Christian Toma tenant un revolver avec une silhouette masquée et encapée derrière lui dans une ville nocturne

L’homme au double visage : la vie singulière de Christian Toma

La magie du cinéma repose souvent sur des artistes de l’ombre, et le parcours de Christian Toma en est l’illustration parfaite. Cet acteur discret a en effet marqué l’histoire du cinéma populaire français. Il a incarné l’une des figures les plus mystérieuses et emblématiques des années 1960.

Néanmoins, sa vie ne s’est pas résumée aux plateaux de tournage parisiens ni à la célébrité éphémère. De l’Aveyron aux collines ensoleillées de Hollywood, il a mené une double existence fascinante. Il a oscillé constamment entre la lumière des projecteurs et la discrétion de l’enseignement.

Le parcours de Christian Toma, de l’Aveyron aux planches

Un athlète converti à l’art dramatique

Avant de prêter ses traits à des personnages de fiction, le jeune homme suit une trajectoire sportive inattendue. Né le 30 mars 1934 à Rodez, dans l’Aveyron, Christian Toma commence par s’illustrer dans le domaine de la compétition en tant que basketteur à Nantes. Cette première passion pour le sport collectif lui donne un sens aigu du mouvement et de la discipline physique. Ces atouts lui serviront plus tard pour ses performances physiques devant la caméra.

Cependant, l’appel de la scène se fait rapidement sentir et il décide de réorienter sa carrière. C’est pourquoi il s’installe à Nantes puis bifurque vers le théâtre. Il s’inscrit aux cours du conservatoire de musique et d’art dramatique. Grâce à cette formation académique solide, il acquiert les bases du métier de comédien avant de tenter sa chance dans la capitale.

Des débuts prometteurs sur les écrans français

Au début des années 1960, sa carrière commence à se dessiner activement à la télévision française. En 1964, il obtient notamment un rôle dans la mini-série Les Beaux Yeux d’Agatha, réalisée par Bernard Hecht. Il y incarne le personnage de Barthe le temps d’un épisode. Durant la même année, le réalisateur François Gir lui confie le rôle de Mario Cavaradossi dans le téléfilm L’Amour médecin.

Ces premières apparitions lui permettent de se faire remarquer par les professionnels de l’industrie cinématographique. Son profil athlétique et son sérieux séduisent rapidement les directeurs de casting, lui ouvrant ainsi les portes de projets d’une tout autre envergure.

Le défi artistique et technique de Christian Toma dans Fantômas

L’inspecteur Pierre et le génie du crime

C’est en 1964 que Christian Toma décroche le projet qui va marquer sa vie professionnelle. Le réalisateur André Hunebelle le recrute pour le premier volet de la saga Fantômas. Sur ce tournage d’envergure, l’acteur accomplit une véritable prouesse en assurant un double rôle à la fois technique et artistique.

D’un côté, il joue à visage découvert l’inspecteur Pierre, l’un des assistants zélés du commissaire Juve incarné par Louis de Funès. Le réalisateur lui demande de porter une petite moustache postiche pour éviter toute confusion.

D’un autre côté, il incarne le redoutable Fantômas lui-même. Il devient la doublure physique de Jean Marais dans toutes les scènes où le criminel et le journaliste Fandor doivent apparaître simultanément à l’écran. Pourtant, l’acteur refuse le simple terme de doublure. Il estime qu’il partageait véritablement la paternité du rôle avec la star de l’époque.

Le calvaire physique du masque vert

Interpréter ce monstre sacré du cinéma n’avait rien d’une partie de plaisir. Cela s’explique par les contraintes physiques extrêmes imposées par la production. Pour concevoir le célèbre masque vert translucide, le créateur d’effets spéciaux Cogan a dû réaliser un moulage en plâtre particulièrement éprouvant. Christian Toma a ainsi dû rester la tête complètement immergée dans le plâtre pendant une heure entière. Il respirait uniquement à l’aide d’une paille placée dans sa bouche.

De plus, la pose quotidienne de cet accessoire très fragile exigeait une patience infinie. La préparation globale débutait à 7h00 pour ne s’achever qu’à 11h30. Elle incluait parfois le maquillage complexe pour d’autres personnages comme le professeur Lefebvre dans le second volet. Ce masque en matière translucide gênait considérablement l’élocution du comédien. Cela compliquait grandement les prises de son sur le plateau et exigeait une concentration de tous les instants.

Les coulisses de la trilogie révélées par Christian Toma

Entre l’improvisation de de Funès et la rigueur de Marais

Le tournage des deux premiers films, Fantômas (1964) et Fantômas se déchaîne (1965), se déroule dans une ambiance parfois électrique. Christian Toma côtoie de près les plus grandes stars de l’époque. Il observe notamment leurs méthodes de travail très différentes. Il décrit Louis de Funès comme un homme simple et d’une grande gentillesse. Ce dernier ne se déplaçait jamais sans son épouse sur le plateau.

Toutefois, l’acteur comique passait son temps à improviser. Cette liberté constante déstabilisait profondément Jean Marais. La star préférait suivre rigoureusement les dialogues écrits et souffrait déjà physiquement du port du masque. De plus, Marais a mal vécu l’importance grandissante du personnage de Juve dans le scénario du deuxième film. Le commissaire a été privilégié par les scénaristes après le triomphe critique du premier volet. Marais confiera même plus tard à Christian Toma que son partenaire de jeu était un véritable « emmerdeur » à cause de ses improvisations continuelles.

Cascades, quiproquos et drames de coulisses

Le travail sur le plateau était aussi jalonné d’anecdotes surprenantes. Lors des scènes tournées au Vésuve sous une chaleur accablante, Louis de Funès refusait de descendre dans le cratère par sécurité. À l’inverse, Jean Marais réalisait lui-même ses cascades. Christian Toma, quant à lui, a conduit la lourde moto lors de la célèbre poursuite finale. Il a également participé activement aux scènes du train Paris-Rome. Ces prises ont nécessité beaucoup d’improvisation et de nombreux essais.

Par ailleurs, le port du masque identique a provoqué des quiproquos mémorables. Un jour, un jeune homme a confondu Toma avec Marais sur le plateau. Il est venu lui parler en toute intimité d’une nuit d’amour passée la veille.

La tragédie a également frappé l’équipe avec le décès accidentel du cascadeur Gil Delamare. Ce dernier était un ami proche de Toma. L’acteur a assisté à ses obsèques aux côtés de Jean Marais. Après ces tournages intenses, le comédien a conservé précieusement le costume sur mesure de Fantômas. Cette tenue avait été réalisée par le tailleur parisien André Bardot. Il a aussi gardé la veste de moto de son illustre partenaire.

La nouvelle vie de Christian Toma sous les collines de Hollywood

Professeur de français des stars de cinéma

Après avoir participé à d’autres productions notables comme Barbarella et Hellé sous la direction de Roger Vadim, Christian Toma choisit de donner un tournant radical à son existence. Parfaitement bilingue, il décide de s’installer définitivement à Hollywood, aux États-Unis. En tant qu’entrepreneur de sa propre vie, il commence une seconde carrière en devenant enseignant.

Il dispense alors des cours de langue française aux enfants de célèbres producteurs et acteurs américains. Enseigner le français à des enfants de stars demande une grande pédagogie, un rôle dans lequel l’expert excelle rapidement. Désireux de séparer hermétiquement ses deux vies professionnelles, il tente d’abord de cacher son passé de comédien. Cependant, ses jeunes élèves finissent par le reconnaître un jour en regardant la télévision. Bien qu’il ait d’abord nié l’évidence, la présence de son nom au générique de Fantômas a fini par le trahir.

Un héritage préservé et des apparitions tardives

Au fil des ans, l’acteur a gardé un lien discret avec le monde du cinéma. S’il n’apparaissait plus en tête d’affiche, les bases de données mentionnent sa participation à des projets plus récents. C’est le cas pour la mini-série La Mafia en 1990 ou le téléfilm Le château des oliviers en 1994. Certaines sources évoquent même une apparition posthume ou l’utilisation d’images d’archives dans un projet nommé Farouk Ojjeh ou The Contractor, référencé tardivement en 2022.

Christian Toma s’est éteint le 27 septembre 2018 à Toulouse, à l’âge de 84 ans. Bien que son nom n’ait pas toujours figuré en lettres géantes sur les affiches, son travail physique a permis de donner vie à une légende.

Aujourd’hui, l’héritage de ce comédien de l’ombre continue de fasciner les cinéphiles et les historiens du septième art. Son parcours rappelle avec force que les plus grands succès populaires reposent souvent sur le dévouement d’acteurs discrets. Ces artistes sont capables de se fondre littéralement sous un masque pour faire briller la magie du spectacle.