Aziza Zakine dans l’intimité feutrée des coulisses musicales.

Dans l’ombre du rock français : le parcours singulier d’Aziza Zakine

La scène musicale française regorge de figures flamboyantes, mais peu de personnalités cultivent le mystère avec autant de constance. En effet, la trajectoire d’Aziza Zakine résonne souvent comme un écho lointain derrière la notoriété de son célèbre époux. Le grand public associe immédiatement sa vie à celle du pionnier du rock, Jacques Higelin.

Pourtant, cette femme de l’ombre incarne bien plus qu’une simple muse silencieuse. D’abord danseuse et chanteuse, elle a délibérément choisi de vivre à l’écart du tumulte médiatique. Ainsi, elle a bâti un cocon protecteur autour de sa famille. Par conséquent, son histoire offre un regard inédit sur la gestion de la célébrité. Elle illustre également l’évolution de la place des femmes dans le paysage audiovisuel.

De ses racines tunisiennes aux premiers pas d’Aziza Zakine

Joëlle Louise Aziza Zakine voit le jour le 28 février 1956. Elle naît de l’autre côté de la Méditerranée, précisément à Tunis. À cette époque, la Tunisie vit ses toutes dernières semaines sous le statut de protectorat français.

Quelques semaines plus tard, le pays acquiert son indépendance. Par conséquent, la jeune fille grandit avec un héritage culturel pluriel. Elle possède d’ailleurs officiellement la double nationalité franco-tunisienne.

Ensuite, elle se tourne rapidement vers le monde du spectacle parisien. Elle entame alors une carrière artistique polyvalente. Ses talents naturels la mènent d’abord vers la danse. Par la suite, elle devient chanteuse et choriste professionnelle.

De plus, la créatrice s’essaie ponctuellement à la comédie. Par exemple, les téléspectateurs la découvrent dans un rôle d’actrice pour la série Médecins de nuit en 1983. Cette apparition télévisée reste discrète mais formatrice pour la suite de son parcours.

Cependant, Aziza Zakine ne se contente pas toujours des seconds rôles. En 1988, elle tente une véritable aventure personnelle. Elle sort en effet son propre album solo. Ce disque s’intitule J’aurais voulu. Malgré cette initiative courageuse, la chanteuse préfère rapidement s’éloigner de la lumière crue des médias.

Une romance fusionnelle à l’abri des regards indiscrets

Les années 1980 marquent un tournant décisif dans son parcours professionnel et intime. À cette période, la danseuse intègre la troupe de Jacques Higelin. Elle collabore directement à ses tournées musicales.

Ils se rencontrent donc sur scène. Ils partagent aussi l’effervescence des coulisses. Très vite, une relation amoureuse profonde naît entre le rockeur et sa choriste.

Toutefois, le couple prend immédiatement une décision radicale. Ils choisissent de fuir systématiquement l’exposition médiatique. Ainsi, aucune photographie volée de leur quotidien ne fuite jamais dans la presse à sensation.

Leur union officielle reste d’ailleurs entourée d’un certain mystère administratif. En effet, les sources divergent sur l’année exacte de leur mariage. Certains registres pointent vers le 8 décembre 2001. En revanche, d’autres magazines évoquent des cérémonies intimes célébrées en 2008 ou en 2011.

Quoi qu’il en soit, Aziza Zakine partage la vie du chanteur pendant plus de trente ans. Elle devient sa dernière compagne de vie. Elle décrit d’ailleurs son quotidien à ses côtés comme une aventure permanente et exaltante.

Selon elle, vivre avec cet homme s’apparente à un tour de montagnes russes. Elle affirme qu’il n’y a jamais d’ennui avec lui. Elle le perçoit comme un beau garçon évoluant dans un autre espace-temps.

De son côté, Jacques Higelin ne tarit pas d’éloges sur sa femme. Lors d’une rare évocation publique, il loue son courage exceptionnel. Il souligne également son sourire constant et la qualifie de femme formidable. Le couple ne s’affiche d’ailleurs presque jamais ensemble à l’écran, hormis lors de passages exceptionnels dans l’émission Thé ou Café en 2011 et 2015.

Le rôle fondamental de la mère d’Izïa Higelin

En 1990, la naissance de leur fille Izïa vient couronner cette longue idylle. Jacques Higelin a déjà cinquante ans à ce moment-là. Dès lors, la mère de famille se consacre intensément à l’éducation de son enfant.

Izïa Higelin grandit ainsi dans un environnement très privilégié sur le plan affectif. Elle décrit un foyer rempli d’amour et de respect. Surtout, elle bénéficie de la disponibilité constante de ses deux parents, loin des clichés de la vie de rock star.

Par la suite, la jeune fille décide de suivre les traces familiales. Elle se lance dans la musique et le cinéma. À cette étape critique, Aziza Zakine joue un rôle de mentor indispensable.

En effet, elle freine judicieusement les ardeurs de jeunesse de sa fille. Cette intervention protectrice permet à Izïa d’attendre d’être vraiment prête pour faire son premier album. Aujourd’hui, la rockeuse affirme ne rien regretter grâce à cette temporisation maternelle salutaire.

Izïa qualifie leur relation de très forte. Elle la décrit comme fusionnelle, bien que parfois conflictuelle. Elle voue une admiration sans bornes à celle qui lui a donné la vie.

Elle la considère comme une personne extrêmement fine et intelligente. Régulièrement, la jeune femme se montre prête à sortir les griffes pour la défendre. Elle résume d’ailleurs son amour par une formule touchante : son père est la meilleure personne de la planète, juste après sa mère.

L’affaire Bernard Montiel vue par Aziza Zakine comme le miroir d’une époque révolue

Cette volonté farouche de protéger sa mère éclate au grand jour en novembre 2021. À cette date, Izïa exhume une archive télévisuelle marquante. La séquence date de 1989 et montre une interview promotionnelle.

Sur le plateau de l’émission La Une est à vous, l’animateur Bernard Montiel interroge la plasticienne sur son album. Cependant, il multiplie les remarques insistantes sur son physique. Il souligne sa beauté et complimente son très joli décolleté en plein direct.

Plus de trente ans plus tard, Izïa publie cet extrait sur Instagram. Elle dénonce ainsi le sexisme ordinaire et décomplexé de cette époque. De plus, elle met cette archive en perspective avec l’actualité télévisuelle.

En effet, elle critique les prises de position récentes de l’animateur dans l’émission Touche pas à mon poste !. Ce dernier y défendait Patrick Poivre d’Arvor et Ary Abittan. Immédiatement, le milieu artistique apporte un soutien massif à l’ancienne chanteuse.

Plusieurs figures féminines majeures réagissent publiquement pour soutenir Aziza Zakine. Elles expriment leur indignation face à ces images d’archives. Parmi ces soutiens de poids, on retrouve notamment :

  • La chanteuse Barbara Pravi, qui qualifie la séquence d’enfer.
  • L’autrice-compositrice Juliette Armanet.
  • La comédienne Emma de Caunes.
  • L’artiste engagée Inna Modja.

La riposte de l’animateur face à la polémique

Face à cette vague de critiques, Bernard Montiel réagit le soir même à la télévision. Il admet une maladresse évidente. Il reconnaît également avoir mené une très mauvaise interview ce jour-là.

Toutefois, il réfute fermement toute intention malveillante. L’animateur affirme avoir été sincèrement troublé par la beauté de son invitée. Selon lui, l’échange s’était d’ailleurs conclu très chaleureusement en coulisses, par des embrassades.

Il se dit donc profondément blessé et choqué par la démarche d’Izïa. Il qualifie cette attaque rétroactive de malhonnête. Il insiste sur sa déception face aux commentaires des actrices qu’il connaît bien.

Pour se défendre, il tente de rappeler le contexte audiovisuel des années 1980. Néanmoins, il concède lui-même que le temps écoulé n’excuse pas tout. Cette controverse illustre parfaitement le changement radical des mentalités concernant le respect des femmes à l’écran.

L’unité du clan face à la perte du patriarche

Le 6 avril 2018, la vie de l’ancienne danseuse bascule dans le chagrin. Jacques Higelin s’éteint des suites d’une longue maladie à l’âge de 77 ans. Dès lors, son épouse doit affronter cette immense épreuve sous le regard du public.

Le 12 avril, elle mène dignement le cortège funéraire. La cérémonie se déroule au célèbre cimetière du Père-Lachaise à Paris. Elle apparaît alors profondément affectée, étroitement soutenue par sa fille dans la douleur.

Le même jour, un grand hommage musical et public a lieu au Cirque d’Hiver. De très nombreuses personnalités de la culture viennent entourer Aziza Zakine. Le monde du spectacle se mobilise pour saluer la mémoire du poète rock.

Parmi les artistes présents pour lui témoigner leur affection, on compte le compositeur Eric Serra et le chanteur Matthieu Chedid. La comédienne Sandrine Bonnaire, Michel Jonasz ou encore l’actrice Julie Gayet font également le déplacement. Cependant, l’image la plus marquante de cette journée reste celle de l’union familiale.

Les obsèques mettent en lumière la cohésion absolue et remarquable du clan Higelin. L’épouse endeuillée se montre très solidaire des deux premiers fils du chanteur, Arthur H et Kên Higelin. Surtout, elle affiche une belle harmonie avec les précédentes compagnes de l’artiste.

Nicole Courtois-Higelin, la mère d’Arthur, se tient à ses côtés. Il en va de même pour Kuelan Nguyen, la mère de Kên. Cette image pacifique d’une famille recomposée unie dans le deuil force l’admiration de tous les observateurs.

Depuis la disparition de son mari, celle que ses proches surnomment affectueusement Zazou a choisi de retourner définitivement dans l’ombre. Elle continue d’honorer la mémoire de l’homme de sa vie avec une élégance silencieuse et une discrétion absolue. Son parcours rappelle finalement que l’influence d’une créatrice ne se mesure pas toujours à l’aune de sa présence médiatique, mais bien à la solidité des liens qu’elle tisse autour d’elle.