Le biathlon français brille depuis des décennies grâce à des athlètes d’exception qui ont marqué l’histoire des sports d’hiver par leur ténacité et leur précision. Parmi ces figures marquantes, Marie Dorin Habert occupe une place particulièrement singulière par son palmarès étincelant et ses engagements écologiques. Surnommée la « Vertacomicorienne » en raison de son attachement viscéral au massif du Vercors, cette habitante des montagnes a grandi près de Grenoble avant de s’installer à Villard-de-Lans.
Née à Lyon le 19 juin 1986, l’athlète a rapidement trouvé sa voie sur les pistes enneigées du Dauphiné. Bien qu’elle ait commencé le ski de fond à l’âge de 13 ans au Club Omnisports des Sept Laux, elle ne s’est tournée vers le biathlon qu’à 15 ans. Cette vocation tardive ne l’a pas empêchée de gravir rapidement les échelons nationaux pour rejoindre l’élite mondiale.
Des sommets olympiques au sommet du monde : le parcours de la biathlète française
La tireuse tricolore fait ses débuts sur le circuit international en 2003 lors d’un sprint en Coupe d’Europe, avant d’intégrer la prestigieuse Coupe du monde en 2007. Au fil des ans, elle construit une solide réputation de relayeuse hors pair et de compétitrice redoutable au sein de l’équipe de France. C’est en 2010, lors des Jeux de Vancouver, qu’elle se révèle pleinement au grand public.
Au Canada, elle décroche une magnifique médaille de bronze sur le sprint grâce à un tir parfait de 10/10. Quelques jours plus tard, elle remporte l’argent avec le relais féminin aux côtés de Marie-Laure Brunet, Sylvie Becaert et Sandrine Bailly. Ces performances font d’elle la biathlète française la plus décorée de l’histoire des Jeux olympiques, un statut qu’elle consolidera lors des échéances suivantes.
La désillusion de Sotchi et la résilience face aux blessures
La carrière d’une athlète de haut niveau est rarement un long fleuve tranquille et comporte son lot d’épreuves physiques. En décembre 2013, une grave blessure à la cheville compromet l’ensemble de sa préparation pour les Jeux de Sotchi en 2014. Malgré une course contre la montre pour revenir à temps, elle repart de Russie sans la moindre médaille, marquée par l’abandon tragique de son relais féminin.
Pourtant, Marie Dorin Habert refuse de s’avouer vaincue et prépare activement sa revanche pour l’échéance olympique suivante. En 2018, lors des Jeux de PyeongChang, elle retrouve le sommet de l’Olympe avec brio. Elle décroche l’or sur le relais mixte en réalisant un premier relais parfait, puis s’offre le bronze avec ses coéquipières du relais féminin.
L’exploit historique d’Oslo : quand la légende du biathlon domine le monde
Au-delà de ses succès olympiques, la championne brille de mille feux lors des Championnats du monde tout au long de sa carrière. En 2015, à Kontiolahti, elle réalise un retour fracassant seulement quelques mois après la naissance de sa première fille, Adèle. Elle y décroche ses deux premiers titres mondiaux individuels sur le sprint et la poursuite, prouvant sa force mentale hors du commun.
C’est néanmoins l’année suivante, lors des Mondiaux d’Oslo-Holmenkollen en 2016, que Marie Dorin Habert entre définitivement dans la légende du sport. Elle réalise l’exploit historique de monter sur le podium lors des six épreuves disputées. Elle remporte ainsi trois médailles d’or, deux d’argent et une de bronze, égalant une performance unique dans l’histoire moderne du biathlon féminin.
Une régularité impressionnante en Coupe du monde
Cette domination se traduit également par une régularité impressionnante sur l’ensemble de la saison de Coupe du monde. Durant la saison 2015-2016, elle atteint la deuxième place du classement général, frôlant de peu le prestigieux gros globe de cristal. Cette réussite s’explique par une préparation physique rigoureuse, bien que les fiches officielles de l’époque divergent parfois sur sa taille exacte, oscillant entre 1,63 m et 1,68 m.
Au total, sa carrière internationale est marquée par une longévité remarquable sur les pistes du monde entier. Avec 282 départs en Coupe du monde, elle totalise 64 podiums, dont 28 individuels et 7 victoires éclatantes. Son matériel de prédilection, associant des skis Rossignol et une carabine Anschuetz, l’a accompagnée vers les plus grands honneurs.
La tireuse tricolore face à de nouveaux défis : une reconversion engagée
Après une dernière victoire en relais à Oslo en mars 2018, elle décide de mettre un terme à sa carrière sportive à l’âge de 31 ans. Forte de plus de cinquante médailles internationales, elle entame immédiatement une reconversion active et diversifiée. Elle met d’abord son expertise au service des médias en devenant consultante pour commenter les compétitions de biathlon sur la chaîne L’Équipe.
Par la suite, elle rejoint France Télévisions pour partager son analyse lors des grands rendez-vous olympiques. Elle commente notamment les épreuves de Pékin en 2022 et de Milan-Cortina en 2026 aux côtés d’Alexandre Boyon. Son ton dynamique et sa connaissance parfaite des pas de tir séduisent rapidement les téléspectateurs, confirmant son aisance dans ce nouveau rôle de transmission.
Zecamp : un havre de sport et de déconnexion dans le Vercors
Parallèlement à ses activités médiatiques, Marie Dorin Habert concrétise un projet entrepreneurial ambitieux avec son mari Loïs Habert et le fondeur Robin Duvillard. En octobre 2018, ils ouvrent « Zecamp » à Corrençon-en-Vercors. Cet établissement novateur propose un hébergement de 15 chambres axé sur le sport, le bien-être et la reconnexion avec la nature, s’adressant aussi bien aux athlètes professionnels qu’aux amateurs.
Ce lieu de vie reflète parfaitement les valeurs de partage et de simplicité du couple de champions. En proposant des espaces de récupération de haute qualité et une cuisine locale, ils contribuent à dynamiser leur région d’adoption. Ce projet témoigne d’une volonté globale de promouvoir un tourisme durable et respectueux des écosystèmes montagnards.
Quand la championne olympique prend la plume pour la biodiversité
Cette reconversion verte n’est pas le fruit du hasard pour l’ancienne sportive de haut niveau. Passionnée de biologie, elle a validé un Master en écologie à l’Université Joseph-Fourier de Grenoble durant sa carrière. Cette formation académique solide lui permet d’aborder les questions environnementales avec une réelle expertise scientifique, qu’elle s’attache désormais à partager à travers ses écrits.
Elle publie ainsi son premier ouvrage en 2019 aux Éditions Salamandre, intitulé Tu marches, il marche, vous marchez… moi je cours, où elle évoque son éveil à la protection du vivant. Quelques années plus tard, elle récidive avec Un tour de roue, un livre dans lequel elle partage sa vision de l’écologie avec humour. Ces publications témoignent de sa volonté constante de sensibiliser le grand public aux enjeux climatiques contemporains.
Aujourd’hui, Marie Dorin Habert incarne parfaitement la transition réussie d’une athlète accomplie vers une citoyenne engagée pour son territoire. Son parcours démontre que la rigueur du sport de haut niveau peut devenir un formidable moteur pour inspirer les générations futures, sur les skis comme dans la préservation de notre environnement.
