Le demi-fond français connaît depuis quelques années un souffle nouveau grâce à des athlètes au parcours atypique. Parmi ces révélations, la trajectoire de Manon Trapp force l’admiration par sa rapidité et sa singularité. Rien ne prédestinait pourtant cette jeune femme née en 2000 à Sèvres à devenir l’une des reines de la course sur route tricolore.
En l’espace de quelques saisons seulement, la coureuse de fond a délaissé les tatamis pour s’emparer des plus beaux titres nationaux et signer des records historiques. Aujourd’hui installée en Savoie, elle incarne une nouvelle génération d’athlètes. Ceux-ci concilient performance de niveau mondial et engagements écologiques profonds.
La genèse du talent brut de Manon Trapp des tatamis aux pistes d’athlétisme
L’école de la rigueur : les débuts de Manon Trapp au judo
Avant de faire trembler les chronomètres sur le bitume, la championne française a passé onze années sur les tatamis. Ceinture noire de judo, elle atteint même le niveau national en décrochant une prometteuse neuvième place aux championnats de France. Afin d’améliorer son endurance physique pour les combats, elle commence à courir régulièrement dans la forêt de Meudon. Ce qui ne devait être qu’un simple entraînement complémentaire se transforme rapidement en une véritable révélation pour la jeune athlète. Elle décide alors de tourner définitivement la page du judo en 2017 pour se consacrer pleinement à l’athlétisme.
Une reconversion fulgurante et des titres en cascade
Dès son arrivée dans l’athlétisme, la progression de Manon Trapp se révèle spectaculaire. Elle débute au Racing Multi Athlon en 2017, avant de rejoindre l’AC Boulogne Billancourt, puis l’AS Aix-les-Bains. Depuis 2024, elle défend avec fierté les couleurs de l’Entente Savoie Athlé. Sous la houlette de ses entraîneurs successifs, notamment Jean-François Pontier qui l’accompagne aujourd’hui, elle se bâtit un palmarès national impressionnant.
La spécialiste du marathon brille d’abord en cross-country, discipline exigeante où elle s’adjuge trois titres consécutifs de championne de France Élite de cross long entre 2021 et 2023. Sur la piste, elle s’impose également comme la patronne du 5 000 mètres en décrochant l’or national en 2022 et 2023. Sa polyvalence s’exprime tout autant sur la route avec des victoires nationales sur 5 kilomètres et 10 kilomètres. Selon les sources, son palmarès oscille entre dix et quatorze titres de championne de France toutes catégories confondues, confirmant son statut d’étoile montante de la discipline.
L’exigence de la route : la révélation sur marathon
Les débuts historiques de Manon Trapp à Valence
En décembre 2023, la coureuse de fond décide de franchir un cap décisif en s’alignant sur son tout premier marathon à Valence. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Elle franchit la ligne d’arrivée en 2h25’48 » (ou 2h25’45 » selon les bilans fédéraux), réalisant immédiatement les minima olympiques. Cette performance constitue le meilleur temps de l’histoire pour une Française qui débute sur cette distance mythique. Ce chrono exceptionnel lui permet d’obtenir un statut de remplaçante pour les Jeux Olympiques de Paris 2024.
Le record de France à Séville
Après avoir surmonté plusieurs épreuves physiques, Manon Trapp choisit le marathon de Séville, le 23 février 2025, pour marquer l’histoire de son sport. Dans une forme étincelante, elle termine à la deuxième place de l’épreuve espagnole. Surtout, elle arrête le chronomètre à 2h23’38 » (la Fédération Française d’Athlétisme retenant quant à elle un temps de 2h23’36 »). En abaissant la marque nationale de 34 secondes, l’athlète tricolore s’empare du record de France et s’affirme comme la deuxième meilleure performeuse française de tous les temps sur la distance.
La méthode d’une championne : entraînement, nutrition et résilience
La préparation millimétrée de Manon Trapp entre Savoie et haute altitude
Pour atteindre un tel niveau de performance, Manon Trapp s’impose une discipline de fer au quotidien. Elle réside et s’entraîne au Bourget-du-Lac, profitant du cadre exceptionnel de la Savoie pour parfaire sa condition physique. Son volume d’entraînement hebdomadaire est impressionnant, oscillant régulièrement entre 150 et 190 kilomètres de course.
Pour optimiser son potentiel aérobie, la spécialiste du marathon effectue de longs séjours en altitude. Elle passe ainsi jusqu’à 55 jours en préparation spécifique à Font-Romeu et s’envole chaque hiver pour un bloc de travail intensif d’un mois à Iten, au Kenya, la terre promise des coureurs de fond.
Dompter les fragilités physiques et surmonter le surmenage
La quête des sommets ne se fait pas sans embûches. L’athlète tricolore doit en effet composer avec une fragilité du tube digestif qui complique son alimentation pendant l’effort. L’ingestion de produits trop sucrés lui provoquant de vives douleurs gastriques, elle a dû rééduquer son organisme. Sous la direction de son entraîneur Jean-François Pontier, elle s’astreint désormais à s’alimenter régulièrement, même lors de footings courts d’une heure, pour habituer son système digestif sans le saturer.
Au-delà de la nutrition, la gestion de la fatigue nerveuse représente un autre défi majeur. En avril 2024, après avoir tenté d’améliorer son temps lors du marathon de Rotterdam, elle doit abandonner. Victime d’un surmenage physique et mental, communément appelé burn-out, la championne française doit observer une période de repos complet sans course à pied pour régénérer son corps et son esprit. Cette épreuve lui a permis d’apprendre à mieux s’écouter pour durer au plus haut niveau.
Courir pour la terre : l’engagement d’une citoyenne des sommets
La géographie alpine comme boussole pour Manon Trapp
Contrairement à d’autres sportifs de haut niveau entièrement focalisés sur leur discipline, la coureuse de fond accorde une importance capitale à son double projet. En 2023, elle a brillamment validé un Master 2 en « Géographie & Montagnes » à l’Université Savoie Mont-Blanc. Ces études universitaires exigeantes lui permettent de mieux comprendre les dynamiques environnementales des territoires qu’elle parcourt quotidiennement lors de ses entraînements en altitude.
Une conscience écologique active sur le terrain
Cet amour pour la nature ne reste pas théorique. Très sensible au changement climatique, Manon Trapp s’engage activement pour la protection des écosystèmes montagnards. Elle est notamment ambassadrice et bénévole pour l’association Mountain Riders, qui œuvre concrètement pour la transition écologique des territoires de montagne. Cet engagement citoyen donne un sens supplémentaire à sa foulée, liant intimement sa passion pour la course à pied et la préservation de son terrain de jeu naturel.
Vers les sommets américains : l’horizon Los Angeles 2028
Une régularité confirmée sur la scène internationale
Malgré les embûches, la championne française continue d’engranger de l’expérience internationale sous le maillot bleu. Elle compte déjà plusieurs sélections majeures, notamment lors des Mondiaux d’athlétisme 2025 à Tokyo, où elle a bravé des conditions extrêmes de chaleur et d’humidité pour terminer à la 32e place du marathon. Sur des distances plus courtes, elle s’est illustrée en prenant la troisième place des célèbres 20 km de Paris à l’automne 2025, confirmant sa superbe forme après l’échéance planétaire japonaise.
L’ambition des Jeux Olympiques et la barrière des 2h20
Désormais tournée vers l’avenir, la spécialiste du marathon a les yeux fixés sur les Jeux Olympiques de Los Angeles 2028. Pour préparer cette échéance majeure, son programme de début d’année 2026 prévoyait un stage intensif au Kenya en janvier, suivi d’une tentative pour abaisser son record national lors du marathon de Barcelone en mars 2026. À plus long terme, la coureuse de fond ambitionne de franchir un cap chronométrique exceptionnel en visant un temps de 2h20 d’ici la fin de l’olympiade.
En alliant rigueur athlétique, résilience face aux difficultés physiques et conscience environnementale, la jeune athlète trace un chemin unique dans le paysage sportif français. Sa quête de vitesse sur les routes du monde entier s’accompagne d’un profond respect pour les territoires qu’elle traverse, faisant d’elle bien plus qu’une simple détentrice de records. Nul doute que sa foulée légère et engagée continuera d’inspirer les passionnés de course à pied dans les années à venir.
