Une coccinelle chassant des pucerons sur une feuille illustre bien que mange les coccinelles au jardin

Que mangent les coccinelles ? Révélations sur le menu secret de nos amies du jardin

Véritables icônes de nos espaces verts, ces petits coléoptères colorés fascinent autant les enfants que les jardiniers. Mais pour comprendre leur rôle crucial de protectrices des plantes, il convient de se demander précisément ce que mangent les coccinelles au quotidien. Loin de se limiter à une seule source de nourriture, leur régime alimentaire se révèle d’une diversité surprenante, oscillant entre prédation féroce et habitudes végétariennes selon les espèces.

Une diversité insoupçonnée : les six régimes alimentaires des coccinelles

La famille des Coccinellidés regroupe entre 5 000 et 6 000 espèces à l’échelle mondiale, dont près d’une centaine sont présentes sur le territoire français. Pour mieux appréhender la nourriture des coccinelles, les scientifiques les classent en six catégories bien distinctes selon leurs préférences culinaires.

Les carnivores voraces : pucerons, cochenilles et acariens

Les plus célèbres de ces insectes sont sans conteste les espèces aphidiphages, grandes consommatrices de pucerons. Parmi elles, la coccinelle à sept points et sa cousine à deux points se distinguent comme de redoutables prédatrices. Un adulte peut ainsi dévorer jusqu’à 150 pucerons par jour, tandis que sa larve, encore plus vorace, peut en engloutir jusqu’à 200 quotidiennement. Pour débusquer leurs proies, ces insectes patrouillent méthodiquement le long des tiges, de bas en haut, guidés par leur toucher, leur vue et leur odorat.

D’autres espèces préfèrent les cochenilles farineuses ou pulvinaires. Ces spécialistes, dites coccidiphages, à l’image de Cryptolaemus montrouzieri, consomment aussi bien les adultes que les larves de ces parasites immobiles. Enfin, le groupe des acariphages s’attaque aux minuscules araignées rouges. C’est le cas de Stethorus punctillum, une espèce noire mesurant moins d’un millimètre qui nettoie les pruniers, les fraisiers et les plantes d’intérieur. Pour compléter ce tableau de chasse, les espèces aleurodiphages ciblent les petites mouches blanches qui colonisent les cultures de tomates ou de choux.

Les végétariennes et les amatrices de champignons

Toutes les espèces ne sont pourtant pas des prédatrices carnivores. Certaines adoptent un mode de vie strictement phytophage, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent de matières végétales comme des feuilles, des fleurs ou des fruits. La coccinelle à 24 points broute ainsi l’avoine élevée, le trèfle ou le séneçon. De son côté, la coccinelle de la bryone s’attaque volontiers aux plants de melons ou de courges, ce qui en fait parfois un ravageur redouté des maraîchers.

Par ailleurs, un autre groupe fascinant se compose de coccinelles mycophages. Ces dernières se délectent de champignons microscopiques, de spores et de mycélium. Elles jouent un rôle précieux en consommant l’oïdium, une maladie cryptogamique courante au jardin. La coccinelle jaune à 22 points, par exemple, se nourrit exclusivement de ces champignons parasites sur les feuilles de chêne ou d’érable.

Des techniques de chasse redoutables et une anatomie sur mesure

Pour comprendre comment s’organise l’alimentation des coccinelles, il faut se pencher sur leur anatomie hautement spécialisée. Bien qu’elles ne possèdent pas de dents, leurs pièces buccales de type broyeur sont d’une efficacité redoutable. Leurs mandibules puissantes leur permettent de trancher et de mordre leurs proies avec précision.

Lorsqu’une coccinelle capture un puceron, elle utilise ses maxilles pour le maintenir fermement. Elle lui injecte alors une salive digestive qui liquéfie littéralement l’intérieur de sa victime. L’insecte n’a plus qu’à aspirer ce mélange nutritif à l’aide de son pharynx très musclé. Les aliments transitent ensuite par un jabot de stockage, avant d’être digérés dans un estomac divisé en proventricule et ventricule.

Face à la disette : l’art de l’adaptation et le recours au cannibalisme

La nature réserve parfois des périodes de disette où les proies habituelles se font rares. Pour survivre, ces insectes font preuve d’un opportunisme remarquable. Lorsque l’on observe ce que mangent les coccinelles en période de transition, notamment au début du printemps, on constate qu’elles se tournent volontiers vers le pollen, le nectar et le miellat des fleurs de pissenlits ou de marguerites. Cependant, ce régime végétal temporaire présente un inconvénient majeur : il ralentit leur croissance et stoppe temporairement la ponte des femelles. De plus, chez certaines espèces, cette flexibilité alimentaire n’appartient qu’aux adultes, car leurs larves demeurent strictement carnivores.

Si la pénurie de nourriture s’accentue, un comportement beaucoup plus sombre émerge : le cannibalisme. Pour assurer leur survie, les adultes n’hésitent pas à dévorer les œufs et les nymphes immobiles de leur propre espèce. Les larves les plus vigoureuses peuvent également s’en prendre aux plus petites. Pour limiter ce phénomène d’autodestruction, les femelles évitent soigneusement de pondre leurs œufs à proximité d’autres larves déjà actives.

La coccinelle comme alliée : lutte biologique et menaces écologiques

Cette voracité naturelle fait de l’insecte un outil de choix pour les jardiniers désireux de limiter l’usage de pesticides chimiques. La commercialisation de coccinelles pour la lutte biologique s’est largement démocratisée. Pour traiter un arbre isolé, les professionnels recommandent d’utiliser des larves, car leur absence d’ailes garantit une action localisée. À l’inverse, les adultes volants sont parfaits pour les grandes haies, car ils se dispersent rapidement et pondent directement au cœur des colonies de pucerons.

Néanmoins, cette méthode demande une certaine prudence. Certaines proies accumulent des substances chimiques qui s’avèrent hautement toxiques pour leurs prédateurs. Par exemple, le puceron du laurier-rose est mortel pour la coccinelle à sept points, alors que d’autres espèces parviennent à le digérer sans encombre. De leur côté, les coccinelles se protègent des oiseaux et des rongeurs en sécrétant un liquide jaune très amer, riche en alcaloïdes, dont l’intensité de la couleur signale la dangerosité.

Enfin, l’équilibre de nos jardins reste menacé par l’introduction de la coccinelle asiatique. Importée à l’origine pour la lutte biologique, cette espèce invasive se montre particulièrement agressive. Plus grande et plus vorace que nos espèces locales, elle entre en concurrence directe avec ces dernières et n’hésite pas à dévorer leurs larves. Elle se distingue facilement par un motif noir en forme de M ou de W sur son thorax, et par sa fâcheuse habitude de chercher refuge à l’intérieur de nos maisons dès l’arrivée de l’hiver.

Préserver la diversité des milieux naturels reste le meilleur moyen de soutenir nos populations de coccinelles locales face à ces bouleversements. En laissant quelques zones sauvages et en évitant les traitements chimiques, chaque jardinier peut offrir un garde-manger idéal à ces précieuses alliées.


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