Sur la scène de l’Opéra Bastille, certains soirs marquent l’histoire d’une carrière en quelques battements de cœur. Valentine Colasante a vécu cette consécration éclatante un soir d’hiver, propulsée sous les projecteurs dans des circonstances imprévues. Par son énergie lumineuse et sa maîtrise technique, la danseuse s’est imposée comme une figure emblématique du paysage chorégraphique français contemporain.
Son parcours illustre une fidélité absolue à la grande tradition académique, enrichie d’une curiosité vive pour la création moderne. De ses premiers pas d’enfant à sa nomination au titre suprême, l’artiste a gravi tous les échelons de la maison tricentenaire avec une ténacité remarquable.
Les racines artistiques et l’apprentissage de la rigueur
Née à Paris le 5 mars 1989 au sein d’une famille d’origine italienne, Valentine Colasante grandit dans une atmosphère où l’art occupe une place centrale. Son père est pianiste de jazz tandis que sa mère enseigne la danse classique après avoir elle-même mené une carrière d’interprète. L’enfant passe ainsi ses jeunes années entre la France et l’Italie, développant très tôt une sensibilité musicale aiguisée.
Son tempérament déborde alors d’énergie. Pour canaliser cette vitalité, une sortie dans un centre chorégraphique organisée par sa crèche parentale lui fait découvrir le mouvement dansé. Elle s’oriente rapidement vers des cours préparatoires auprès du pédagogue renommé Max Bozzoni. Ce maître bienveillant lui transmet une règle essentielle : surmonter les blocages techniques par le plaisir du jeu et de la scène.
En 1998, à l’âge de neuf ans, elle réussit le concours d’entrée de la prestigieuse École de danse de l’Opéra de Paris. Durant huit années d’un enseignement d’élite exigeant, elle affine son style sous le regard de figures majeures comme Carole Arbo, Jean-Guillaume Bart ou l’ancienne soliste Élisabeth Platel.
L’ascension au sein du Ballet et la consécration inattendue
En 2006, la jeune diplômée intègre le corps de ballet à seulement 17 ans. Commence alors l’ascension méthodique de la hiérarchie interne par le biais des concours annuels de promotion. Elle devient coryphée en 2010, sujet en 2011, puis première danseuse selon les registres institutionnels de la compagnie.
L’apogée survient le 5 janvier 2018. Ce soir-là, Valentine Colasante doit remplacer au pied levé une collègue blessée pour incarner Kitri dans Don Quichotte, réglé par Rudolf Noureev. Elle partage la scène avec le danseur étoile Karl Paquette, qui donne sa toute dernière représentation dans ce rôle emblématique. Sa prestation incandescente soulève l’enthousiasme du public et des observateurs.
À l’issue des saluts, la directrice de la danse Aurélie Dupont monte sur le plateau de l’Opéra Bastille aux côtés du directeur général Stéphane Lissner. Elle annonce officiellement au micro l’élévation de la soliste au titre suprême de Danseuse Étoile, portant à cet instant le collège des étoiles à 19 membres.
Un répertoire d’une rare polyvalence
Le talent de Valentine Colasante s’exprime d’abord dans les grandes fresques du répertoire académique. Dans les relectures exigeantes de Rudolf Noureev, elle s’illustre particulièrement en interprétant les rôles-titres de Raymonda, de Cendrillon ou de Roméo et Juliette, sans oublier les figures complexes du Lac des cygnes et de La Bayadère.
Elle brille également dans l’univers stylistique de Pierre Lacotte, incarnant notamment l’héroïne du ballet Paquita aux côtés de Guillaume Diop. Sa vivacité technique lui permet d’aborder avec aisance les pièces néo-classiques signées George Balanchine ou Serge Lifar, ainsi que les drames narratifs poignants imaginés par Kenneth MacMillan et John Neumeier.
Parallèlement, la soliste française explore sans réserve le langage contemporain :
- Le rôle tragique de l’Élue dans Le Sacre du printemps chorégraphié par Pina Bausch
- Les architectures géométriques et véloces conçues par William Forsythe
- Les partitions sensibles de Jiří Kylián et les créations de Mats Ek
- Les pièces novatrices de Wayne McGregor, d’Anne Teresa De Keersmaeker ou de Benjamin Millepied
Les coulisses du quotidien : discipline, tournées et engagements
Derrière l’apparente légèreté des représentations se cache une routine sportive intense. Chaque journée débute au Palais Garnier par un cours technique d’une heure et demie, suivi de longues heures de répétitions quotidiennes. Au total, la danseuse s’entraîne en moyenne six heures par jour pour maintenir son instrument corporel au plus haut niveau d’exigence.
Cette rigueur accompagne les grandes tournées internationales du Ballet de l’Opéra, de New York à Singapour en passant par Madrid. Valentine Colasante s’investit également au sein du collectif fondé par le danseur Alessio Carbone, rassemblant des artistes d’origine italienne pour des galas exclusifs à travers le monde.
En dehors des plateaux officiels, elle met sa notoriété au service de causes solidaires en parrainant l’association philanthropique Opér’Arts. Elle développe en parallèle des partenariats artistiques avec des musées et la maison d’équipement de danse Bloch, affirmant sa volonté d’ouvrir son univers au plus large public.
Par son éclectisme et sa fougue théâtrale, l’artiste perpétue le rayonnement de l’école française tout en restant à l’écoute des écritures chorégraphiques de son temps.






