Dans l’histoire du rap français, certains artistes marquent les esprits sans pour autant chercher constamment la lumière des projecteurs. Le rappeur OGB incarne parfaitement cette figure de l’ombre, à la fois pilier technique et conseiller artistique indispensable des plus grands noms du genre. Derrière ce pseudonyme se cache un homme au parcours atypique, capable de faire vibrer les foules tout en s’investissant pleinement dans la vie démocratique de sa commune.
En effet, sa trajectoire témoigne d’une dualité rare. Il navigue ainsi entre la ferveur des scènes internationales et un ancrage local indéfectible. Des balbutiements du hip-hop dans le Val-de-Marne aux tournées monumentales, il a su s’imposer comme un artisan respecté. Il redéfinit ainsi les contours de la performance scénique et de l’accompagnement artistique.
Le parcours de OGB des cités du Val-de-Marne aux rives de la Méditerranée
Une double origine géographique et administrative
L’identité civile de cet artiste singulier s’établit sous le nom de Samir Salah, né le 7 avril 1977. Cependant, son parcours personnel s’entoure de quelques contradictions biographiques quant à son lieu de naissance précis. D’un côté, plusieurs sources affirment qu’il a vu le jour en France, plus précisément au cœur du 13ème arrondissement de Paris, et qu’il est d’origine algérienne. D’un autre côté, plusieurs bases de données biographiques indiquent plutôt qu’il est né directement en Algérie.
Cette double perspective géographique nourrit son écriture et son univers artistique. Au fil de sa carrière, il adopte de multiples pseudonymes qui reflètent les différentes facettes de sa personnalité. On le connaît ainsi sous le nom d’OGB, qui signifie Original Gros Bonhomme ou parfois Original Gras du Bide. Il utilise également les alias de L’OGBack, OG (prononcé ÔDji), Original Gros Blédard, OGBaffe, Haut Débit, ou encore OGB.I.G.
Un ancrage solide à Vitry-sur-Seine
Au-delà des incertitudes sur sa naissance, son enfance et son adolescence se déroulent dans un lieu bien précis. Il grandit en effet dans la célèbre cité Robespierre à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Ce département, véritable berceau du rap français, forge son identité sociale et artistique. C’est dans ce quartier qu’il tisse ses premières amitiés et commence à s’intéresser sérieusement à la musique.
Pourtant, la création artistique ne constitue pas son unique champ d’action au quotidien. En parallèle de sa vie de rappeur, Samir Salah conserve les pieds sur terre et s’implique activement dans sa commune. Il exerce ainsi les fonctions de coordinateur de relations publiques et de chargé de démocratie locale au sein de la mairie de Vitry-sur-Seine. Cette double casquette démontre sa volonté de rester utile à sa communauté, loin des clichés habituels de l’industrie musicale.
OGB, l’éminence grise de la Mafia K’1 Fry
La fondation d’un collectif légendaire
Durant son adolescence, le jeune Samir se passionne pour le hip-hop, fortement influencé par la déferlante du groupe américain N.W.A. Il débute alors comme DJ et collectionneur de vinyles. Il installe ses platines directement dans sa chambre d’adolescent. C’est dans ce sanctuaire improvisé que ses amis d’enfance viennent poser leurs toutes premières rimes.
Parmi eux se trouvent de futurs grands noms comme Rohff, Kery James, Manu Key et les membres du 113. Par la suite, il délaisse les platines pour se consacrer lui-même à l’écriture de ses propres textes. Cette émulation collective débouche sur un événement majeur de l’histoire du rap français. En 1995, OGB participe activement à la fondation du collectif de la Mafia K’1 Fry. Aux côtés de figures emblématiques comme DJ Mehdi, Intouchable, Karlito ou Manu Key, il contribue à bâtir l’un des groupes les plus influents de sa génération.
Le consigliere de l’ombre et la voix de « Tonton du Bled »
Au sein du collectif, il n’est pas seulement un rappeur parmi d’autres. Ses partenaires le surnomment amicalement « la conscience de la Mafia K’1 Fry ». Il joue en effet un rôle de conseiller de l’ombre et de partenaire artistique de premier plan. Il travaille énormément dans les studios d’enregistrement, intervenant sur l’écriture des textes, la composition des mélodies de refrains ou les arrangements de nombreux morceaux.
Parfois, il réalise même des albums entiers pour ses camarades sans pour autant être crédité officiellement. Sa présence se fait également sentir à travers des apparitions mémorables et des contributions vocales marquantes. Par exemple, sur le célébrissime tube « Tonton du Bled » du groupe 113, c’est lui qui interprète les voix en langue arabe, notamment les célèbres gimmicks « léléla » et « ouaouaoua ». De plus, dans le clip légendaire du morceau « Pour Ceux », OGB marque les esprits des spectateurs en incarnant l’homme qui découpe la viande.
L’art du backing selon OGB et son concept de contrôleur scénique
Une approche physique et technique du show
Si OGB est hautement respecté par ses pairs, c’est aussi pour sa maîtrise absolue de la scène. Il rejette catégoriquement le terme réducteur de simple doublure vocale. Pour lui, l’accompagnement d’un rappeur principal sur scène est une véritable discipline technique et physique. Il a d’ailleurs théorisé cette méthode sous le concept de « C.S. » ou « Contrôleur Scénique ».
Cette approche rigoureuse s’avère indispensable pour gérer le souffle, soutenir le rythme et assurer la puissance d’un concert. Cette expertise technique lui vaut une réputation flatteuse dans le milieu musical. Ses pairs le présentent souvent comme le meilleur backeur du rap français, ou le « backeur préféré de tes rappeurs préférés ». Durant sa carrière, il a assuré ce rôle crucial pour de nombreux artistes majeurs, notamment Rohff, Manu Key, Karlito, et le groupe 113.
Les grandes heures de la scène française
Cette science de la scène s’est forgée au cours d’un parcours impressionnant. En 25 ans de carrière, l’artiste comptabilise plus de 1600 concerts à travers le monde. Il a notamment été le backeur historique et attitré de Kery James, avec qui il a partagé plus de dix ans de tournées en totale complicité.
Parmi ses performances les plus mémorables, on peut retenir :
- Le concert mémorable à l’Olympia en mars 2002, dans le cadre de la tournée de l’album « Si c’était à refaire » de Kery James.
- La prestation en clôture du grand rassemblement Rap et R&B « Urban Peace » au Stade de France, devant une foule immense de 60 000 spectateurs.
- De multiples tournées internationales qui ont consolidé sa réputation de performeur hors pair.
La trajectoire en solo de OGB et ses nouveaux horizons artistiques
Des albums marquants aux projets récents
En parallèle de ses collaborations, OGB a développé une discographie solo riche et variée. Il signe d’abord un contrat avec le label indépendant Menace Records pour son premier album studio, avant de collaborer avec de grandes structures comme Wagram Music et Because Music. Son premier album solo, « Enfermé Dehors », sort en 2006, suivi d’une réédition intitulée « Combien Savent » en 2007. En 2011, il publie l’album « La Mémoire », accompagné d’un précieux DVD d’archives retraçant l’histoire de son entourage artistique.
Plus récemment, l’artiste a proposé un EP intitulé « Je dis ça, je dis tout ». Ce projet, axé sur la technique pure, oscille entre egotrip, introspection et hommage à ses origines. Bien que sa biographie officielle date la sortie de cet EP en 2024, les plateformes de streaming d’Apple le répertorient plutôt au 8 janvier 2025. Maxime Petit a assuré l’enregistrement et le mixage de cet opus au 386 STUDIO, tandis que Mani Deïz et Trizy en signent les compositions.
Diversification : cinéma, médias et développement personnel
La vie de Samir Salah a également été marquée par des épreuves personnelles majeures. En mars 2020, il subit une grave hospitalisation sous assistance respiratoire après avoir contracté le Covid-19. Cet événement douloureux marque un véritable tournant dans son existence. Il stimule également sa créativité, l’incitant à explorer de nouveaux domaines d’expression.
Il se lance ainsi dans la production et l’animation avec son émission « #PressPause » sur sa chaîne YouTube. Ce format de discussion bienveillant aborde des thèmes liés au développement personnel, à la société et aux parcours de vie. Il y reçoit des invités prestigieux, comme Rachel Trapani ou le journaliste Harry Roselmack.
Par ailleurs, l’artiste diversifie ses activités vers d’autres horizons :
- Le cinéma, avec une apparition en 2023 dans le film « Banlieusards 2 » réalisé par Kery James et Leïla Sy sur Netflix, ouvrant la voie à des projets dans le doublage voix.
- L’écriture, avec la finalisation d’un livre autobiographique intitulé « Je suis venu me dire… », qui traite de son parcours d’homme, de père et d’artiste.
- Les collaborations sportives, comme la production en 2015 du single « Champion » avec le champion du monde de triple saut Teddy Tamgho.
- La radio, avec une invitation remarquée le 9 février 2025 dans l’émission « En Sol Majeur » animée par Yasmine Chouaki sur RFI.
Une discographie riche et collaborative pour OGB
Pour mieux appréhender la longévité d’OGB dans le paysage musical, il convient de se pencher sur ses différentes productions, qui s’étendent sur près de trois décennies. Son œuvre se divise entre ses projets personnels, ses apparitions en groupe et ses nombreux featurings.
Les projets solo et collectifs d’OGB
Voici un aperçu des principaux disques qui jalonnent sa carrière en solo ou avec son équipe :
- 1999 : Rap Offensif (Maxi)
- 2001 : Vitry Club (Compilation)
- 2005 : OGBest Of Collector (Street CD)
- 2006 : Enfermé Dehors (Premier album studio solo)
- 2007 : Combien Savent (Réédition avec 8 morceaux inédits)
- 2008 : Esprit d’Équipe (Projet collectif avec le groupe L’Équipe)
- 2011 : La Mémoire (Album studio accompagné d’un DVD d’archives)
- 2024 / 2025 : Je dis ça, je dis tout vol. 1 (EP)
Les réalisations avec la Mafia K’1 Fry
En tant que membre fondateur, il participe activement aux albums collectifs qui ont marqué l’histoire du rap français :
- 1997 : Liens Sacrés
- 1999 : Légendaire
- 2003 : La Cerise sur le Ghetto
- 2007 : Jusqu’à la Mort et sa réédition
Des featurings et singles marquants
Tout au long de son parcours, il multiplie les collaborations mémorables avec les membres de sa famille artistique :
- 1997 : « Squatte le M.I.C » (Different Teep feat. OGB, 113 & Ideal J)
- 1998 : « Les évadés » (113 feat. OGB & Rohff) et « Show Business » (Ideal J feat. OGB)
- 1999 : « Le bal des voyous » (Rohff feat. OGB)
- 2000 : « 94 FM » (Intouchable feat. OGB)
- 2011 : « Press Pause » (Single et clip officiel en collaboration avec la chanteuse Indila)
- 2015 : « Champion » (Featuring Teddy Star / Teddy Tamgho)
- 2020 : « Street Soldierz » (Single et clip officiel)
- 2021 : « Cus D’Amato » (Single et clip officiel)
- 2024 : « Vallée de larmes », « DARKNET », « Casse-bélier » et « L’allumette » (Singles)
- 2026 : « Ronins dans le Viseur » (Single récent)
Aujourd’hui, il réunit toujours plus de 35 000 auditeurs mensuels sur Spotify. L’artiste continue de tracer sa route entre création artistique, engagement citoyen et transmission. Son parcours démontre qu’il est possible de briller dans la musique tout en restant fidèle à ses valeurs et à sa ville d’origine. En redéfinissant le rôle du backeur, il laisse une empreinte indélébile dans l’histoire du hip-hop.
