Dans l’histoire du spectacle vivant français, certaines trajectoires incarnent une aventure artistique totale. Née en 1939, l’actrice française joséphine derenne fait partie de ces figures dont le jeu sobre et habité a marqué plusieurs générations de spectateurs, sur les planches comme à l’écran.
Son itinéraire témoigne d’une fidélité rare aux grands projets de troupe et d’une curiosité constante pour des écritures variées. Des scènes mythiques de la Cartoucherie de Vincennes aux plateaux de tournage contemporains, cette artiste dramatique a façonné une carrière riche et profondément collective.
L’aventure du Théâtre du Soleil aux côtés d’Ariane Mnouchkine
L’un des piliers essentiels de sa trajectoire reste son engagement de longue haleine auprès d’Ariane Mnouchkine. De 1965 à 1983, Joséphine Derenne participe activement à l’épopée du Théâtre du Soleil pendant près de deux décennies. Elle prend part aux créations collectives emblématiques de la troupe qui révolutionnent la mise en scène et le rapport au public.
Sur les planches de la Cartoucherie, la célèbre actrice s’illustre dans des spectacles majeurs qui redéfinissent la scène française :
- Le Capitaine Fracasse, adapté par Philippe Léotard
- Les Petits Bourgeois de Maxime Gorki et La Cuisine d’Arnold Wesker
- Le Songe d’une nuit d’été puis La Nuit des rois de William Shakespeare
- Les créations collectives Les Clowns, 1789, 1793 et L’Âge d’or
- Mephisto, d’après l’œuvre de Klaus Mann
Ces créations collectives s’inscrivent au cœur du renouveau théâtral de l’après-Mai 68. En participant à ces aventures chorales, Joséphine Derenne y développe une grande précision de jeu et une écoute rigoureuse du collectif.
Du grand écran au petit écran : des rôles de caractère
En parallèle de la scène, la comédienne française s’impose devant la caméra. En 1978, elle marque les esprits en prêtant ses traits à Madeleine Béjart dans le film Molière, réalisé par Ariane Mnouchkine. Elle y donne la réplique à Philippe Caubère dans une fresque grandiose célébrée par la critique.
La même année, elle apparaît également dans Robert et Robert de Claude Lelouch. Plus tard, elle incarne la mère du protagoniste dans le drame L’Adversaire de Nicole Garcia en 2002. Sa présence se poursuit au cinéma avec Pascal Bonitzer dans Cherchez Hortense ou encore Benoît Jacquot dans Journal d’une femme de chambre.
À la télévision, Joséphine Derenne s’illustre dans des registres tout aussi denses. En 2006, elle joue le rôle marquant d’Alice Villemin dans la mini-série L’Affaire Villemin réalisée par Raoul Peck. Plus récemment, les téléspectateurs ont pu la retrouver dans des productions dramatiques telles que Les Ombres rouges ou la série médicale Nina.
De grands metteurs en scène et la transmission théâtrale
Au-delà de son travail avec le Théâtre du Soleil, cette figure du spectacle a collaboré avec des metteurs en scène renommés. Elle a notamment joué sous la direction de Peter Brook dans l’adaptation monumentale du Mahabharata. Daniel Mesguich l’a également dirigée dans Hamlet ainsi que dans Les Passions de Clarice.
En 2009, elle rejoint la distribution d’une mise en scène saluée d’Oncle Vania signée Claudia Stavisky aux Bouffes du Nord, partageant le plateau avec Philippe Torreton. Joséphine Derenne a également exploré d’autres répertoires avec Jean-Louis Quesnel, Jean-Michel Ribes, Jean Boillot ou le chorégraphe Dominique Bagouet.
Parallèlement à ses interprétations, l’artiste dramatique s’est consacrée à la transmission de son art. Entre 1990 et 1993, elle intervient en tant que professeure au Cours Florent à Paris. Elle a par ailleurs signé plusieurs mises en scène personnelles, confirmant sa vision globale et exigeante du théâtre.
À travers plus de quarante pièces et de multiples rôles à l’écran, Joséphine Derenne illustre la force d’un engagement artistique total, au service du texte, du groupe et de l’émotion partagée.





