À une époque où le commerce équitable n’était encore qu’une notion confidentielle, certaines personnalités ont ouvert des voies durables et concrètes. C’est précisément l’itinéraire singulier de Valérie Schlumberger, femme d’engagements et d’initiatives, qui a su lier la valorisation des savoir-faire traditionnels à des projets d’émancipation humaine en Afrique de l’Ouest.
Loin des logiques caritatives descendantes, elle a pensé dès le départ un écosystème circulaire fondé sur la dignité du travail artisanal. Son action a transformé le regard porté sur le design africain contemporain tout en apportant des ressources pérennes à des populations vulnérables.
Un ancrage ouest-africain forgé dès l’adolescence
L’histoire de Valérie Schlumberger avec le continent africain commence très tôt, sous le signe de l’immersion totale. En 1968, alors qu’elle n’a que seize ans, elle découvre le Sénégal aux côtés de son premier époux, chercheur préparant une thèse en ethnologie.
Le jeune couple s’installe à l’île de Gorée. Refusant l’entre-soi coutumier des expatriés, ils choisissent de vivre au rythme des habitants locaux et d’y élever leurs enfants, qui fréquentent l’école du village durant leurs premières années. Son mari participe activement à la vie culturelle locale en lançant le modèle des campements villageois intégrés pour encourager un tourisme participatif, avant de diriger l’Institut culturel français de Dakar.
Durant cette longue période dakaroise, la future créatrice observe et apprend. Elle ouvre sur place un atelier de confection et de teinture textile. Ce lieu d’échanges lui permet de travailler au quotidien avec des sculpteurs sur bois, des peintres sous verre et des maîtres tailleurs, développant ainsi une connaissance intime des matériaux et des techniques locales.
L’aventure de la CSAO, vitrine du savoir-faire artisanal
Après plusieurs années passées au Sénégal, son retour à Paris s’accompagne d’une volonté farouche de faire rayonner ces talents. En 1995, Valérie Schlumberger fonde la Compagnie du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest, plus connue sous l’acronyme CSAO.
Les débuts sont modestes mais pleins d’énergie créative. Elle aménage son premier espace commercial au fond d’une cour de la rue de Grenelle, dans un ancien garage réhabilité. Dès 1997, l’enseigne franchit une nouvelle étape en s’installant dans le quartier du Marais, au cœur de la capitale, rue Elzévir.
La boutique devient rapidement un carrefour incontournable pour les amateurs d’artisanat et de décoration. En 2006, la structure emménage au 9 de la même rue, partageant ses volumes avec une galerie spécialisée dans le design africain contemporain, avant de développer sa boutique en ligne dès l’automne 2007.
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| Année | Événement marquant | Lieu |
|---|---|---|
| 1995 | Ouverture du premier espace CSAO | Rue de Grenelle, Paris |
| 1997 | Installation dans le Marais | Rue Elzévir, Paris |
| 2000 | Création du restaurant Le Petit Dakar | Rue Elzévir, Paris |
| 2003 | Inauguration du bar-exposition Le Jokko | Paris |
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Pour prolonger l’expérience conviviale, elle ouvre en septembre 2000 le restaurant « Le Petit Dakar », puis lance en 2003 l’espace d’exposition « Le Jokko » en collaboration avec le célèbre musicien Youssou N’Dour.
Sur le plan logistique, la maison historique de Gorée sert de base arrière opérationnelle grâce à l’appui d’Amy Sow. Le lieu accueille des ateliers, coordonne les expéditions de conteneurs vers l’Europe et fait également office de maison d’hôtes.
Une économie solidaire au service de l’émancipation
L’originalité du parcours de Valérie Schlumberger réside dans l’imbrication étroite entre commerce éthique et engagement humanitaire. Pour donner un cadre légal à sa vision caritative, elle crée l’Association pour le Sénégal et l’Afrique de l’Ouest (ASAO).
Le principe reste limpide : les bénéfices générés par l’activité marchande alimentent directement des programmes sociaux sur le terrain. L’un des chantiers les plus emblématiques concerne la réhabilitation d’un ancien cinéma désaffecté à Dakar, devenu le centre d’accueil L’Empire des Enfants destiné à offrir un refuge et une réinsertion aux enfants des rues.
Ce centre d’hébergement a bénéficié d’un soutien ininterrompu pendant plus de deux décennies. Les ressources proviennent notamment de la commercialisation de bracelets confectionnés en plastique recyclé par des collectifs féminins au Mali.
Parallèlement, les ateliers de broderie et de couture mis en place au Sénégal garantissent une formation professionnelle et une autonomie financière à des femmes confrontées à de grandes difficultés sociales ou familiales. Les coussins, trousses et vestes brodés à la main deviennent ainsi des emblèmes d’indépendance.
Entre plateaux de cinéma et création éditoriale
Le parcours professionnel de la fondatrice de la CSAO ne se limite pas à l’artisanat. Elle a également exploré le monde du spectacle vivant et du septième art, apparaissant de façon ponctuelle à l’écran et concevant des costumes pour le cinéma dès les années 1980.
Les spectateurs ont notamment pu remarquer sa présence dans le long-métrage Belle Épine sorti en 2010, où elle interprète le personnage d’Arlette Friedmann, marquant une collaboration artistique complice avec sa fille cadette.
Par ailleurs, Valérie Schlumberger a consigné sa passion pour l’esthétique et les intérieurs d’Afrique de l’Ouest dans un livre illustré intitulé Style Afrique. Paru en mai 2005 aux Éditions du Chêne, cet ouvrage a été conçu avec la styliste Diane Cazelles et le photographe François Goudier pour célébrer les arts décoratifs sahéliens.
Une transmission familiale et artistique durable
Issue d’une illustre famille d’industriels et mécènes alsaciens, mère de plusieurs enfants issus de son mariage avec l’entrepreneur Henri Seydoux, elle a toujours insufflé à son entourage un goût très prononcé pour la création indépendante.
Cette dynamique intergénérationnelle s’exprime pleinement dans la gestion de la marque artisanale. Sa fille Ondine Saglio a ainsi repris la direction artistique des collections textiles, dénichant des tissus wax aux imprimés rétro sur les marchés de Dakar pour renouveler les lignes de produits.
Dans le même temps, sa fille cadette Léa Seydoux soutient régulièrement les initiatives familiales et caritatives, renforçant la visibilité internationale de ces créations solidaires auprès du grand public.
En conjuguant esthétique, transmission et soutien aux populations locales, cette démarche pionnière continue d’inspirer de nouvelles générations d’entrepreneurs soucieux d’allier pérennité économique et impact social tangible.






