La trajectoire d’Éléonore Klarwein illustre parfaitement la violence et la magie de la célébrité précoce. En effet, la jeune fille devient une icône absolue dès l’âge de treize ans. Le public découvre alors un visage innocent qui marquera durablement toute une génération de spectateurs.
Pourtant, l’envers du décor cache une réalité bien plus rude. Éléonore Klarwein affronte rapidement la précarité financière et de profonds bouleversements physiques. Ainsi, elle abandonne les plateaux de tournage pour se réinventer totalement. Son parcours fascinant traverse la haute couture parisienne avant de trouver la paix sur les plages de Normandie.
L’ombre écrasante du succès inattendu d’Éléonore Klarwein
Une enfance en quête de normalité
À l’origine, la jeune Éléonore Klarwein grandit dans un milieu artistique très excentrique. Née en août 1963 à Paris, elle est la fille du célèbre peintre Mati Klarwein. Sa mère, la styliste Sofi Bollack, fréquente Salvador Dalí et porte de nombreux bijoux. Cependant, l’enfant affiche un tempérament timide et sauvage.
Elle rejette d’ailleurs les codes familiaux avec force. L’adolescente porte des cols roulés stricts et envie ses amies issues de familles traditionnelles. En effet, elle rêve de rituels simples comme se coucher à 20 heures ou dîner calmement en famille.
Le triomphe paradoxal de l’adolescente Éléonore Klarwein
Le destin bascule grâce à une amie de sa mère. Cette dernière transmet une photographie à la réalisatrice Diane Kurys. Dès lors, la jeune interprète d’Anne décroche le rôle principal du film Diabolo menthe. Elle refuse même un projet avec Alain Delon pour tenir sa promesse initiale. L’œuvre sort en décembre 1977 et dépeint la vie de deux sœurs lycéennes. Le succès public s’avère massif. Le film rassemble en effet plus de 3 millions de spectateurs en salles.
Par ailleurs, le tournage génère un véritable malaise chez la débutante. Elle tourne des scènes intimes très inconfortables pour son âge. Elle doit notamment jouer l’arrivée de ses règles avant de les avoir vécues. De plus, une scène de bain en l’air s’avère particulièrement gênante à ses yeux.
Toutefois, la réalité matérielle contraste cruellement avec ce triomphe national. La comédienne perçoit un cachet dérisoire de 10 000 francs pour son travail. Par conséquent, elle vit sa notoriété naissante avec une grande difficulté. Elle doit même vendre des glaces pour gagner de l’argent. Elle signe alors des autographes à ses clients entre deux ventes. Plus tard, elle refusera catégoriquement une offre de 300 euros pour l’exploitation DVD.
La fin brutale d’une vocation contrariée
La dérive scolaire et les nuits parisiennes d’Éléonore Klarwein
La violence du succès bouscule rapidement sa scolarité. Les professeurs jugent sévèrement la jeune fille au quotidien. Ils l’accusent notamment d’avoir pris la grosse tête. Par conséquent, elle redouble sa classe de seconde. Elle quitte définitivement le système scolaire vers l’âge de 16 ans, sans obtenir son baccalauréat.
Dès lors, Éléonore Klarwein plonge dans le monde de la nuit. Elle vit seule dès ses 15 ans et fréquente assidûment les boîtes parisiennes, sortant quotidiennement au Palace ou au Bus Palladium. Pourtant, elle évite habilement les pièges de la drogue. Son tempérament très terrien la protège de la cocaïne omniprésente. Par ailleurs, l’acteur Francis Huster prend en charge son éducation intellectuelle, agissant comme un véritable mentor culturel pour elle.
Une croissance fulgurante brise sa carrière
Malgré quelques rôles aux côtés d’Annie Girardot, le cinéma s’éloigne rapidement. Une métamorphose corporelle inattendue provoque cette rupture professionnelle. Au moment du tournage de son premier film, l’adolescente mesure 1,60 mètre. Ensuite, elle prend 18 centimètres en quelques mois.
Cette nouvelle taille de 1,78 mètre pénalise fortement Éléonore Klarwein lors des castings. Les réalisateurs la trouvent trop grande pour incarner des ingénues. D’un autre côté, elle paraît trop jeune pour jouer les femmes mariées. Elle subit alors l’humiliation des auditions infructueuses. Elle tente même de postuler pour présenter le tirage du Loto, sans le moindre succès.
De la mode à la retraite normande pour Éléonore Klarwein
Dix ans de podiums et de direction d’agences
Le hasard fait bien les choses face à cette impasse. Un directeur d’agence repère la jeune femme dans la rue. Elle entame alors une carrière de mannequin qui durera de ses 18 à ses 26 ans. Durant cette décennie, elle défile pour Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld. Elle pose également pour des magazines prestigieux comme Vogue.
Ensuite, elle décide de passer de l’autre côté du miroir. Elle dirige activement plusieurs agences de mannequins à Paris. Elle participe notamment au développement du Studio KLRP dans le quartier du Marais. Toutefois, ce rythme effréné l’épuise profondément. Elle travaille plus de 70 heures par semaine. Finalement, elle quitte ce milieu après s’être séparée de son associé.
En parallèle, elle construit une grande famille loin des caméras. Elle devient mère très tôt, dès l’âge de 19 ans. Au fil du temps, elle donne naissance à quatre filles. Elle choisit d’ailleurs de se retirer définitivement des plateaux pour se consacrer à elles.
La renaissance par le dessin à Trouville
En 2014, à l’aube de ses 50 ans, un nouveau chapitre s’ouvre. La muse de Diane Kurys quitte la capitale française. Elle s’installe à Trouville-sur-Mer pour trouver une existence plus paisible. Elle choisit cette ville normande pour sa proximité avec une gare. En effet, elle est la seule de sa famille à posséder le permis de conduire.
Sur place, elle se reconvertit avec succès dans le secteur de l’hôtellerie. Surtout, elle découvre une véritable passion pour l’art. Elle se lance assidûment dans la création graphique. Ses œuvres s’inspirent directement de son environnement quotidien :
- La contemplation régulière de la plage.
- L’observation minutieuse des coquillages.
- Le mouvement incessant des bateaux sur l’eau.
Cette pratique aboutit à une belle reconnaissance locale. Elle expose ses dessins au public lors du mois de décembre 2023 dans une galerie de la ville.
Une revanche intellectuelle tardive
Cette nouvelle vie normande lui offre aussi une revanche personnelle. À son arrivée, elle réalise un bilan de compétences approfondi. Puis, elle suit une formation linguistique à Honfleur. Elle obtient le TOEIC avec succès. Elle qualifie ce certificat de premier diplôme de sa vie. Elle s’amuse d’ailleurs d’avoir longtemps été considérée comme une ravissante idiote par certains milieux.
Aujourd’hui, Éléonore Klarwein savoure un anonymat relatif au milieu de ses chiens. Néanmoins, elle continue de veiller tendrement sur l’image de son personnage d’adolescente, qu’elle compare à une bulle de coton intouchable. Cette sérénité retrouvée prouve qu’il est possible de survivre à la gloire précoce en traçant son propre chemin loin des projecteurs.
