Josée Drevon sourit légèrement les bras croisés

L’art du jeu en toute discrétion : le parcours singulier de Josée Drevon

Le paysage audiovisuel et théâtral français abrite des personnalités singulières, capables de naviguer avec la même aisance entre le burlesque et le drame classique. Parmi elles, Josée Drevon s’est imposée au fil des décennies comme une figure respectée, dont l’exigence artistique nourrit aussi bien les scènes nationales que les productions populaires de premier plan.

En effet, si le grand public l’associe immédiatement à des rôles mémorables à la télévision, sa trajectoire professionnelle s’enracine avant tout dans une pratique théâtrale rigoureuse. Cette double identité lui permet de concilier la ferveur des planches et l’immédiateté de la caméra, bâtissant ainsi une carrière d’une remarquable longévité.

Une dynastie d’artistes autour de Josée Drevon au cœur de la création

Au-delà de ses accomplissements personnels, la comédienne s’épanouit au sein d’une famille profondément ancrée dans le paysage culturel français. Elle a longtemps partagé sa vie avec l’acteur et dramaturge Lionnel Astier, devenant la compagne de l’acteur à la ville comme à la scène.

De cette union est né Simon Astier, aujourd’hui âgé de 42 ans, qui s’est illustré en tant qu’acteur et réalisateur de séries marquantes. Par ailleurs, cette proximité familiale fait d’elle la belle-mère d’Alexandre Astier, le célèbre créateur de la saga Kaamelott. Cette constellation familiale unique a naturellement favorisé de fructueuses collaborations artistiques, où la complicité intime se mêle à l’exigence professionnelle.

Le phénomène Kaamelott et l’incarnation d’Ygerne de Tintagel

C’est sous les traits d’un personnage mémorable que le grand public va véritablement adopter Josée Drevon.

Une mère redoutable et intransigeante à l’écran

De 2005 à 2009, l’actrice française incarne Ygerne de Tintagel, la mère du Roi Arthur, dans la série culte diffusée sur M6. Apparaissant dès les épisodes pilotes jusqu’au Livre VI, elle est créditée dans 21 épisodes de cette saga historique et humoristique.

La série dépeint en effet Ygerne, épouse du Duc de Gorlais devenue la maîtresse d’Uther Pendragon, comme une femme hautaine, intransigeante et constamment critique envers les choix politiques de son fils. Ses rares moments de douceur se limitent bien souvent à des demandes d’argent, tandis qu’elle conserve le pouvoir mystérieux de communiquer avec les défunts.

Cette partition exigeante a laissé des souvenirs marquants à l’interprète. Elle évoque notamment avec plaisir l’épisode de La fête de l’hiver, caractérisé par une tension psychologique intense entre Arthur et sa mère, ainsi que des tournages épiques en forêt parisienne où les comédiens évoluaient avec de la boue jusqu’aux genoux. De plus, elle a partagé son analyse de ce rôle dans un documentaire approfondi consacré aux mœurs et aux femmes de la série.

Le retour de Josée Drevon dans le rôle d’Ygerne au cinéma

Après la fin de la série télévisée, l’actrice se retrouve temporairement absente du long-métrage sorti au cinéma en 2021. Cependant, le deuxième volet cinématographique de la saga, sorti récemment, marque les retrouvailles attendues de Josée Drevon avec cet univers médiéval singulier.

Dans cette nouvelle production, elle reprend non seulement son rôle emblématique d’Ygerne de Tintagel, mais prête également ses traits au personnage de Madame Crougnoux. Ce tournage s’est avéré particulièrement exigeant sur le plan physique pour l’actrice. Elle décrit en effet des conditions de travail éprouvantes, confinées sous la pluie dans un château étroit, au milieu de machines imposantes et d’une boue omniprésente.

Trois décennies d’engagement au théâtre public

Malgré sa popularité télévisuelle, le cœur de l’activité de Josée Drevon bat d’abord pour le spectacle vivant, un domaine où elle s’illustre depuis près de cinquante ans.

Les débuts lyonnais et les premières collaborations

La comédienne fait ses premiers pas professionnels à Lyon à la fin des années 1970. Sous la direction de metteurs en scène renommés tels que Jean-Louis Martinelli, Gilles Chavassieux ou Françoise Coupat, elle affine son jeu dramatique.

En 1978, elle participe notamment à la création de Lenz de Georg Büchner au TNP de Villeurbanne. Deux ans plus tard, elle poursuit sa collaboration avec Martinelli dans Le Cuisinier de Warburton, une pièce marquante présentée sur plusieurs scènes majeures, dont le Théâtre des Célestins.

L’ancrage de Josée Drevon au Centre dramatique national de Bourgogne

C’est à Dijon, au sein du Centre dramatique national de Bourgogne, que la figure du théâtre va poser ses valises pour une collaboration exceptionnelle s’étendant de 1980 à 2011. Durant cette longue période, elle devient une comédienne permanente particulièrement rattachée à l’institution.

Sous la direction d’Alain Mergnat, alors directeur du CDN, elle explore le répertoire classique et moderne à travers des rôles d’une grande variété :

  • Solange dans Les Bonnes de Jean Genet, un rôle de composition intense ;
  • Bérénice dans la célèbre tragédie éponyme de Jean Racine ;
  • Toinette dans Le malade imaginaire de Molière, révélant sa verve comique ;
  • Blanche dans la comédie d’Eugène Labiche, Doit-on le dire ?.

En parallèle, ses collaborations avec la metteuse en scène Solange Oswald lui permettent d’incarner des figures féminines puissantes. Elle prête ainsi sa voix à Hécube dans Les Troyennes d’Euripide, à la peintre Galactia dans Tableau d’une exécution de Howard Barker, ou encore à la vibrante Mirandoline dans La Locandiéra de Carlo Goldoni. Elle participe également à d’autres projets phares de l’institution dijonnaise, interprétant Arsinoé dans Le Misanthrope mis en scène par Dominique Pitoiset en 1994, ou jouant dans Lovely Rita sous la direction de Françoise Coupat.

Une présence continue sur les scènes françaises

Après son parcours dijonnais, la comédienne continue d’arpenter les planches à travers toute la France, multipliant les projets éclectiques et les collaborations fidèles. Elle joue sous la direction de Matthew Jocelyn dans L’Annonce faite à Marie au Théâtre de l’Athénée, puis retrouve Michel Dubois pour Solness le constructeur d’Henrik Ibsen.

Par ailleurs, elle s’associe régulièrement aux créations de Lionnel Astier, notamment pour la pièce historique intitulée La nuit des Camisards, présentée lors de plusieurs sessions estivales. Son goût pour la décentralisation et les formats originaux la conduit également à participer au Festival de Caves, un événement théâtral singulier où elle joue Macbeth ou la pièce contemporaine Revolutions in a room.

Elle poursuit ce compagnonnage avec des metteurs en scène comme Gilbert Rouvière dans la pièce Intendance, ou Renaud Diligent, qui la dirige dans L’épreuve de Marivaux lors du festival dijonnais « Théâtre en mai » en 2014, puis en tournée pour La ballade du tueur de conifères.

De l’écriture à la mise en scène : l’exploration de nouveaux territoires

L’engagement de Josée Drevon pour le théâtre dépasse largement le cadre de l’interprétation pure. Très tôt dans son parcours, elle ressent le besoin de passer de l’autre côté du miroir en signant ses propres mises en scène.

Dès les années 1980, elle s’essaie à cet exercice exigeant en adaptant le célèbre mythe de Mary Shelley dans Rencontre avec un homme remarquable, le Docteur Frankenstein. Elle entame ensuite une collaboration fructueuse avec l’autrice Elizabeth Barbazin, mettant en scène La Muse aux cuisines puis co-dirigeant Les Mères. À la fin des années 1990, elle s’attaque à l’écriture de Marguerite Duras en co-mettant en scène Le chant de l’iguane au CDN de Bourgogne.

À partir de 2005, son association avec la compagnie Mala Noche et sa participation active au Festival de Caves lui offrent un espace de liberté totale. Dans ce cadre intimiste, elle écrit, conçoit et met en scène plusieurs spectacles originaux :

  • Andy et moi, un projet inspiré des écrits d’Andy Warhol et partagé avec le comédien Étienne Fague ;
  • Croisement, une pièce qu’elle écrit et met en scène, jouée à plusieurs reprises avec Pearl Manifold ;
  • Marthe, une évocation sensible du couple formé par le peintre Pierre Bonnard et son épouse ;
  • La douceur de l’air sur 1968, une création collective explorant la mémoire de cette période charnière.

La présence de l’actrice française sur le petit et le grand écran

Parallèlement à ses riches heures théâtrales, l’actrice française s’est bâti une solide réputation à la télévision. Dans ce domaine, Josée Drevon prête son talent à des projets aux tonalités très variées.

L’une de ses collaborations télévisuelles les plus marquantes s’est faite sous la direction de son fils, Simon Astier, dans la série de super-héros décalée Hero Corp. Entre 2008 et 2014, elle y incarne Mégane (ou Megan Hoodwink), la mère du personnage de Jennifer, un rôle récurrent qu’elle portera sur quatre saisons et une trentaine d’épisodes. Elle prolonge cette aventure fantastique à travers la mini-série dérivée HC : Les prémonitions de Kyle en 2013, puis dans le format court Hero Corp: Archives diffusé en 2017.

En dehors de cet univers familial, la comédienne s’illustre dans des registres plus dramatiques ou humoristiques :

  • Elle intègre la série policière à succès Profilage sur TF1, où elle prête ses traits au personnage de Viviane Mercadet durant les saisons 6 et 7 ;
  • Elle participe à la série à sketchs Vous les femmes, diffusée à la fin des années 2000 ;
  • Au cinéma, elle fait des apparitions remarquées, notamment dans le long-métrage De plus belle d’Anne-Gaëlle Daval en 2017, ou encore dans le drame Un souvenir persistant.

Transmission artistique et solidarité citoyenne

Au-delà de ses activités de création et de représentation, Josée Drevon attache une grande importance à la transmission de son art et à son engagement au sein de la société.

Tout au long de son parcours, elle s’investit activement dans la pédagogie en animant de nombreux ateliers de pratique théâtrale. Elle dispense ainsi ses conseils et son expérience à des publics variés, que ce soit auprès des jeunes de la Maison des Jeunes de Bourroches, des élèves du lycée de Brochon, des étudiants du DEUST de Besançon, ou encore au sein même des structures d’apprentissage du CDN de Dijon.

Cette générosité se traduit également par des engagements caritatifs plus ponctuels mais tout aussi sincères. En 2025, elle a apporté son soutien public au Lizig Celt Fest, un festival de musique celtique solidaire destiné à lever des fonds pour l’association « Faire danser Louise », qui accompagne les enfants atteints de paralysie cérébrale. Ce geste témoigne de la volonté constante de l’artiste de mettre sa notoriété au service de causes humanitaires essentielles.

À travers cette riche mosaïque de rôles et de projets, de la rigueur des scènes nationales à la folie douce de l’univers d’Arthur ou de Hero Corp, l’actrice démontre qu’une carrière réussie repose avant tout sur la curiosité et le renouvellement permanent. Son retour récent dans le deuxième volet cinématographique de Kaamelott confirme la place singulière qu’elle occupe dans le cœur du public, toujours prêt à se laisser surprendre par la justesse de son jeu.


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