Marie Payen apparaît sur scène avec les bras ouverts et dans un atelier de vitrail

L’art de l’instant et du dépouillement : le parcours singulier de Marie Payen

Prononcer le nom de Marie Payen évoque immédiatement une présence magnétique sur les scènes théâtrales françaises et devant les caméras du cinéma d’auteur. Pourtant, derrière ce patronyme se cache une dualité surprenante que peu de spectateurs soupçonnent au premier abord.

En effet, l’état civil révèle l’existence de deux créatrices distinctes, l’une comédienne de haut vol et l’autre artisane d’art sacralisé. Cette homonymie singulière invite à explorer deux destins artistiques fascinants, bien que le parcours de la comédienne reste le plus documenté et le plus exposé au grand public.

Marie Payen, la comédienne : l’art du jeu et du collectif

Née en 1974, la comédienne Marie Payen affiche aujourd’hui vingt-sept ans de carrière au compteur. Elle s’est formée à l’école prestigieuse du Théâtre National de Strasbourg, un terreau fertile qui a façonné sa rigueur et son goût pour un théâtre exigeant. Dès le milieu des années 1990, elle commence à fouler les planches sous la direction de metteurs en scène de renom, marquant de sa présence le théâtre public contemporain.

Au fil des décennies, l’actrice multiplie les collaborations artistiques majeures. Elle travaille notamment avec Michel Deutsch, Jean-François Peyret, Frédéric Fisbach ou encore Julie Deliquet. Son talent lui permet de naviguer avec aisance entre les tragédies classiques et les écritures contemporaines. Elle incarne par exemple une Médée incandescente chez Sénèque sous la direction de Zakariya Gouram entre 2004 et 2008. Plus récemment, le public a pu la retrouver dans des projets d’envergure nationale.

L’interprète a notamment participé au spectacle d’ouverture du 77e Festival d’Avignon en 2023, en jouant dans Welfare, une adaptation théâtrale marquante du documentaire de Frederick Wiseman. En 2026, elle poursuit ce compagnonnage avec Julie Deliquet dans la pièce De 1999 à hier, adaptée des textes de Svetlana Alexievitch, présentée notamment à la Ferme du Buisson.

Un ancrage fort dans le cinéma d’auteur

Parallèlement à sa riche carrière théâtrale, la comédienne s’est forgé une solide réputation sur grand écran en privilégiant le cinéma d’auteur. Sa filmographie compte plus de vingt longs métrages où elle collabore avec des cinéastes exigeants. Son premier rôle marquant remonte à 1997 dans le film J’ai horreur de l’amour de Laurence Ferreira Barbosa.

Elle tourne ensuite sous la direction de Jacques Maillot dans Nos vies heureuses, puis de François Dupeyron dans Inguélézi et Mon âme par toi guérie. Le public la retrouve également dans des comédies dramatiques sensibles, à l’instar de Lulu femme nue réalisé par Solveig Anspach. À la télévision, l’actrice s’illustre dans des fictions marquantes telles que Culpabilité zéro ou la série policière Engrenages.

L’écriture improvisée : la signature singulière de la compagnie UN+UN+

Au-delà de ses rôles d’interprète pour d’autres créateurs, Marie Payen éprouve le besoin de développer sa propre voix artistique. Pour ce faire, elle fonde sa propre compagnie théâtrale, nommée UN+UN+. C’est au sein de cette structure qu’elle mûrit un langage scénique radical, concevant des spectacles solos où elle réécrit intégralement son texte sur scène chaque soir. Elle refuse ainsi de figer les mots pour préserver une liberté totale proche de celle du jazz.

Cette recherche de l’instant brut se déploie d’abord dans La Cage aux Blondes en 2005, co-créé avec Aurélia Petit, puis dans des formats insolites comme Le Cabinet Payen. Ce dernier consistait en une performance musicale intimiste, jouée pour un spectateur unique dans les toilettes pour hommes du Théâtre du Rond-Point. En janvier 2014, elle franchit un nouveau cap avec le solo jEbRûLE, conçu avec Leila Adham, qui explore la figure d’un père inconnu.

L’expérience physique et poétique de « Perdre le Nord »

Son deuxième solo improvisé, intitulé Perdre le Nord et créé en 2018, pousse encore plus loin cette esthétique de l’urgence. Inspiré par ses rencontres avec des jeunes exilés dans les camps de fortune du quartier de La Chapelle à Paris, le spectacle se veut une immersion sensorielle. Sur scène, Marie Payen évolue le corps enveloppé d’une bâche plastique, accompagnée par la musique en direct de Jean-Damien Ratel.

Pour ce spectacle, la comédienne s’appuie sur une recherche des mots en direct, renouvelant sa partition verbale à chaque représentation pour traduire le chaos de l’exil. La dramaturge Leila Adham collabore au projet en y intégrant la langue arabe. Produit par le CDN de Haute-Normandie, ce spectacle puissant a tourné dans plusieurs centres dramatiques nationaux avant de s’installer au Théâtre du Rond-Point fin 2019.

L’autre Marie Payen : l’artisanat du vitrail et la lumière du sacré

L’étude du nom de Marie Payen révèle cependant une homonymie parfaite qui peut induire le public en erreur. En effet, une seconde artiste partage ce patronyme exact, mais son domaine d’expression est radicalement différent. Née en 1981, cette autre Marie Payen a choisi de consacrer sa vie à l’art du vitrail et à la transmission spirituelle.

Son parcours universitaire témoigne d’une grande curiosité intellectuelle, combinant des études d’Arts Appliqués à Roubaix, d’Histoire à Angers et de Lettres Modernes à Paris. Après un volontariat au sein de la communauté de Taizé en Bourgogne, elle décide de se former techniquement au travail du verre. Elle obtient son CAP de vitrailliste en 2009 à Paris.

Inspirée par les créations de frère Eric de Saussure, elle réalise des vitraux à caractère catéchétique. Son style se caractérise par des lignes simples et l’utilisation de couleurs vives, mettant la lumière au service de la foi. Bien que leurs univers soient éloignés, les deux femmes partagent un engagement total dans leur art respectif.

Chronologies et rôles multiples : les subtilités d’une double carrière

L’existence de ces deux artistes explique certaines confusions chronologiques et biographiques que l’on retrouve dans les bases de données. Par exemple, l’année de naissance oscille entre 1974 pour la comédienne et 1981 pour la vitrailliste. De plus, les dates de création de certaines œuvres théâtrales varient selon les sources, à l’image du spectacle jEbRûLE, daté de 2014 ou de 2015 selon les archives.

Au cinéma, le film À moi seule est parfois répertorié en 2012 ou en 2013. Par ailleurs, Marie Payen a parfois cumulé plusieurs rôles au sein d’un même projet décliné sur différents supports. Dans l’œuvre Une exécution ordinaire, elle incarne Charlotte Perignon au cinéma et Sylvie Labarde dans la version télévisée. Ces subtilités témoignent de la richesse et de la plasticité d’un parcours artistique hors norme.

Qu’elle s’exprime par le biais de la parole improvisée sur scène ou à travers la transparence colorée du verre, Marie Payen incarne, sous ses deux visages, une recherche constante de vérité et de partage. Cette dualité rappelle que derrière un nom se déploient parfois des mondes créatifs multiples, chacun enrichissant le paysage culturel à sa manière.


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