Peu d’artistes incarnent l’élégance et le cosmopolitisme avec autant de grâce que Viktor Lazlo. Révélée dans les années 1980, cette créatrice aux multiples facettes a su naviguer entre la musique, le cinéma et l’écriture, traçant un chemin singulier loin des modes éphémères.
En effet, derrière le pseudonyme mystérieux de Viktor Lazlo se cache une femme de lettres et de scène passionnée. Des plateaux de télévision aux salons littéraires de la Martinique, elle déploie un univers riche, nourri par ses origines plurielles et une insatiable curiosité intellectuelle.
Les racines métissées de Viktor Lazlo à la naissance d’une icône
Avant de conquérir le public sous son nom de scène, l’artiste naît sous l’identité de Sonia Dronnier le 7 octobre 1960 à Lorient, dans le Morbihan. Elle grandit ainsi au carrefour de cultures fascinantes, portée par un père martiniquais et une maman originaire de l’île de la Grenade. À l’âge de 65 ans aujourd’hui, elle incarne magnifiquement ce métissage antillais et européen.
Une éducation européenne et artistique
Pour parfaire ce profil cosmopolite, la jeune fille grandit en Belgique où elle fréquente l’École européenne de Bruxelles. Ce parcours lui permet de maîtriser rapidement six langues qu’elle utilise pour chanter et jouer : le français, l’anglais, l’espagnol, l’allemand, l’italien et le néerlandais.
Par ailleurs, ses parents l’orientent très tôt vers une formation artistique complète. Elle s’initie de ce fait au violon et à la danse, classique comme jazz, dès son plus jeune âge. Cette préparation rigoureuse se concrétise d’ailleurs par sa participation à une comédie musicale alors qu’elle n’a que onze ans.
Du mannequinat aux premiers pas artistiques
Plus tard, la jeune femme s’inscrit à l’université en Belgique pour y étudier l’histoire de l’art et l’archéologie. Cependant, sa beauté plastique et son port de reine attirent rapidement les créateurs de mode. Elle entame alors une carrière de mannequin de photo et de podium qui dure dix-huit mois au début des années 1980. Durant cette période intense, elle défile notamment pour Chantal Thomass et devient l’égérie de Thierry Mugler.
C’est à cette époque qu’elle choisit son pseudonyme de scène. Elle s’inspire directement du personnage de Victor Laszlo, l’évadé de camp de concentration en quête d’un visa pour l’Amérique, joué par Paul Henreid dans le film culte Casablanca. Ce choix audacieux annonce d’emblée la force de caractère de la future star.
L’envol musical de la chanteuse franco-belge
Le destin de l’artiste bascule lorsqu’elle se fait repérer dans un club bruxellois par le producteur belge Lou Deprijck. Ce dernier l’engage d’abord comme choriste pour son trio Lou & The Hollywood Bananas. Très vite, son timbre chaud et suave se distingue, lui ouvrant les portes d’une carrière en solo. En 1984, elle enregistre son premier titre, Backdoor Man, composé par Alain Chamfort pour le film À mort l’arbitre.
Les succès populaires de Viktor Lazlo gravés dans les mémoires
En 1985, le grand public découvre véritablement Viktor Lazlo grâce à l’album She. Ce premier opus rencontre un immense succès commercial international. Il frôle le disque de platine en Belgique, s’exporte au Japon et se retrouve vendu à plus de 100 000 exemplaires en Allemagne.
Le titre Sweet, Soft and Lazy installe durablement sa signature musicale, un mélange subtil de jazz, de pop, de soul et d’influences latines. En France, c’est la ballade mélancolique Canoë rose qui la consacre, atteignant sa quatorzième place au Top 50. Deux ans plus tard, sa reprise de Pleurer des rivières, adaptation française de Cry Me a River, confirme son statut d’icône romantique.
À l’international, la chanson Breathless devient son plus grand triomphe à l’étranger, se classant notamment à la treizième place des hit-parades en Belgique. Forte de cette notoriété européenne, elle est choisie pour présenter le Concours Eurovision de la chanson le 9 mai 1987 à Bruxelles, une prestation saluée pour son élégance et son bilinguisme parfait.
Une évolution stylistique sous le signe de la liberté
La carrière de Viktor Lazlo ne se résume pas à ses tubes des années 1980. Soucieuse de son indépendance artistique, elle collabore avec des auteurs prestigieux comme Boris Bergman, Maxime Le Forestier ou Serge Gainsbourg, qui lui écrit le titre Amour Puissance Six en 1988.
Le choix de la diversité linguistique et musicale
Afin de toucher ses différents publics, l’interprète de Canoë Rose prend l’habitude de publier ses albums en deux versions, l’une francophone et l’autre internationale. Cette démarche caractérise notamment les albums Club Désert et Mes poisons délicieux au tournant des années 1990.
Par la suite, elle n’hésite pas à bousculer son image en explorant de nouveaux horizons musicaux. En 1996, elle s’exile à Nassau pour enregistrer l’album Verso, un projet aux accents reggae produit avec la célèbre section rythmique Sly Dunbar et Robbie Shakespeare. Quelques années plus tard, elle revient aux classiques du music-hall parisien avec l’album Loin de Paname, magnifiquement produit par Raul Paz.
L’hommage vibrant de Viktor Lazlo aux grandes légendes du jazz
Au fil des ans, sa passion pour le jazz s’affirme à travers des projets conceptuels ambitieux. Elle consacre ainsi en 2012 un hommage vibrant à Billie Holiday, comprenant un roman, un album et un spectacle musical mis en scène par Éric-Emmanuel Schmitt. Elle y interprète une vingtaine de standards de la diva, ressuscitant son âme sur la scène du Théâtre Rive Gauche.
Plus récemment, en septembre 2021, elle publie son treizième album studio, intitulé Suds. Ce projet, composé de treize titres originaux écrits de sa plume et mis en musique par Khalil Chahine, réunit des musiciens de jazz de premier plan comme le batteur Arnaud Dolmen ou le chanteur David Linx.
De la scène aux plateaux : une comédienne de caractère
Parallèlement à sa musique, la chanteuse franco-belge s’est imposée comme une actrice talentueuse, tant sur le grand que sur le petit écran. Sa présence magnétique et sa voix singulière lui permettent d’incarner des personnages forts et nuancés.
Une filmographie riche et éclectique
Au cinéma, elle tourne sous la direction de réalisateurs européens et internationaux. On la retrouve notamment dans :
- Boom Boom de Rosa Vergés (1990), où elle tient le rôle de Sofía ;
- Signe de feu de Nino Bizzarri (1991) ;
- Les Faussaires de Frédéric Blum (1994) ;
- Joe & Marie de Tania Stöcklin (1994) ;
- Nord-Plage de José Hayot (2000) ;
- Tout pour l’oseille de Bertrand Van Effenterre (2004) ;
- Ramata de Léandre-Alain Baker (2009), où elle incarne le rôle-titre avec une remarquable intensité dramatique.
Viktor Lazlo, une figure incontournable de la fiction télévisuelle
La télévision lui offre également de très beaux rôles populaires. Le public se souvient particulièrement de son personnage de Beverly Richardson dans la saga de l’été Sandra, princesse rebelle en 1995. Elle intègre ensuite l’univers policier en incarnant le Capitaine Roussel dans la série culte Navarro, un rôle qu’elle prolonge de 2007 à 2009 dans la série dérivée Brigade Navarro. Elle fait également des apparitions remarquées dans Commissaire Moulin, Sœur Thérèse.com ou encore La Crim’.
Les planches comme espace de liberté
Le théâtre représente un autre terrain d’expression privilégié pour Viktor Lazlo. Dès 1999, elle joue dans Hôtel des deux mondes d’Éric-Emmanuel Schmitt. En 2018, puis à nouveau en 2022, elle s’illustre dans l’atypique adaptation théâtrale de Misery, le célèbre thriller de Stephen King, confirmant sa capacité à aborder des registres sombres et dramatiques.
La plume et l’engagement : une romancière saluée par la critique
Depuis le début des années 2010, l’icône pop des années 80 s’est réinventée avec brio dans l’écriture romanesque. Elle a ainsi publié six romans entre 2010 et 2024, abordant des thèmes profonds comme le deuil, la mémoire historique et la transmission.
L’œuvre littéraire intime et historique de Viktor Lazlo
Son premier roman, La Femme qui pleure, paraît en 2010 chez Albin Michel. Écrit à la suite du décès de son compagnon Filip Nikolic, cet ouvrage poignant reçoit le prix Charles Brisset. Elle poursuit ensuite son exploration littéraire avec des récits d’une grande force narrative :
- My Name is Billie Holiday (2012), biographie romancée de la chanteuse de jazz ;
- Les Tremblements essentiels (2015) ;
- Les Passagers du siècle (2018), premier volet d’un diptyque ambitieux reliant la Shoah et l’esclavage ;
- Trafiquants de colères (2020), second volet de cette fresque historique ;
- Ce qui est pour toi, la rivière ne l’emporte pas (2024), publié chez Robert Laffont.
De plus, l’écrivaine a annoncé à l’époque pour 2025 un nouveau roman intitulé Mon cœur bruyant, confirmant la vitalité de sa plume. Elle participe également régulièrement à des ouvrages collectifs, comme la réédition parue en 2025 des Nouvelles de Martinique, et anime des conférences littéraires.
Valoriser les écritures des Amériques
Très attachée à ses racines antillaises, elle s’investit activement dans la vie culturelle de la Martinique. Elle y fonde en 2019 le Festival Écritures des Amériques, puis crée en 2022 le Festival en Pays Rêvé. Ces événements célèbrent la richesse de la littérature francophone et caribéenne, offrant une tribune précieuse aux auteurs de la région.
Une vie privée discrète et des honneurs mérités
Malgré sa notoriété, l’artiste a toujours veillé à préserver son jardin secret. Après avoir partagé la vie de Gérard Soulay, puis celle du regretté Filip Nikolic, elle est mère d’un fils, Maxime, né en 1988. Depuis 2013, elle partage son quotidien avec le comédien et directeur de théâtre Francis Lombrail.
Cette trajectoire artistique exceptionnelle, menée sur tous les fronts de la création, lui vaut la reconnaissance des institutions. Nommée Chevalier des Arts et des Lettres en 2011, elle est promue au rang d’Officier de ce même ordre prestigieux en 2022, couronnant ainsi plus de quarante ans d’élégance, de création et de liberté.
Aujourd’hui, Viktor Lazlo continue d’inspirer par sa capacité rare à se réinventer sans jamais renier ses passions premières. Qu’elle chante les suds ou qu’elle écrive l’histoire de ses ancêtres, elle prouve que l’art est avant tout un voyage sans frontières.
