Portrait de l'acteur Pierre Santini assis dans une salle de théâtre vide

Pierre Santini : itinéraire d’un acteur populaire et pilier du théâtre français

Figure familière des foyers français et pilier de la décentralisation théâtrale, Pierre Santini incarne depuis plus de six décennies une certaine idée du spectacle vivant. À la fois acteur populaire, directeur de théâtre exigeant et voix marquante du doublage, il a traversé les époques sans jamais renoncer à l’esprit du service public de la culture.

Son parcours mêle le grand répertoire classique, les séries télévisées emblématiques et une passion tenace pour la transmission scénique. Retour sur la trajectoire d’un artiste complet qui a façonné le paysage dramatique contemporain.

Aux sources d’une vocation franco-italienne

Né à Paris le 9 août 1938, Pierre Santini grandit au cœur d’un environnement artistique stimulant. Son père, l’artiste-peintre romain Pio Santini, lui transmet un lien profond avec l’Italie, tandis que son grand-père maternel dirigeait le grand quotidien milanais Corriere della Sera. Cette double culture nourrit très tôt sa sensibilité et forge son identité artistique binationale.

Bien qu’attiré un temps par la médecine, le jeune homme choisit finalement la littérature à la Sorbonne avant de s’orienter définitivement vers les planches. Il intègre alors l’école Charles Dullin, installée au sein du Théâtre National Populaire. Sous la houlette de maîtres exigeants comme Jean Vilar, Georges Wilson ou Alain Cuny, le comédien apprend les rudiments d’un jeu sobre et généreux. Il complète ensuite son apprentissage auprès du pédagogue Jacques Lecoq.

Après son service militaire, l’acteur français fait ses premiers pas professionnels en 1959 dans une création d’Armand Gatti mise en scène par Jean Vilar. Cette première expérience scelle son attachement indéfectible aux idéaux d’un théâtre ouvert au plus grand nombre.

Des planches militantes aux rôles du grand répertoire

Dès le début des années 1960, l’artiste s’engage activement dans l’aventure des théâtres de banlieue et de province. Il se produit au Théâtre de l’Est Parisien avec Guy Retoré, rejoint Gabriel Garran à Aubervilliers et participe à plusieurs spectacles marquants sous la direction de Roger Planchon. Cet engagement répond à l’ambition de proposer un théâtre de haute exigence accessible à tous les publics.

Au fil des décennies, Pierre Santini interprète plus d’une centaine de personnages sur les scènes françaises et internationales. Parmi ses prestations mémorables, il endosse le costume de Cyrano de Bergerac à deux reprises, d’abord sous la direction festive de Jérôme Savary en 1983, puis dans une relecture du metteur en scène italien Pino Micol. Il brille également dans des œuvres monumentales en incarnant le rôle-titre du Roi Lear de Shakespeare ou le célèbre Figaro de Beaumarchais.

Curieux et polyvalent, le comédien alterne les classiques et les créations contemporaines avec la même rigueur :

  • Les grandes fresques dramatiques comme Dominici : un procès impitoyable, sous la houlette de Robert Hossein ;
  • Le face-à-face politique intense dans Jaurès/Clemenceau, Quelle république voulons-nous, où il prête ses traits à Georges Clemenceau ;
  • Les comédies modernes et les drames intimistes, à l’image de la pièce Fratricide partagée avec Jean-Pierre Kalfon ;
  • Les textes d’auteurs internationaux contemporains comme Slawomir Mrozek ou Amélie Nothomb.

Le visage familier du petit écran

Si les planches constituent son port d’attache, la télévision apporte à l’acteur français une immense notoriété auprès du grand public dès les années 1960. Repéré par de grands réalisateurs de l’ORTF comme Stellio Lorenzi et Marcel Bluwal, il fait ses débuts télévisuels dans la série Rocambole en 1964.

Quelques années plus tard, le comédien devient l’un des visages les plus populaires de l’audiovisuel grâce à son rôle marquant dans le feuilleton culte L’Homme du Picardie. Il confirme cette stature populaire en décrochant le rôle principal de la série François Gaillard ou La vie des autres, puis en interprétant le commissaire Jablonski dans Un juge, un flic, série policière phare des années 1970 signée Denys de La Patellière.

Durant les décennies suivantes, Pierre Santini poursuit cette présence constante sur le petit écran. Les téléspectateurs le retrouvent notamment en inspecteur dans Les Cinq Dernières Minutes au milieu des années 1990, puis dans la série judiciaire Alice Nevers / Le juge est une femme, où il campe le père de l’héroïne durant plus d’une décennie. Au cinéma, il tourne également sous la direction de cinéastes renommés tels que Claude Chabrol, Yves Boisset, Nadine Trintignant et Claude Lelouch.

Bâtisseur de scènes et défenseur des artistes

En parallèle de sa carrière d’interprète, le metteur en scène s’investit corps et âme dans la gestion théâtrale et la vie associative. En 1975, il fonde sa première troupe, la compagnie du Théâtre du Décaèdre, avant de prendre la tête d’équipements culturels majeurs. Il crée et dirige ainsi pendant huit ans le Théâtre des Boucles de la Marne à Champigny-sur-Marne, où il signe une vingtaine de spectacles originaux.

De 2003 à 2012, il assure la direction du Théâtre Mouffetard à Paris, transformant cette salle municipale en un lieu vibrant de création contemporaine. Parallèlement à ces mandats de direction, l’homme de théâtre met sa notoriété au service de la collectivité artistique en prenant la présidence de l’ADAMI à la fin des années 1990, puis celle de l’association organisatrice des Molières.

Fidèle à ses convictions citoyennes et solidaires, Pierre Santini préside ensuite l’association Cultures du Cœur afin de favoriser l’accès des personnes défavorisées aux sorties culturelles, tout en œuvrant à la sauvegarde du patrimoine scénique au sein de l’organisme AMTA.

Une voix singulière entre doublage et chanson

Doté d’un timbre grave et chaleureux, l’artiste met régulièrement son talent vocal au service du doublage de grands films internationaux. Les cinéphiles reconnaissent immédiatement sa voix posée derrière des acteurs de premier plan comme Donald Sutherland dans L’Invasion des profanateurs ou Lino Ventura dans La Grande Menace.

Les amateurs d’univers fantastiques retiennent tout particulièrement son interprétation vocale de Denethor dans la trilogie du Seigneur des anneaux, ainsi que son travail de doublage remarqué dans le jeu vidéo à succès The Witcher 3: Wild Hunt. Il prête également sa voix à de nombreuses lectures radiophoniques et documentaires.

Amoureux passionné de la culture transalpine, le comédien monte également sur scène pour chanter. Il traduit et adapte les chansons du compositeur italien Paolo Conte dans un spectacle intimiste intitulé Come Di, gravé sur disque en 2009. Cette parenthèse musicale illustre la curiosité insatiable d’un interprète qui a toujours refusé de s’enfermer dans un seul registre.

À travers ce parcours aux multiples facettes, Pierre Santini reste le témoin et l’acteur d’un demi-siècle de culture partagée, rappelant avec constance que l’exigence artistique et la ferveur populaire peuvent marcher d’un même pas.


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