Dans le monde exigeant de la course en montagne, le parcours de Thibaut Garrivier force l’admiration par sa dualité hors du commun. Ce sportif d’exception réussit un tour de force quotidien. Il gère de front une carrière de radiologue hospitalier et un entraînement d’ultra-traileur parmi l’élite mondiale.
Pendant de longues années, ses études de médecine particulièrement intenses lui imposaient un rythme de travail allant jusqu’à 85 heures par semaine. Pourtant, cette contrainte temporelle extrême ne l’a pas empêché de se hisser au sommet de sa discipline. Il a ensuite réorganisé sa vie professionnelle pour libérer pleinement son potentiel athlétique.
Des pistes de ski de fond aux sentiers de montagne : la genèse d’un coureur d’élite
Né le 6 septembre 1990 à Valognes dans la Manche, le jeune garçon quitte la Normandie à l’âge de 10 ans pour s’installer à Gap. C’est dans ce cadre alpin privilégié qu’il découvre la montagne et s’initie aux sports d’endurance. Il pratique notamment le ski de fond en club pendant six ans, atteignant le niveau national durant ses années de lycée.
Par la suite, il entame un long cursus médical qui le mène d’abord à Marseille pour six ans, puis à Lyon pour six années supplémentaires. Afin de décompresser face à la pression des examens, Thibaut Garrivier commence à courir régulièrement sur l’asphalte. Il s’aligne finalement sur son premier trail en 2012 lors du Trail de Gapen’cimes.
Parallèlement à ses premières foulées en montagne, il s’essaie au triathlon avec succès. Il remporte notamment le Half Ironman du Pays d’Aix dans sa catégorie d’âge, signant une belle performance chronométrique. Cependant, l’appel des sentiers se fait de plus en plus pressant pour le jeune interne.
L’envolée vers les sommets mondiaux de Thibaut Garrivier
Le traileur tricolore se révèle rapidement à l’échelle internationale grâce à des performances marquantes sur des formats techniques. En 2018, il décroche une prometteuse troisième place sur la Transvulcania, une course espagnole réputée pour sa chaleur et son dénivelé. L’année suivante, il parvient à remporter la Transvulcania en 2019 en bouclant les 73 kilomètres en un temps record.
Cette victoire mémorable lui permet d’inscrire son nom sur la place d’arrivée de l’épreuve et de prendre temporairement la tête des Skyrunner World Series. Fort de cette dynamique, il s’attaque aux formats plus longs de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. En 2019, il termine deuxième de la CCC derrière l’Espagnol Luis Alberto Hernando.
Deux ans plus tard, en 2021, Thibaut Garrivier parvient enfin à s’imposer sur la CCC après une démonstration de force de plus de dix heures. Cette victoire consacre l’athlète comme l’un des meilleurs spécialistes mondiaux des distances intermédiaires. Dès lors, ses ambitions se tournent naturellement vers les formats d’ultra-endurance les plus prestigieux de la planète.
Une transition méthodique vers la professionnalisation à Annecy
Pour franchir un cap supplémentaire, Thibaut Garrivier décide de modifier radicalement son cadre de vie. Il choisit de s’installer à Annecy au printemps 2021 avec sa compagne. Ce déménagement stratégique lui offre un accès immédiat à des terrains d’entraînement montagneux comme le Semnoz, contrastant avec ses années lyonnaises passées à courir sur les quais du Rhône.
De plus, il prend la décision en 2022 de réduire son temps de travail à la clinique d’Argonay. Ce passage à temps partiel lui permet de consacrer l’essentiel de ses journées au trail pour une période de trois à cinq ans. Grâce à cette transition, il bénéficie d’une récupération optimale et d’un suivi médical de proximité.
Un palmarès éclectique sur tous les terrains
Au-delà de ses victoires de référence, l’athlète brille par sa polyvalence sur des distances variées :
- Victoire au Lyon Urban Trail by Night (44 km) en 2016.
- Triple vainqueur de la Marathon-Race et de la Maxi-Race du Lac d’Annecy entre 2019 et 2022.
- Victoire au Trail Verbier St-Bernard (76 km) en 2023.
- Victoire au Trail de la Sainte Baume (45 km) en 2024.
- Troisième place au Grand Raid Ventoux by UTMB en 2025.
La science de l’effort : l’approche rigoureuse du traileur tricolore
En tant que médecin, le champion d’ultra-fond applique une rigueur toute scientifique à sa préparation athlétique. En collaboration avec son partenaire nutritionnel Baouw, il a développé sa stratégie de nutrition très précise. Il consomme ainsi une barre énergétique avant le départ, puis s’impose un apport régulier toutes les 45 minutes pendant l’effort.
Cette planification millimétrée s’avère indispensable pour répondre aux exigences énergétiques du très haut niveau. Par ailleurs, sa connaissance du corps humain l’aide à appréhender les nombreuses blessures qui ont jalonné sa carrière. Le coureur d’élite a notamment dû surmonter une longue fracture de fatigue qui l’a éloigné des sentiers pendant douze mois consécutifs entre 2020 et 2021.
Qu’il s’agisse d’une entorse à la cheville survenue juste avant une course à Madère ou de côtes cassées à l’entraînement, il gère chaque coup dur avec philosophie. Sa capacité de résilience lui permet de revenir systématiquement plus fort à la compétition, s’appuyant sur des bases scientifiques solides pour optimiser sa rééducation.
Les mystères de Chamonix : le paradoxe de l’UTMB 2022
Les efforts de structuration de sa préparation portent leurs fruits sur le parcours mythique de l’UTMB autour du Mont-Blanc. Après s’être classé sixième en 2023, il réalise une performance historique lors de l’édition 2025. Il décroche ainsi la cinquième place de l’UTMB 2025, s’affirmant comme le premier coureur français de cette édition majeure.
Pourtant, l’histoire de Thibaut Garrivier avec cette course comporte une zone d’ombre documentaire concernant l’édition de 2022. En effet, les sources biographiques se contredisent de manière flagrante sur le résultat obtenu cette année-là par le coureur.
D’un côté, le récit écrit de sa biographie affirme que le coureur a été contraint d’abandonner la course au bout de 40 kilomètres à cause d’une double fracture des côtes contractée à l’entraînement. D’un autre côté, les bases de données officielles de l’UTMB Index indiquent qu’il a réussi à franchir la ligne d’arrivée pour terminer au dixième rang en un peu plus de 22 heures. Ce paradoxe illustre les difficultés de suivi des athlètes d’élite au cœur de la ferveur chamoniarde.
Quoi qu’il en soit, ce double parcours d’athlète et de médecin fait de lui un profil unique dans le paysage sportif contemporain. En conciliant la rigueur du diagnostic médical et l’exigence physique de l’ultra-trail, il démontre qu’il est possible de briller au plus haut niveau mondial sans sacrifier sa carrière professionnelle.
