Peu de spectateurs connaissent son visage, mais des millions de personnes ont grandi avec ses intonations. Michel Mella compte parmi les figures les plus singulières et polyvalentes du paysage vocal francophone. De l’énergie débridée des cartoons américains aux compositions dramatiques du grand écran, il a façonné la mémoire auditive de plusieurs générations.
Doté d’un sens aiguisé du rythme et d’une remarquable aisance musicale, l’artiste interprète traverse les époques avec une rare constance. Son timbre immédiatement reconnaissable sait passer en un instant de la gouaille explosive à la nuance la plus délicate.
Un héritage artistique au service de la scène et de l’écran
Né le 11 octobre 1950 à Paris, Michel Mella grandit dans un univers où le spectacle occupe le premier plan. L’état civil note cette date dans l’écrasante majorité des sources, malgré une rare mention isolée du 10 octobre ou une attribution géographique erronée à Londres. Il baigne dès son enfance dans la musique et le jeu théâtral. Il est en effet le fils de Fred Mella, ténor soliste des célèbres Compagnons de la chanson, et de l’actrice Suzanne Avon. Cette filiation artistique se poursuit d’ailleurs sur plusieurs générations, son propre fils Mathias Mella embrassant également le métier de comédien.
Très tôt attiré par les planches, le comédien français fait ses premières armes dans des disciplines variées. En 1976, il assure notamment la première partie de Georges Brassens dans la salle mythique de Bobino. Trois ans plus tard, il participe à l’aventure de Starmania – Le Spectacle en 1979, confirmant ainsi ses talents de chanteur. Au fil des décennies, il foule régulièrement les planches théâtrales, interprétant par exemple le personnage de Jacques dans la pièce d’Elie-Georges Berreby ou incarnant Sydney Schumacher dans l’adaptation scénique de Dirty Dancing.
Devant la caméra, il effectue également plusieurs incursions notables. Le public peut apercevoir sa silhouette dans le film culte Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury en 1973. Il apparaît ensuite dans diverses fictions télévisées et productions cinématographiques, même si l’art de la synchronisation vocale devient rapidement son domaine d’expression privilégié.
Les grandes incarnations de Michel Mella en prises de vues réelles
D’Arthur « Fonzie » Fonzarelli aux rôles intenses de Joe Pesci
Dans le domaine des séries télévisées, Michel Mella prête sa voix à des personnages devenus légendaires. Il devient tout particulièrement la voix française attitrée de l’acteur Henry Winkler. C’est lui qui insuffle toute sa décontraction gouailleuse au célèbre Arthur « Fonzie » Fonzarelli dans la série culte Happy Days. Il retrouve ensuite régulièrement le comédien américain dans des registres plus sérieux, comme dans Crossing Jordan (Preuve à l’appui), Numb3rs ou The Practice.
Parallèlement, la voix doublée de Michel Mella accompagne les performances volcaniques de Joe Pesci. Il livre une prestation mémorable en incarnant l’inquiétant Nicholas « Nicky » Santoro dans le chef-d’œuvre Casino réalisé par Martin Scorsese en 1995. Les cinéphiles se souviennent également de son interprétation truculente dans Mon cousin Vinny, Le Proprio, Jimmy Hollywood ou encore le redoublage de Il était une fois en Amérique.
De Paul Giamatti aux rôles comiques et dramatiques
La versatilité de l’artiste s’exprime également à travers le doublage régulier de Paul Giamatti. Il restitue avec subtilité la névrose et la mélancolie du protagoniste de Sideways en 2004. Il module son jeu pour des comédies populaires telles que Méchant Menteur, Parties intimes et Big Mamma, ou encore lors d’une apparition remarquée dans The Truman Show.
Au fil d’une filmographie impressionnante, le comédien de doublage prête sa voix à de nombreuses autres figures du cinéma hollywoodien :
- Daniel Stern dans le rôle du cambrioleur Marvin pour la comédie Maman, j’ai encore raté l’avion ! ;
- Richard Dawson incarnant le caporal Peter Newkirk dans la série classique Papa Schultz ;
- Jon Lovitz et John Turturro sur plusieurs de leurs longs métrages respectifs ;
- Jay Mohr, notamment dans le rôle récurrent du professeur Rick Payne pour la série Ghost Whisperer ;
- Leland Orser avec le personnage d’Argyle dans Le Caméléon.
Une signature incontournable de l’animation et de l’univers Disney
Les cartoons légendaires : Looney Tunes et Animaniacs
Le monde du dessin animé offre à Michel Mella un terrain de jeu idéal pour déployer toute sa fantaisie. À partir de 1997, il devient la voix officielle de deux piliers des franchises Warner Bros : le bégayeur attendrissant Porky Pig et la souris ultra-rapide Speedy Gonzales. Il assure leurs dialogues dans de multiples longs métrages et séries modernes, de Space Jam : Nouvelle Ère aux Looney Tunes Show.
Dans les années 1990, il marque les esprits des jeunes téléspectateurs en interprétant le loufoque Wakko Warner dans la série Animaniacs. Sa capacité à chanter avec une voix totalement déformée permet de donner vie à des séquences musicales mémorables qui restent gravées dans la culture populaire.
Carlo Tentacule et le grand répertoire Disney
Dans un registre tout aussi culte, l’artiste rejoint l’univers sous-marin de Bob l’éponge à partir de la saison 6. Succédant à Henri Courseaux, il reprend avec brio le rôle de Carlo Tentacule, le voisin grincheux et mélomane incompris, tout en doublant son rival prétentieux Squilliam Fancyson.
Sa collaboration avec les studios Disney donne naissance à de multiples créations inoubliables. Après le départ à la retraite du comédien Roger Carel, il reprend intégralement le rôle parlé et chanté de Coco Lapin dans les aventures de Winnie l’ourson. Sa filmographie chez Disney comprend également :
- Banzaï, la hyène hargneuse dans le film d’animation Le Roi lion en 1994 ;
- La Rocaille (Hugo), la gargouille facétieuse dans Le Bossu de Notre-Dame ;
- L’Empereur Zurg dans les séries et dérivés de l’univers Buzz l’Éclair ;
- Timide (Bashful) dans le troisième doublage français de Blanche-Neige et les Sept Nains ;
- Gaëtan « La Taupe » Molière dans l’aventure Atlantide, l’empire perdu ;
- Le chef des fouines dans le film hybride culte Qui veut la peau de Roger Rabbit.
En dehors de Disney, Michel Mella prête vie à Fred le phacochère dans Les As de la Jungle, au lapin magicien Rekkit, ou encore à Jérôme le réceptionniste dans le premier volet de Shrek.
Jeux vidéo, direction artistique et savoir-faire vocal
Le secteur vidéoludique fait lui aussi appel à son talent d’interprétation. Michel Mella reprend régulièrement ses personnages d’animation dans les adaptations sur console, notamment Carlo Tentacule ou l’Empereur Zurg. Il prête également sa voix à des univers plus sombres et narratifs, comme en témoigne son rôle d’Aramis Stilton dans le jeu vidéo Dishonored 2 en 2016, ou de Remy Duvall dans Mafia III.
Au-delà de son jeu d’acteur, l’artiste exerce les métiers de directeur artistique, d’adaptateur de dialogues et de parolier. Son oreille musicale lui permet d’adapter en français les chansons de nombreux dessins animés tout en préservant le rythme et les rimes d’origine. Capable de manier une vaste palette d’accents (américain, britannique, allemand, italien ou québécois), il maîtrise l’art de moduler son timbre pour créer de véritables caricatures sonores.
Artisan discret mais omniprésent de la culture populaire francophone, Michel Mella démontre que le doublage exige une virtuosité technique et une sensibilité musicale complètes. Son timbre inimitable continue d’accompagner le quotidien des petits comme des grands à travers les écrans.






