Portrait souriant de Catherine Chevallier tenant un script dans une loge de théâtre éclairée

Catherine Chevallier : 50 ans de carrière entre théâtre, cinéma et coaching

Rarement une carrière dramatique aura embrassé autant de facettes du spectacle vivant et audiovisuel avec une telle constance. Révélée dès l’enfance, Catherine Chevallier s’est imposée au fil des décennies comme une figure familière du théâtre, du grand écran et de la formation d’acteurs en France.

Formée auprès des plus grands maîtres du XXe siècle, elle a su concilier les exigences du répertoire classique, l’audace de la création contemporaine et une discrétion choisie. Son parcours trace le portrait d’une interprète polyvalente et d’une pédagogue reconnue du milieu artistique.

De l’enfance précoce aux planches de la Comédie-Française

Le parcours artistique de Catherine Chevallier commence de façon particulièrement précoce. À seulement dix ans, elle fait ses premiers pas sur les planches au Théâtre Hébertot dans Notre petite ville de Thornton Wilder, sous la direction de Raymond Rouleau. Presque au même moment, elle débute dès l’âge de neuf ans devant la caméra de Roger Vadim dans le film culte Barbarella, où elle donne la réplique à Jane Fonda dans le rôle de Stomoxys.

Cette vocation précoce la conduit naturellement vers une solide formation académique. Elle intègre le prestigieux Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris. Elle y suit l’enseignement de figures majeures du théâtre français, parmi lesquelles Julien Bertheau, Marcel Bluwal, Pierre Debauche, Robert Manuel, Jean-Paul Roussillon et Antoine Vitez.

Remarquée pour son aisance et sa justesse, elle est engagée dès l’adolescence par Pierre Dux à la Comédie-Française. Pensionnaire de la prestigieuse institution entre 1974 et 1976, Catherine Chevallier y défend de grands textes du répertoire sous la direction de metteurs en scène renommés :

  • Mélibée dans La Célestine de Fernando de Rojas, mise en scène par Marcel Maréchal ;
  • Marianne dans L’Avare de Molière, sous la direction de Jean-Paul Roussillon ;
  • Emmeline dans La poudre aux yeux d’Eugène Labiche, dirigée par Jacques Charon ;
  • Sœur Marthe dans Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, également mis en scène par Jacques Charon.

Durant son passage dans la troupe de Molière, elle participe notamment à la tournée officielle de la Maison de Molière dans les pays de l’Est.

Une carrière théâtrale entre grands textes et créations contemporaines

Après son départ de la Comédie-Française, Catherine Chevallier diversifie ses projets et multiplie les collaborations. Elle prend part au mouvement de décentralisation dramatique aux côtés de Jean-Pierre Miquel à la Maison de la Culture de Reims. Elle y joue des œuvres de Roland Dubillard (Naïves hirondelles) et de Louis Calaferte (Les Derniers Devoirs).

En 1985, elle cofonde avec Jean-Daniel Laval le Théâtre des Vinaigriers dans le 10e arrondissement de Paris. Passionnée par les écritures vivantes, elle participe à la création française de la pièce Faut pas payer de Dario Fo, sous la direction de Jacques Échantillon, avant de reprendre ce texte plus tard sous la houlette de Jean-Pierre Andréani. Elle participe aussi à la création des Aventures de Dieu de François Cavanna au Théâtre Fontaine.

Au fil des saisons, Catherine Chevallier enchaîne les pièces du répertoire universel et contemporain : Solness le constructeur d’Henrik Ibsen, Nekrassov de Jean-Paul Sartre ou encore l’adaptation théâtrale du film Garde à vue. À l’affiche du Théâtre Antoine, elle assure plusieurs dizaines de représentations de la comédie Les Deux Canards de Tristan Bernard et Alfred Athis.

Elle consacre également une part importante de son travail scénique aux lectures publiques et à la poésie. Elle donne ainsi voix aux textes d’Émile Zola à l’Odéon et célèbre le centenaire de Victor Hugo lors de lectures solennelles à la Sorbonne ainsi qu’à Guernesey.

L’expérience de la mise en scène

Forte de son expérience de plateau, Catherine Chevallier s’est tournée à plusieurs reprises vers la mise en scène. Elle a exploré des registres variés, du drame intimiste à la création musicale :

  • Elle a eu l’occasion de diriger la comédienne Gisèle Casadesus dans Le Jubilé d’Agathe de Pascal Lainé au Studio-Théâtre de la Comédie-Française et au Théâtre Antoine ;
  • Trop bonne de Martine Legrand avec Françoise Rigal au Festival de Nevers ;
  • Des spectacles alliant théâtre et musique, comme Bella Dona avec Caroline Casadesus ou le spectacle La Grèce antique ;
  • La comédie musicale Peter Pan pour l’École Koenig à la Salle Adyar ;
  • Des créations contemporaines, à l’image du spectacle biographique De 1999 à hier interprété par Bunny Godillot au Théâtre des Déchargeurs.

Du grand écran au petit écran : un parcours cinématographique singulier

Parallèlement au théâtre, Catherine Chevallier a construit une filmographie riche et variée au cinéma. Elle prête notamment son timbre au cinéma d’animation en incarnant la voix d’Airelle dans le long métrage d’animation culte Gandahar de René Laloux.

Au fil des années, les cinéastes font appel à sa présence précise dans des registres très divers. Elle tourne sous la direction de James Ivory dans Jefferson à Paris, puis dans L’Ennui de Cédric Kahn. Nicole Garcia la dirige dans son adaptation remarquée du drame L’Adversaire aux côtés de Daniel Auteuil, tandis que Jean-Paul Rappeneau lui confie des rôles dans Bon voyage puis dans Belles Familles.

Ces dernières années, Catherine Chevallier est apparue dans des productions marquantes du cinéma français contemporain. Le public a pu la retrouver dans le drame intimiste Tout s’est bien passé de François Ozon, dans Des hommes de Lucas Belvaux, ainsi que dans la comédie dramatique et satirique Mascarade.

À la télévision, sa carrière s’est déployée dans des téléfilms de prestige et des feuilletons marquants depuis les années 1970, comme L’Île aux trente cercueils. Plus récemment, elle s’est illustrée sur les plateformes de streaming en ayant incarné Raymonde Tapie dans la mini-série Tapie, confirmant son aptitude à camper des figures fortes et émouvantes.

L’art de la transmission : coach d’acteurs et pédagogue de la voix

Au-delà de ses propres apparitions sur scène et à l’écran, Catherine Chevallier met son savoir-faire au service des autres artistes. Reconnue pour sa finesse d’analyse et sa maîtrise technique, elle est devenue une coach d’acteurs très sollicitée pour le cinéma.

Sur les plateaux de tournage, elle accompagne des comédiens chevronnés tout comme de jeunes talents en pleine ascension. Elle a notamment préparé Marine Vacth, Audrey Lamy, Suzanne Clément ou encore Louane Emera. Elle a également coaché des interprètes internationaux, à l’image d’Alba Rohrwacher et d’Elio Germano sur le film L’Ami.

Son expertise s’étend également au domaine musical et vocal. Catherine Chevallier dispense un travail de coaching auprès de chanteurs d’opéra pour les aider à parfaire leur diction et leur présence scénique. Elle a guidé de nombreux artistes lyriques tels que Chiara Skerath, Jeanne Crousaud ou Jérémy Duffau. Pour les éditions Gallimard, elle a par ailleurs enregistré des recueils de poésie sonore consacrés à l’amour et à la figure du chat.

Une lignée artistique et un héritage vivant

L’engagement de Catherine Chevallier s’inscrit au sein d’une véritable dynastie d’artistes. Elle est la sœur de la comédienne Martine Chevallier, sociétaire honoraire de la Comédie-Française. Mariée au compositeur Dominique Probst, elle partage son quotidien avec le monde de la musique contemporaine.

Cette passion des arts s’est transmise à la génération suivante : ses deux filles mènent à leur tour de brillantes carrières, l’une comme soprano lyrique (Tatiana Probst) et l’autre comme comédienne (Barbara Probst).

En reconnaissance de près de cinquante années consacrées au rayonnement du théâtre, du cinéma et de la pédagogie, Catherine Chevallier a été nommée au grade de chevalier par le Ministère de la Culture.

À travers ce demi-siècle de créations ininterrompues, l’actrice incarne avec discrétion et rigueur une certaine idée de l’art dramatique français, où la fidélité aux textes et la transmission du métier demeurent des repères essentiels.


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