Portrait hommage de Bram's avec un fond urbain et une scène de recueillement aux bougies

Bram’s : histoire, carrière et héritage du fidèle allié de Booba

Dans l’histoire du rap français, certains artistes marquent une époque sans jamais chercher la lumière des projecteurs en solo. Ibrahim Keita, universellement connu sous le nom de scène de Bram’s, incarne parfaitement cette force collective et fraternelle qui a façonné le son des Hauts-de-Seine dès la fin des années 1990.

Fidèle compagnon de route de Booba et membre fondateur du groupe Malekal Morte, il a traversé les décennies avec une signature vocale reconnaissable entre mille. Sa disparition tragique en 2011 a laissé un vide immense au sein de son quartier d’origine et dans le paysage hip-hop hexagonal.

Les racines au Pont-de-Sèvres : de l’animation locale au micro

Né le 7 juillet 1973 à Boulogne-Billancourt, Ibrahim Keita grandit au cœur des tours du Pont-de-Sèvres. D’origine guinéenne, il évolue dans un environnement familial engagé, sa mère Yvette Keita étant une figure associative respectée. Le jeune homme s’investit lui aussi activement pour la jeunesse locale en exerçant comme animateur de quartier. Notons également que la musique coule dans les veines familiales : il est le cousin germain d’Alpha Diallo, alias Black M de la Sexion d’Assaut.

Au milieu des années 1990, l’effervescence musicale gagne Boulogne. Avec ses amis d’enfance Mala et Issaka, Bram’s fonde le trio Malekal Morte. Le groupe intègre rapidement le prestigieux collectif du Beat de Boul, véritable pépinière de talents regroupant notamment Lunatic, Mo’vez Lang et Nysay. En 1997, Malekal Morte signe sa première apparition officielle sur le titre Catch à l’arrière, marquant les débuts d’une aventure qui va redéfinir les codes du rap francophone.

L’aventure Malekal Morte et la garde rapprochée du 92i

Au fil des années, le trio s’impose comme un pilier incontournable du crew 92i. Sous la bannière du label 45 Scientific puis de Tallac Records, Bram’s et ses compères posent des couplets marquants aux côtés du duo Lunatic. On retrouve notamment Malekal Morte sur le morceau d’anthologie 92i, présent sur le mythique album Mauvais œil sorti en 2000.

Par la suite, l’artiste s’illustre par une particularité rare dans l’industrie musicale : il ne publiera jamais le moindre projet solo à son nom. Préférant l’énergie des featurings et la force du groupe, il met son timbre au service des projets collectifs. Sa voix singulière, enrichie par une utilisation précurseure du vocoder, devient l’une des marques de fabrique des refrains et des ambiances du collectif boulonnais.

Une présence constante sur la discographie de Booba

Entre Booba et Bram’s, le lien dépasse largement la simple collaboration artistique. Présent sur scène lors des tournées, il figure sur l’ensemble des albums studio du « Duc de Boulogne » de 2002 à 2010 :

  • 100-8 Zoo sur l’album fondateur Temps mort (2002)
  • Pazalaza pour Sazamuser sur Panthéon (2004)
  • 92izi sur l’album à succès Ouest Side (2006)
  • Izi Life sur le disque 0.9 (2008)
  • Si tu savais sur l’opus Lunatic (2010), qui reste sa dernière apparition studio enregistrée de son vivant.

Le public l’entend également briller sur les compilations de la série Autopsie, notamment à travers les titres Étalons noirs et On contrôle la zone, ainsi que sur le premier album solo de son acolyte Mala, Himalaya, avec le morceau Izi Cash.

Le drame du 22 mai 2011 et les hommages fraternels

Le 22 mai 2011, la communauté du rap français se réveille sous le choc. Âgé de 37 ans, le rappeur perd la vie après une chute mortelle depuis une tour du quartier du Pont-de-Sèvres. La presse quotidienne et les synthèses médicales avancent rapidement la thèse d’un suicide sur fond d’état dépressif prolongé.

Toutefois, certains proches et collaborateurs contestent cette version officielle. Booba refusera publiquement la grille de lecture du suicide, évoquant pour sa part l’hypothèse d’une altercation ayant mal tourné dans le quartier. Cette blessure intime inspirera d’ailleurs plusieurs textes poignants, à l’image du morceau commémoratif Comme une étoile, où l’artiste rend un hommage direct à son ami disparu.

En 2018, Mala rassemble plusieurs morceaux emblématiques de Malekal Morte sur la compilation Ghostfather, perpétuant ainsi l’héritage musical de la formation. Bien au-delà des chiffres de vente, la mémoire de Bram’s reste solidement ancrée dans l’histoire du rap français, symbole éternel de loyauté et d’authenticité urbaine.


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