Depuis plus de quarante-cinq ans, Élisabeth Margoni traverse le paysage artistique français avec une aisance remarquable. En effet, elle navigue du cinéma populaire au théâtre classique, sans oublier la télévision quotidienne. Cette polyvalence rare fait d’elle une figure familière du grand public.
Pourtant, derrière les rôles mémorables aux côtés de légendes du cinéma, se cache une femme profondément attachée à ses racines. Aujourd’hui, elle privilégie la transmission culturelle et la tranquillité de la Bretagne. Ainsi, son parcours illustre une quête d’authenticité, loin des paillettes parisiennes.
Un héritage créatif au service de la comédienne française
L’environnement familial joue un rôle déterminant dans la vocation d’Élisabeth Margoni. Née en janvier 1945 dans les Yvelines, elle grandit au sein d’un véritable clan d’artistes. D’abord, sa mère Denise Margoni brille comme artiste peintre renommée. Ensuite, son père Eugenio, artisan cordonnier-bottier d’origine italienne, se tourne avec succès vers la peinture naïve. Ses toiles s’exposent d’ailleurs au musée national d’art naïf de Vicq-sur-Breuilh. Par ailleurs, son frère aîné Alain décroche le Premier Grand Prix de Rome de composition musicale en 1959.
Dans ce contexte stimulant, la jeune fille se cherche. Elle envisage d’abord de devenir danseuse, avant d’abandonner cette discipline vers douze ans. Finalement, pendant sa scolarité chez les sœurs dominicaines, sa passion pour les textes éclot. Les religieuses remarquent son talent naturel et l’encouragent vivement à monter sur scène. Par conséquent, elle interrompt ses études classiques au milieu de sa classe de seconde pour se consacrer au jeu.
Dès l’âge de seize ans et demi, elle entame son apprentissage dans un cours privé. Sa formation s’avère ensuite solide et prestigieuse. Elle intègre l’école de la rue Blanche, puis le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Grâce à son travail acharné, elle y obtient un prestigieux Premier Prix.
L’actrice de cinéma face aux légendes du grand écran
Le septième art offre à Élisabeth Margoni des rôles marquants dès les années 1970. Elle tourne notamment sous la direction de réalisateurs emblématiques. Dans Nous irons tous au paradis (1977) d’Yves Robert, elle incarne Daisy, la fiancée volage et haute en couleur de Bouly. Puis, elle devient Jeanne, l’épouse de l’agent Joss Beaumont, dans le célèbre film d’action Le Professionnel (1981) de Georges Lautner.
Ses rencontres sur les plateaux forgent son expérience professionnelle. Lors du tournage du film Le Corps de mon ennemi (1976) d’Henri Verneuil, la comédienne souffre d’un trac paralysant. Pour la détendre, Jean-Paul Belmondo bafouille volontairement sa réplique. Il lui glisse alors avec humour que cela arrive à tout le monde. De même, elle reste profondément marquée par la générosité de Simone Signoret. Cette immense actrice restait assise hors champ des heures entières pour l’aider à stabiliser son jeu.
Plus tard, sa carrière prend une dimension internationale et diversifiée. Elle tient le rôle principal de Lolita dans la comédie hispano-mexicaine Sexo por compasión au début des années 2000. Ensuite, elle monte les marches de Cannes en 2005 pour le film C’est pas tout à fait la vie dont j’avais rêvé de Michel Piccoli. Lors de cet événement, elle laisse malicieusement son téléphone allumé dans sa poche pour faire vivre la ferveur cannoise à sa famille en direct. Récemment, elle apparaît dans le drame Ma France à moi (2023), donnant la réplique à Fanny Ardant.
La figure du petit écran et la voix de l’ombre
À la télévision, Élisabeth Margoni devient une invitée régulière des foyers français. Elle participe à de nombreuses fictions historiques et sagas populaires. Par exemple, elle se distingue dans le rôle de Sylvana pour Les Maîtres du pain (1993). Elle incarne également la mère ambitieuse de la future favorite royale dans Jeanne Poisson, Marquise de Pompadour (2006).
Toutefois, c’est le feuilleton quotidien Un si grand soleil qui relance sa notoriété auprès des jeunes générations. Entre 2018 et 2022, elle y incarne Maryline Legrand, la mère de Gary, sur plus de 690 épisodes. Le public la considère rapidement comme la doyenne adorée du programme. Néanmoins, elle décide de quitter la série en août 2022. En effet, elle juge les trajets entre Paimpol et Montpellier trop épuisants logistiquement pour tourner seulement quelques scènes.
En parallèle, l’artiste possède une signature vocale incontournable dans le milieu du doublage. Les spectateurs la connaissent souvent sans le savoir. Ses prestations vocales incluent plusieurs personnages cultes :
- Berta, la gouvernante cynique de la série Mon oncle Charlie.
- Brenda Meeks, doublée pour l’actrice Regina Hall dans la comédie Scary Movie.
- Florence Dennis, interprétée par Cher dans le drame Mask.
- Charity Camber, la mère angoissée dans le film d’horreur Cujo.
- Jenny Hayden, l’héroïne du film de science-fiction Starman.
L’interprète de théâtre et la passion des planches
Malgré ses succès à l’écran, le théâtre reste un espace d’expression fondamental pour Élisabeth Margoni. Selon elle, la scène exige un investissement physique et mental total au quotidien. Contrairement au cinéma où l’on apprivoise l’axe de la caméra, elle affirme qu’il faut se préserver toute la journée pour jouer le soir.
Son répertoire théâtral s’avère particulièrement riche et varié. Depuis les années 1970, elle enchaîne les pièces de boulevard et les comédies musicales. Elle joue aussi bien du Jean Anouilh dans Le Nombril (1981) que du Sacha Guitry dans Toa (1995). De plus, elle s’illustre dans des spectacles musicaux récompensés comme Tempo (1990).
Cette exigence scénique trouve une belle consécration en 2005. Cette année-là, elle décroche une nomination aux Molières pour son second rôle dans Sortie de scène. Dans cette pièce écrite par Nicolas Bedos et mise en scène par Daniel Benoin, elle incarne la gouvernante Jeannine aux côtés de Guy Bedos.
Le retour aux sources : poésie et transmission en Côtes-d’Armor
Aujourd’hui âgée de 81 ans, Élisabeth Margoni a choisi de s’éloigner de l’agitation parisienne. Depuis 2020, elle réside à Ploubazlanec, face à la magnifique Île de Bréhat. Elle occupe une maison familiale léguée par le grand-père de son époux, le comédien Yves Beneyton. Ce lieu résonne profondément avec ses souvenirs d’enfance. En effet, elle passait toutes ses vacances estivales à l’Abbaye de Beauport voisine, un monument qu’elle qualifie de véritable terrain de jeu de sa jeunesse.
Dans ce refuge breton, elle mène une existence paisible, rythmée par ses passions personnelles. Elle apprécie particulièrement la musique d’Igor Stravinsky, les lectures de Boris Cyrulnik sur l’épigénétique, ou encore les plats simples comme les pâtes à la carbonara. D’une part, elle consacre beaucoup d’énergie à valoriser l’œuvre picturale maternelle. Elle a notamment collaboré à l’organisation d’une grande rétrospective sous la halle de Paimpol. D’autre part, elle conçoit artisanalement des bijoux et s’adonne à la plongée en apnée.
Surtout, l’actrice continue de faire vivre la culture à l’échelle locale. Marraine de l’association Armor Philharmonique & Amis de la Culture, elle s’investit dans des festivals régionaux. Elle y monte des spectacles poétiques, comme L’amour dans tous ses états présenté en 2023, avec son époux et son fils Aurélien. Elle y déclame régulièrement Ma Bohème d’Arthur Rimbaud, son poème favori. Ainsi, elle perpétue la tradition artistique familiale dans un cadre intime et authentique.
Finalement, le parcours de cette artiste illustre une remarquable capacité à embrasser toutes les facettes de son métier. Loin de s’accrocher obstinément à la lumière des grands studios, elle démontre que la transmission et l’ancrage territorial offrent une seconde vie tout aussi riche. Son histoire rappelle avec élégance que le véritable art réside souvent dans la fidélité à soi-même.
