Certaines mélodies s’impriment instantanément dans la mémoire collective sans que le grand public ne connaisse le visage de leur créateur. Gioacchino Maurici incarne parfaitement cette catégorie d’artistes discrets dont l’œuvre façonne pourtant le paysage sonore hexagonal depuis plus de trois décennies.
Né le 11 novembre 1968 à Grenoble de parents originaires de Sommatino en Sicile, le compositeur a bâti un répertoire exceptionnel. Frère aîné de Calogero, il a développé très tôt une sensibilité musicale nourrie par le cinéma italien, les bandes originales d’Ennio Morricone ou de Nino Rota, mais aussi par le rock anglo-saxon et la New Wave des années 1980.
Les origines grenobloises et l’épopée des Charts
L’histoire musicale débute véritablement en 1987 lorsque Gioacchino Maurici fonde à Grenoble le trio Les Charts, entouré de son jeune frère et de leur ami Francis Maggiulli. Installé derrière ses claviers, il participe activement à l’écriture et à la composition au sein de la formation.
Le groupe attire rapidement l’attention de figures majeures du métier. France Gall soutient notamment leurs débuts auprès de leur maison de disques, leur ouvrant les portes du succès populaire. De 1989 à 1997, la formation publie cinq disques marquants, de L’Océan sans fond à Changer, en passant par l’album emblématique Notre Monde à nous.
À la fin des années 1990, le groupe choisit de se dissoudre. Cette séparation marque le début d’une nouvelle étape créative pour les trois musiciens, désormais prêts à explorer des chemins plus personnels.
Le tandem indéfectible avec Calogero
Après l’aventure des Charts, le compositeur s’impose comme le partenaire privilégié de son frère cadet, qui entame une carrière solo fulgurante. Calogero le qualifie d’ailleurs régulièrement de « meilleur mélodiste » en soulignant sa force de travail impressionnante.
Leur complicité fraternelle donne naissance à quelques-uns des plus grands succès du répertoire contemporain. Le musicien co-compose ainsi des titres devenus incontournables :
- En apesanteur et Prendre racine (2002)
- Face à la mer et Si seulement je pouvais lui manquer (2004)
- Pomme C (2007)
- Le Portrait (2014)
- Fondamental (2017)
Cette alliance musicale traverse l’intégralité des albums studio de Calogero sans jamais faiblir, enrichie d’arrangements soignés et d’un sens aigu du refrain accrocheur.
Un créateur sollicité par les géants de la scène musicale
Le savoir-faire de Gioacchino Maurici attire rapidement d’autres grandes figures de la variété. Loin de se cantonner à son cercle familial, l’artiste italien met son talent au service d’interprètes légendaires.
En 2008, il compose ainsi pour Johnny Hallyday le morceau phare de l’album Ça n’finira jamais. Deux ans plus tard, Françoise Hardy fait appel à lui pour la chanson Noir sur blanc, confirmant son élégance d’écriture. Il signe également Le miracle pour Céline Dion en 2012.
Le maestro sait tout autant accompagner les nouvelles générations de la chanson française :
- Florent Pagny sur le titre L’instinct
- Louane avec la ballade émouvante Si t’étais là
- Maëlle avec la composition engagée L’effet de masse
- Natasha St-Pier sur plusieurs chansons de l’album De l’amour le mieux
Avec près de 190 œuvres répertoriées à son actif et des dizaines de titres dépassant le million d’écoutes, son catalogue témoigne d’une rare régularité au plus haut niveau.
Projets personnels, spectacles et consécration
En parallèle de son travail pour autrui, Gioacchino Maurici explore d’autres horizons artistiques. Au début des années 2000, il monte le projet Pure Orchestra avant de s’installer à Londres en 2004 pour former le duo pop-rock Pimigi avec la musicienne Catherine Pentukhoff.
Son sens du spectacle l’amène également vers la scène théâtrale et cinématographique. Il collabore à des fresques musicales d’envergure telles que Les Dix Commandements, Circus, Robin des Bois et Les 3 Mousquetaires, tout en écrivant pour le grand écran avec le film Mon pote.
Cette carrière féconde lui vaut la reconnaissance de ses pairs. La profession salue son travail lors des Victoires de la Musique, et la SACEM lui décerne le prestigieux Prix Vincent Scotto en 2005. À la tête de ses structures d’édition et de production, Gioca Music et Magic, le compositeur sicilien continue d’œuvrer avec la même passion de la mélodie pure, façonnant patiemment la bande-son de plusieurs générations.






