Comment se faire un prénom lorsque l’on naît au cœur d’une des dynasties les plus en vue du cinéma français ? Pour l’actrice française Joséphine Berry, la réponse n’a pas résidé dans la facilité des sentiers battus, mais dans un exil formateur et une préparation physique rigoureuse. Loin de se contenter de son statut de « fille de », elle a choisi de s’armer à l’étranger et de diversifier ses compétences pour s’imposer sur les écrans et sur les planches.
Derrière l’image publique de la comédienne se cache une artiste complète qui combine le jeu d’acteur avec les arts du cirque et les sports de combat. Cette trajectoire singulière, marquée par des choix artistiques audacieux, s’est également construite dans la tempête médiatique et familiale, révélant une personnalité d’une grande résilience.
Un héritage artistique assumé et des débuts précoces
Née le 29 janvier 1992 à Paris, Joséphine Berry grandit dans un environnement profondément artistique. Fille de l’acteur et réalisateur Richard Berry et de l’actrice et photographe franco-britannique Jessica Forde, elle baigne dès son plus jeune âge dans l’univers du septième art. Son arbre généalogique la connecte à d’autres figures de la scène culturelle, comme sa cousine l’actrice Marilou Berry et son oncle le sculpteur Philippe Berry.
C’est sous la direction de sa mère qu’elle fait sa première apparition à l’écran en 1999 dans le film Mamirolle, alors qu’elle n’a que huit ans. Très vite, son père l’intègre dans ses propres réalisations. Le public la découvre notamment en 2003 dans le rôle de la jeune Sarah Delgado pour la comédie à succès Moi César, 10 ans ½, 1m39. Ces premières expériences précoces dessinent les contours d’une vocation, mais elles imposent aussi la nécessité de s’affranchir d’un patronyme parfois écrasant.
L’exil britannique : la quête d’une identité propre
Pour acquérir sa légitimité et parfaire son jeu, la jeune femme décide de quitter la France. Forte d’un baccalauréat international bilingue obtenu à Paris, elle s’installe au Royaume-Uni pour suivre des formations théâtrales exigeantes. Son parcours académique outre-Manche témoigne d’une volonté farouche de rigueur :
- Un stage d’été à la prestigieuse Guildhall School of Music and Drama en 2010 ;
- Un cursus préparatoire au Drama Centre London en 2010-2011 ;
- Une formation intensive de trois ans à The Oxford School of Drama, dont elle ressort diplômée en 2014.
Cette immersion anglaise lui permet de maîtriser parfaitement la langue de Shakespeare et de s’ouvrir les portes du théâtre britannique. Elle se produit ainsi sur plusieurs scènes londoniennes, notamment au Soho Theatre dans la pièce Black Sheep, ou encore dans des adaptations d’Othello et de Huis Clos. Cette période d’apprentissage rigoureux marque le véritable point de départ de son émancipation artistique.
Le corps comme outil de jeu : cascade, cirque et arts martiaux
Ce qui distingue véritablement Joséphine Berry dans le paysage des comédiennes de sa génération, c’est son profil physique atypique. Très loin des standards classiques, elle envisage le corps comme un prolongement essentiel du jeu d’acteur. Elle s’est ainsi formée pendant dix ans aux arts du cirque à l’Académie Fratellini, complétant plus tard ce bagage par un cursus de tumbling à Londres.
L’actrice s’illustre également dans des disciplines de combat et de cascade. Elle collabore activement avec des équipes de cascadeurs professionnels et pratique régulièrement le Muay Thai, le grappling ainsi que le MMA. Cette polyvalence physique lui permet de proposer un jeu corporel intense, qu’elle met à profit tant dans des spectacles de théâtre physique, à l’image de sa collaboration avec la compagnie de cirque The Ratpack, que devant la caméra.
Une carrière éclectique entre grand écran et télévision
De retour en France, l’interprète de Rose multiplie les projets et varie les genres. À la télévision, elle se fait remarquer en intégrant la saison 9 de la série populaire Clem sur TF1, où elle prête ses traits au personnage de Salomé Boissier durant quatre saisons. Elle fait également des apparitions remarquées dans la série humoristique de Franck Gastambide, Validé, ou encore dans la fiction policière Prière d’enquêter.
Au cinéma, elle continue d’explorer des univers variés. En 2017, elle tient l’un des rôles principaux du long-métrage Netflix The Girl From The Song, tourné dans le cadre spectaculaire du festival Burning Man aux États-Unis. En parallèle, sa voix singulière séduit le milieu de la publicité, l’amenant à prêter son timbre à de grandes marques internationales pour des campagnes d’envergure.
Face à la tourmente : un soutien familial indéfectible
En janvier 2021, la famille Berry est ébranlée par une grave crise judiciaire. Coline Berry-Rojtman, la demi-sœur aînée de Joséphine, dépose plainte contre leur père Richard Berry pour des faits présumés de viols et d’agressions sexuelles sur mineur. Face à ces accusations massives, Joséphine Berry choisit de faire bloc derrière son père.
Dans un souci de vérité et pour écarter toute possibilité d’amnésie traumatique, la comédienne entreprend une démarche thérapeutique personnelle auprès d’un professionnel de santé. À l’issue de ce travail, elle confirme n’avoir aucun souvenir de gestes déplacés de la part de son père. Elle exprime publiquement son soulagement et se dit libérée lorsque l’enquête est officiellement classée sans suite à la fin de l’année 2022. Durant toute cette période complexe, elle reste un pilier de soutien pour son père, l’accompagnant notamment lors de son retour sur scène.
À travers ce parcours jalonné de défis personnels et professionnels, Joséphine Berry prouve qu’elle a su transformer un héritage familial complexe en une force motrice, s’imposant aujourd’hui comme une artiste complète et résolument indépendante.
