Jean Bertolino en gilet tactique tenant un appareil photo au milieu de ruines

L’aventure au bout du monde et de la plume : le destin hors norme de Jean Bertolino

Partir là où le monde brûle et ramener la vérité des tranchées définit la vie de Jean Bertolino. Ce grand reporter a couvert la plupart des grands conflits de la seconde moitié du XXe siècle, du Moyen-Orient à l’Amérique latine. En explorant ces fractures, il a forgé une double identité de journaliste et d’écrivain.

Pourtant, derrière l’image du correspondant aguerri se cache un homme attaché à ses racines. Guidé par une philosophie simple, il s’inspire de Montaigne. Pour lui, son métier et son art consistent avant tout à vivre pleinement. C’est cette soif de liberté qui l’a poussé à quitter le confort des plateaux de télévision.

Des montagnes savoyardes aux débuts de Jean Bertolino dans la presse

Avant de parcourir le globe, Jean Bertolino a d’abord connu les épreuves d’une enfance bousculée par la guerre. Né à Marseille le 31 mars 1936, il grandit principalement en Savoie, notamment à Chambéry. Séparé de ses parents, il trouve refuge dans un hameau isolé savoyard. C’est dans ce terroir qu’il s’initie au patois local et développe une passion précoce pour le vélo.

Après des études de journalisme à Paris, le jeune diplômé fait ses premières armes dans la presse écrite. Dès 1960, il collabore avec plusieurs titres de la presse chrétienne et nationale. Cependant, son désir d’indépendance le pousse rapidement vers le grand reportage. Le journaliste et documentariste commence alors à écrire pour de prestigieux journaux comme Le Monde, Le Figaro ou encore Les Temps Modernes sous la direction de Jean-Paul Sartre.

L’épreuve du feu et la consécration du prix Albert Londres

Le reporter se fait rapidement un nom en s’aventurant là où peu osent aller. En 1965, il devient le premier journaliste à pénétrer clandestinement les maquis kurdes en Irak. Il y rencontre le chef de guerre Mollah Mustafa Barzani. Cette audace devient sa marque de fabrique.

Mais c’est en Asie du Sud-Est que sa carrière prend un tournant décisif. En 1966, il couvre les violents affrontements au Vietnam et au Cambodge. Ses reportages saisissants de vérité, publiés par le journal La Croix, connaissent un retentissement international. Grâce à cette couverture exceptionnelle, Jean Bertolino reçoit le prestigieux prix Albert Londres en 1967, alors qu’il n’est âgé que de trente ans. Il demeure aujourd’hui l’un des plus anciens lauréats vivants de cette distinction.

Ses reportages ne s’arrêtent pas là. Durant les tensions du Proche-Orient en 1970, il s’immerge pendant huit mois dans une base secrète de fedayin palestiniens. Qu’il s’agisse de documenter la révolte de Mai 68 à Nanterre ou de couvrir les guerres civiles en Amérique latine, il privilégie toujours l’observation directe.

De l’encre à l’écran avec Jean Bertolino durant l’âge d’or de TF1

Au début des années 1980, la figure du journalisme télévisé amorce un virage majeur en intégrant la chaîne TF1. En effet, il y réalise d’abord d’audacieuses expéditions clandestines en Afghanistan sous occupation soviétique. Nommé responsable du service des grands reportages en 1987, Jean Bertolino crée l’année suivante une émission qui va marquer l’histoire de la télévision française : 52 sur la Une.

Pendant plus d’une décennie, ce magazine propose des formats longs et exigeants, totalisant 154 reportages à travers le monde. L’ancien présentateur de 52 sur la une y diffuse notamment une interview exclusive et extrêmement risquée de Pablo Escobar en Colombie, réalisée sous la surveillance de tueurs armés. Menacé de mort, il attendra prudemment l’exécution du célèbre narcotrafiquant avant de diffuser ces images édifiantes.

Toutefois, cette brillante carrière télévisuelle n’est pas exempte de remous. En 1987, la diffusion d’un reportage sur les messes noires suscite de vives accusations de manipulation. Les critiques reprochent à l’équipe d’avoir fait appel à des figurants sans l’indiquer clairement à l’écran. Pour sa défense, le producteur explique avoir précisé oralement sur le plateau que les scènes étaient reconstituées, même si la mention écrite n’avait pas été incrustée à l’image. Malgré cet incident, l’émission accumule les récompenses internationales, dont un prestigieux 7 d’or en 1997.

La plume pour prolonger le reportage : l’œuvre littéraire

Lorsqu’il quitte le monde des médias, Jean Bertolino ne renonce pas pour autant à raconter le monde. Il transpose ses souvenirs de guerre et ses rencontres marquantes dans une œuvre littéraire foisonnante. Ses premiers récits, comme Vietnam sanglant ou Les Orangers de Jaffa, prolongent directement ses enquêtes de terrain. De même, son ouvrage Les Trublions, publié en 1969, servira d’inspiration directe au romancier Robert Merle pour son célèbre livre Derrière la vitre.

Par la suite, l’auteur s’oriente vers le roman d’aventure et d’initiation, puisant dans la géopolitique la matière de thrillers haletants. Ses fictions transportent les lecteurs dans des contrées lointaines et mystérieuses :

  • Chaman (2002) suit le parcours initiatique d’un jeune missionnaire breton devenu chaman au Laos.
  • Fura-Tena (2004) plonge au cœur d’une quête archéologique périlleuse au milieu des mafias de l’émeraude en Colombie.
  • Pour qu’il ne meure jamais (2010) dépeint la lutte d’une biologiste contre les cartels de la drogue dans le Triangle d’or.
  • Et je te donnerai les trésors des ténèbres (2014) explore un mystère ésotérique lié à un éboulement médiéval en Savoie.

En parallèle de ces voyages lointains, l’écrivain exprime un attachement viscéral à sa terre natale à travers des récits plus intimes. Dans son roman autobiographique Madame l’Etoile, il livre un vibrant hommage à son enfance chambérienne sous l’Occupation. Plus récemment, son récit Roues Libres, publié en 2021, retrace avec poésie ses débuts à vélo. Cet amour des mots lui vaut de recevoir le Grand Prix de Poésie décerné par la Société des Poètes et Artistes de France.

Un héritage journalistique et culturel largement récompensé

Les pairs et les institutions culturelles ont largement salué la carrière exceptionnelle de Jean Bertolino. Au-delà de ses distinctions personnelles, l’émission 52 sur la Une a elle-même accumulé les honneurs internationaux sous sa direction, témoignant de l’exigence éthique et technique de ses équipes.

Parmi ces distinctions collectives figurent notamment :

  • Le prix Albert Londres collectif décerné en 1989.
  • Le prestigieux prix Ondas obtenu en Espagne.
  • Le prix du festival de Banff au Canada pour le documentaire montagnard Les Chariots du diable.
  • Le Grand prix humanitaire du Festival d’Autrans.

Aujourd’hui retiré sur la Côte d’Azur, à Antibes, Jean Bertolino demeure une figure respectée du monde des lettres et des médias. Membre d’honneur de l’Académie de Maurienne et de la Société des Auteurs Savoyards, il continue d’inspirer les nouvelles générations de reporters par son parcours exemplaire de globe-trotteur. Certaines sources divergent légèrement sur des dates précises, comme son intégration à TF1 ou la parution de ses premiers livres. Néanmoins, tous les observateurs s’accordent sur la rigueur exceptionnelle de son engagement.

En combinant la rigueur du journalisme de guerre et la sensibilité de la création littéraire, Jean Bertolino rappelle que témoigner du monde exige autant de courage sur le terrain que de justesse sous la plume. Son parcours invite à redécouvrir la valeur d’une information conquise de haute lutte, guidée par une insatiable curiosité pour l’humain.


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