L’autrice et comédienne Aïda Asgharzadeh s’impose aujourd’hui comme l’une des plumes les plus captivantes de la scène contemporaine française. À travers des récits intenses où les tourments de la grande Histoire percutent les destinées individuelles, elle bâtit des fresques chorales puissantes et profondément humaines.
Son travail s’illustre par une capacité singulière à relier les époques, de la tragédie des tranchées de 1914 aux tumultes de l’Iran contemporain. Récompensée aux Molières, la dramaturge franco-iranienne façonne une œuvre résolument vivante, portée par un sens aigu du romanesque et du jeu dramatique.
Des racines persanes aux plateaux de théâtre
Née à Paris en octobre 1986, Aïda Asgharzadeh grandit dans une famille marquée par le courage et l’engagement politique. Ses parents, un père architecte et une mère enseignante en économie, prennent part aux contestations contre le Shah avant de subir les menaces du nouveau régime théocratique. Confrontée au danger, sa famille fuit l’Iran fin 1982 pour trouver refuge en France.
Baignée dès son enfance dans une double culture franco-persane, elle développe un goût précoce pour les récits et les langues. Avant d’embrasser définitivement la scène, elle entame d’abord des études en mathématiques et en économie, puis s’oriente vers un double cursus en lettres modernes et en cinéma. Cette solide formation universitaire nourrit déjà sa vision globale de la narration.
Son apprentissage théâtral débute véritablement aux Ateliers du Sudden avec Raymond Acquaviva, avant qu’elle ne rejoigne le Studio Théâtre d’Asnières. Sous la direction de Jean-Louis Martin-Barbaz et Hervé Van der Meulen, elle y perfectionne son jeu d’actrice et sa rigueur technique jusqu’en 2011.
Une écriture chorale où la grande Histoire bouscule l’intime
Le processus créatif d’Aïda Asgharzadeh repose sur une discipline rigoureuse et une imagination foisonnante. Chaque texte naît généralement d’une image mentale viscérale, souvent nocturne, qu’elle structure ensuite méticuleusement comme un puzzle dramatique. Pour dénouer les blocages narratifs pendant ses phases de conception, elle pratique régulièrement la course à pied intensive.
Ses pièces explorent sans relâche la filiation, le libre-arbitre, le poids des racines et la mémoire collective. Face aux tragédies de la guerre, l’amour et la création artistique deviennent pour ses personnages de véritables refuges salvateurs. Sa proximité artistique avec Alexis Michalik, forgée au fil des festivals et de projets partagés, illustre ce goût commun pour un théâtre de troupe rythmé, populaire et riche en rebondissements temporels.
Au fil des années, l’autrice s’entoure d’un groupe fidèle d’artistes pour concrétiser ses visions scéniques :
- Le metteur en scène Régis Vallée, collaborateur privilégié de ses plus grands succès ;
- L’acteur et coauteur Kamel Isker, partenaire régulier de plateau ;
- Le metteur en scène Quentin Defalt, complice de ses premiers triomphes ;
- La comédienne Magali Genoud, complice régulière de ses créations collectives.
Des fresques théâtrales marquantes et populaires
La première pièce écrite par Aïda Asgharzadeh, Le Peuple de la nuit, voit le jour en 2012 sous la direction de Franck Berthier. L’intrigue met en scène la résistance clandestine de trois femmes au cœur de l’univers concentrationnaire nazi, posant déjà les fondements de son théâtre engagé.
En 2014, elle signe Les Vibrants, un spectacle bouleversant consacré à la reconstruction d’une « gueule cassée » de la Grande Guerre. Défiguré au combat, le héros retrouve une dignité grâce à l’apprentissage de Cyrano de Bergerac sous le regard de Sarah Bernhardt. Cette fresque poignante reçoit un accueil enthousiaste du public et le Prix de la presse du Grand Avignon.
Elle coécrit ensuite La Main de Leïla avec Kamel Isker, transposant le mythe de Roméo et Juliette dans l’Algérie de 1988, à l’aube de la décennie noire. Plus tard, dans le cadre de son travail d’artiste associée au Théâtre de Gascogne, elle rédige Le Dernier Cèdre du Liban. Ce récit initiatique suit une adolescente en quête de ses origines familiales sur fond de guerre civile libanaise et d’événements historiques internationaux.
Le triomphe des « Poupées persanes »
Avec Les Poupées persanes, l’écrivaine signe son œuvre la plus personnelle et la plus saluée. L’action entremêle le destin de quatre universitaires dans le Téhéran révolutionnaire des années 1970 et le quotidien de deux sœurs vivant en France une décennie plus tard. Cette saga intime raconte la perte des idéaux, la fuite par les montagnes kurdes et la beauté des liens fraternels.
Cette pièce chorale majeure remporte une consécration éclatante lors de la cérémonie des Molières du théâtre en 2023. Aïda Asgharzadeh y décroche la prestigieuse statuette de l’auteur francophone vivant, tandis que Kamel Isker reçoit le prix du meilleur second rôle. Ce succès couronne des années de travail collectif et installe durablement le spectacle dans les théâtres parisiens et en tournée.
| Spectacle | Mise en scène | Thématiques principales |
|---|---|---|
| Les Vibrants | Quentin Defalt | Gueules cassées de 14-18, théâtre salvateur |
| La Main de Leïla | Régis Vallée | Jeunesse et révoltes en Algérie (1988) |
| Le Dernier Cèdre du Liban | Nikola Carton | Journalisme de guerre, héritage maternel |
| Les Poupées persanes | Régis Vallée | Révolution iranienne, exil et fraternité |
Une comédienne polyvalente sur tous les écrans
Parallèlement à son activité d’autrice, Aïda Asgharzadeh mène une carrière dynamique d’actrice devant la caméra. Au cinéma, le public la découvre notamment dans la comédie Raid dingue de Dany Boon ou dans l’adaptation cinématographique d’Une histoire d’amour réalisée par Alexis Michalik. Elle prête également sa voix et son jeu à divers courts-métrages tournés en langue persane.
À la télévision, elle multiplie les apparitions dans des registres très variés. Elle intègre par exemple le casting de la série policière Bellefond sur France 3 dans le rôle de Yasmine Zenatti. Sa parfaite maîtrise de l’anglais lui ouvre par ailleurs les portes de grandes productions internationales, à l’image de la série historique Marie-Antoinette et du drame Prisoner 951 diffusé sur la BBC.
Qu’elle se consacre à l’écriture dramatique, à la mise en scène ou à l’interprétation, l’artiste perpétue une vision généreuse et passionnée du spectacle vivant. En continuant d’interroger la mémoire et les combats de notre temps, elle s’affirme comme une voix essentielle du paysage culturel contemporain.






