Des plateaux parisiens aux sentiers escarpés du Cantal, le parcours du réalisateur Denis Imbert témoigne d’une trajectoire singulière dans le cinéma français. D’abord habitué aux comédies nerveuses et à l’effervescence urbaine, il a su réorienter son regard pour explorer une narration plus contemplative, ancrée dans la nature et l’intériorité.
Cette mutation artistique a rencontré une large adhésion populaire. Après avoir touché le public familial avec des récits animaliers, Denis Imbert a réussi à franchir le cap du million d’entrées grâce à une marche réparatrice à travers la France rurale.
Des planches théâtrales à l’apprentissage des plateaux
Né à Limoges, Denis Imbert passe son enfance en Haute-Vienne, notamment à Aixe-sur-Vienne. C’est au collège Corot qu’il s’initie au jeu d’acteur sous la direction de Michel Bruzat, le créateur du théâtre La Passerelle. L’adolescent découvre le répertoire classique et moderne en travaillant des textes d’Anton Tchekhov, d’Alfred Jarry ou de Montaigne.
Par la suite, il monte sur les planches aux côtés de comédiens chevronnés et rejoint la Compagnie du Désordre créée par Filip Forgeau. Il poursuit son aventure théâtrale à Paris au sein de la troupe dirigée par Daniel Mesguich au Théâtre Gérard-Philipe. Cependant, l’espace scénique finit par lui sembler trop étroit. Désireux de raconter des histoires par l’image, il délaisse le jeu au tournant des années 2000 pour apprendre la mise en scène sur le terrain.
Durant près de quinze ans, le futur metteur en scène enchaîne les expériences comme assistant de réalisation. Il devient notamment le premier assistant de Jean Becker sur des drames sensibles comme Dialogue avec mon jardinier et La Tête en friche. En parallèle, il côtoie l’humour grand public avec Fabien Onteniente et apprend à collaborer avec Quentin Dupieux sur des projets décalés comme Steak et Seuls Two.
L’énergie de la comédie urbaine et le tournant de « Vicky »
Fort de cette expérience technique polyvalente, Denis Imbert passe derrière la caméra pour la télévision. Il s’associe à Éric Judor pour donner naissance à la comédie absurde Platane, diffusée sur Canal+. Le réalisateur français coécrit et met en scène la série, peaufinant un sens aigu du timing comique et de la dérision pendant deux saisons successives.
En 2016, il franchit une nouvelle étape en signant son premier long-métrage de cinéma, Vicky. Coécrit avec Victoria Bedos, le film raconte l’émancipation d’une trentenaire étouffée par la notoriété de son clan familial. Malgré une distribution prestigieuse réunissant François Berléand et Chantal Lauby, cette comédie parisienne et nocturne connaît un accueil discret en salles. Cet échec commercial pousse alors Denis Imbert à repenser entièrement ses choix artistiques.
Le virage naturaliste : l’aventure sauvage de « Mystère »
Denis Imbert choisit de s’éloigner du bitume pour installer ses caméras dans les paysages sauvages du Massif central. Tourné au cœur de l’été dans les monts du Cantal, son deuxième film, Mystère, s’inspire d’une histoire authentique. Le récit suit un père endeuillé, incarné par Vincent Elbaz, dont la jeune fille retrouve la parole grâce au lien secret qu’elle tisse avec un chiot recueilli auprès d’un berger.
Le cinéaste refuse les facilités du mélodrame pour signer un conte familial équilibré, soucieux de poser la question de la cohabitation avec le loup sans parti pris simpliste. Les spectateurs répondent présents avec plus de 460 000 entrées. Cette réussite confirme la pertinence de son nouveau regard, tourné vers la puissance évocatrice des territoires ruraux.
La consécration en marchant avec « Sur les chemins noirs »
En 2023, Denis Imbert porte à l’écran le récit autobiographique de Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs. Coécrit avec Diastème, le film retrace la marche physique et mentale d’un écrivain convalescent qui traverse la France à pied par des sentiers oubliés, du parc du Mercantour jusqu’au Cotentin.
Pour capter la vérité de ce périple, le réalisateur privilégie une équipe légère et traverse de multiples territoires. Denis Imbert a notamment posé ses caméras à Royère-de-Vassivière pour saisir la rudesse des paysages limousins. Porté par Jean Dujardin dans un registre sobre et physique, le projet séduit plus d’un million de spectateurs en salles.
Le long-métrage est conçu comme un road movie fixe, où l’immobilité des silences dialogue constamment avec la rudesse de la marche. Denis Imbert y filme des gestes simples et des rencontres fugaces, préférant l’humanité brute aux artifices spectaculaires.
Des horizons tournés vers la terre et l’humain
Reconnu par ses pairs, Denis Imbert rejoint la Société civile des auteurs réalisateurs producteurs en 2025. Il poursuit aujourd’hui son travail d’adaptation littéraire en portant à l’écran le roman Nature humaine de Serge Joncour, tout en préparant le projet L’Estive.
En privilégiant la sincérité des paysages et le temps long de la marche, Denis Imbert a trouvé une voix singulière dans le cinéma contemporain, invitant le public à ralentir pour redécouvrir la beauté brute du monde.





