Un homme et une femme en voiture décapotable bleue près de la mer, comme s'ils étaient sur la branche

L’envol poétique de Sur la branche : quand la folie douce bouscule le cinéma

Sorti sur les écrans durant l’été 2023, le long-métrage Sur la branche s’impose comme une comédie singulière et rafraîchissante. Réalisé par la cinéaste Marie Garel-Weiss, ce film d’une heure et demie nous entraîne dans une aventure humaine à la fois loufoque et profondément touchante.

L’histoire suit le destin de Mimi, une jeune femme de près de trente ans qui sort d’un séjour en hôpital psychiatrique. Refusant de rentrer dans le rang à travers un travail classique, elle s’improvise enquêtrice et s’impose dans le quotidien de Paul Rousseau. Cet avocat dépressif au bord de la radiation vit reclus dans sa robe de chambre, sous le regard désabusé de son ex-femme et associée, Claire Bloch.

Une enquête absurde aux allures de road-movie

Le point de départ de leur collaboration improbable repose sur une cause perdue. Mimi décide en effet de prouver l’innocence de Christophe, un petit délinquant local incarcéré qui clame son innocence. Pour Paul, cette affaire représente l’ultime chance de se refaire financièrement et de retrouver un sens à son existence.

Ce prétexte judiciaire bascule rapidement dans un road-movie excentrique et poétique. À bord d’une voiture roulant à faible allure, le duo improbable traverse la France, reliant la région parisienne aux côtes bretonnes. C’est dans ce voyage hors du temps que le film déploie toute sa tendresse, transformant une simple recherche de vérité en une véritable quête de reconstruction personnelle.

L’art de sublimer la marginalité

La réalisatrice Marie Garel-Weiss n’en est pas à son coup d’essai concernant l’étude des personnages en marge de la société. Dans cette œuvre, elle choisit délibérément de traiter les troubles psychiques non comme des fardeaux, mais comme des forces alternatives permettant de voir le monde sous un autre angle.

Pour structurer son récit, la cinéaste s’inspire ouvertement des codes de la commedia dell’arte. Elle oppose ainsi la figure lumineuse et idéaliste de Mimi à celle, sombre et désabusée, de Paul Rousseau. Le film multiplie également les clins d’œil artistiques, oscillant entre le burlesque physique de Buster Keaton et la poésie visuelle du surréalisme belge.

Les coulisses d’une production franco-belge

Pour donner vie à cette déambulation poétique, la production a misé sur des choix esthétiques forts. La directrice de la photographie Jeanne Lapoirie utilise notamment le format CinemaScope. Ce choix technique permet de souligner visuellement l’isolement des personnages face à l’immensité des décors qui les entourent.

Le tournage, qui s’est déroulé au printemps 2022, a principalement posé ses caméras en Normandie. L’équipe a ainsi exploré les paysages contrastés des départements du Calvados, de l’Orne et de la Manche avant de terminer cette aventure sur le littoral. Ces décors naturels apportent une mélancolie douce qui colle parfaitement à l’esprit du film.

Une réception chaleureuse malgré quelques réserves

Lors de sa sortie en salles, l’accueil critique a grandement salué l’alchimie évidente du duo d’acteurs. La performance de Daphné Patakia, débordante d’énergie, s’accorde merveilleusement bien avec le jeu tout en retenue et en mélancolie de Benoît Poelvoorde. Les seconds rôles, notamment Agnès Jaoui et Raphaël Quenard, complètent ce tableau avec justesse.

Toutefois, certains observateurs ont regretté une structure narrative parfois trop lâche. Quelques critiques estiment que l’intrigue s’éparpille et que la scène finale, bien que poétique, laisse le spectateur sur sa faim. Malgré ces légers défauts d’écriture, l’œuvre reste saluée pour sa douceur et son originalité dans le paysage cinématographique français.

Ce long-métrage touchant rappelle avec poésie que les trajectoires de vie les plus cabossées cachent souvent une profonde beauté. En célébrant ceux qui vivent un peu trop près du vide, le film offre une parenthèse lumineuse qui invite à regarder la différence avec beaucoup plus de bienveillance.


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