir de 1970, le réalisateur ibérique trouve en Alice Arno une muse idéale pour son univers onirique et vénéneux. Ensemble, ils tournent une douzaine de longs-métrages mêlant fantastique, mystère et sensualité délurée.

Parmi leurs collaborations les plus mémorables figure une relecture très libre des Chasses du comte Zaroff, intitulée La Comtesse perverse, où elle interprète le rôle-titre de la redoutable comtesse Ivanna. Elle figure également au générique d’œuvres cultes de l’auteur espagnol :

  • Une vierge chez les morts-vivants (1973)
  • Le Miroir obscène (1973)
  • Tendre et perverse Emanuelle (1973)
  • Maciste contre la reine des Amazones (1973)
  • Les Gloutonnes (1975)

Sur ces tournages alternatifs, elle côtoie des figures récurrentes du cinéma bis comme l’acteur Howard Vernon ou l’actrice Lina Romay, participant pleinement à l’âge d’or de cette production underground européenne.

Le tournant du cinéma pour adultes et le retrait des écrans

À partir de 1975, le paysage cinématographique change radicalement avec la légalisation et l’explosion commerciale du cinéma pornographique hardcore. Face à cette évolution, Alice Arno pose des limites très claires. Bien que certains producteurs ajoutent des scènes explicites dans ses films ou recourent à des montages opportunistes, elle refuse catégoriquement de participer à des actes non simulés.

Pour les quelques productions classées X où son nom apparaît, la comédienne utilise systématiquement des doublures pour les séquences intimes. Ce refus d’emprunter la voie du cinéma pour adultes pur et dur précipite sa décision de mettre un terme à son parcours artistique.

À la fin des années 1970, après avoir accumulé une quarantaine d’apparitions à l’écran, Alice Arno choisit de se retirer définitivement de la vie publique. Selon les témoignages, elle se consacre ensuite à des activités artisanales loin des projecteurs, partageant sa vie entre le Sud de la France et des séjours à l’étranger. Son empreinte dans l’histoire de l’Euro-exploitation demeure aujourd’hui encore vivace auprès des cinéphiles passionnés de cinéma rétro.


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