Figure singulière du paysage artistique français, Roger Miremont a traversé plus de cinq décennies de création théâtrale, cinématographique et télévisuelle. Longtemps connu sous l’orthographe de Roger Mirmont avant de reprendre son patronyme d’état civil, le comédien a su bâtir un parcours éclectique. Son jeu précis et sa présence physique ont marqué des générations de spectateurs.
Né à Bordeaux en juillet 1946, il effectue ses premiers pas sur scène à dix ans. Cette vocation précoce le conduit naturellement vers le Conservatoire, où il étudie l’art dramatique ainsi que le chant lyrique. Désireux de maîtriser pleinement l’expression corporelle, il complète cette formation académique par la pratique de la danse classique et du modern jazz.
La révélation télévisuelle et les succès populaires
Au début des années 1970, la carrière professionnelle de l’acteur prend son envol. Le grand public le découvre véritablement en 1973 dans la fresque télévisée de Marcel Camus, Molière pour rire et pour pleurer. Dans cette production ambitieuse, il prête ses traits à Jean-Baptiste Poquelin avec une fougue remarquée qui lui ouvre les portes du grand écran.
Durant cette décennie faste, l’acteur enchaîne les projets cinématographiques variés. Il joue notamment dans La Virée superbe de Gérard Vergez, Les Petits Câlins de Jean-Marie Poiré et La Guerre des polices de Robin Davis. C’est également à cette période, lors d’un tournage, qu’il rencontre l’actrice américaine Patti D’Arbanville, avec laquelle il partage sa vie durant plusieurs années.
Roger Miremont surprend ensuite le public en incarnant en 1981 le héros de bande dessinée Gaston Lagaffe dans Fais gaffe à la gaffe ! de Paul Boujenah. Tout au long des années 1980 et 1990, il collabore avec des cinéastes renommés, de Claude Chabrol (Le Sang des autres) à Tony Gatlif (Rue du départ), sans oublier Med Hondo dans le film historique Sarraounia.
L’exigence des planches et la Comédie-Française
Malgré ses nombreuses incursions devant la caméra, les planches restent le terrain privilégié du comédien. Après avoir partagé l’affiche avec Jacqueline Maillan dans des comédies populaires comme Féfé de Broadway ou Coup de soleil — où il crée l’événement par une apparition remarquée sans vêtement —, il rejoint l’institution théâtrale la plus prestigieuse du pays.
Il devient ainsi pensionnaire de la Comédie-Française entre 1987 et 1991. Durant cette période, Roger Miremont défend le répertoire classique et contemporain sous la direction de grands metteurs en scène comme Jean-Pierre Vincent ou Philippe Adrien. Il est notamment pensionnaire durant quatre saisons au sein de la vénérable maison.
Cette exigence dramatique lui vaut une véritable reconnaissance par ses pairs. Nommé aux Molières en 1990 pour son interprétation dans La Célestine, il reçoit le prix Daniel Sorano pour ses compositions dans L’Étourdi et Un homme pressé. Les autorités saluent également l’ensemble de son parcours en le nommant chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.
Une présence continue sur les scènes privées et à l’écran
Au fil des décennies suivantes, Roger Miremont diversifie ses apparitions au cinéma, notamment chez Jean-Claude Brisseau dans Choses secrètes ou chez les frères Larrieu dans Peindre ou faire l’amour. À la télévision, il intervient régulièrement dans des téléfilms historiques ainsi que dans des séries populaires, dont Scènes de ménages ou Profilage.
Parallèlement, il continue de porter des textes puissants au théâtre. Il s’illustre dans des adaptations de Stefan Zweig, à l’image de La Pitié dangereuse ou du monologue poignant Amok, qu’il a interprété sur scène jusqu’en 2025. Très attaché à la région de la Creuse, il y monte un spectacle poétique et musical intitulé Les Poètes accordés, partagé entre Paris et le Limousin avec de jeunes musiciens.
Une approche globale du corps et de la transmission
Loin de cantonner son activité à la simple interprétation, Roger Miremont s’intéresse très tôt aux disciplines d’équilibre physique et mental. Titulaire d’une ceinture noire 4e dan de karaté shotokan, il s’est également formé au Tai Chi, au Shiatsu et au Do In. Cette recherche d’harmonie corporelle accompagne une curiosité constante pour la psychothérapie et les ressources humaines.
Cette vision intégrale du jeu l’amène à transmettre son savoir aux nouvelles générations. Pédagogue d’art dramatique reconnu, il publie en 2006 l’adaptation française de l’ouvrage Le Pouvoir de l’acteur d’Ivanna Chubbuck, mettant ainsi à disposition des comédiens francophones une méthode contemporaine axée sur l’authenticité émotionnelle.
En conjuguant rigueur technique, maîtrise corporelle et passion du verbe, Roger Miremont a su tracer un chemin d’une remarquable constance, où la quête de vérité humaine nourrit chaque geste artistique.






