Avec son sens aigu de l’observation et un sens du dialogue inimitable, Nicole de Buron a capté l’air du temps pendant plus de quatre décennies. Dès ses premiers écrits, la célèbre écrivaine a su transformer les tracas domestiques, les non-dits conjugaux et les mutations de la société moderne en savoureuses comédies populaires. Son œuvre a profondément marqué le paysage éditorial et audiovisuel de la seconde moitié du XXe siècle.
Derrière un humour léger en apparence, ses livres et ses scénarios posaient un regard lucide sur la condition féminine. Elle racontait le quotidien sans fard, devançant des thèmes devenus aujourd’hui centraux dans le débat public.
Des rédactions parisiennes aux premiers succès de librairie
Née à Tunis en 1929, Nicole Marie Mathilde de Buron fait ses premières armes professionnelles dans la presse. Elle travaille comme journaliste au magazine Marie Claire avant de se consacrer pleinement à l’écriture littéraire. Cette formation journalistique nourrit son sens de la formule percutante et son regard affûté sur la vie quotidienne.
En 1958, elle signe son premier grand coup d’éclat avec le roman Les Pieds sur le bureau. L’ouvrage séduit immédiatement le public et les professionnels du livre. Cette publication inaugurale lui vaut d’ailleurs de remporter le prestigieux prix Courteline la même année, lançant ainsi une carrière littéraire prolifique.
L’univers romanesque : miroir tendre et piquant du quotidien
Au fil des décennies, Nicole de Buron construit une œuvre romanesque singulière qui repose sur une autodérision constante. Elle adopte fréquemment une narration à la deuxième personne du pluriel, créant une proximité immédiate avec son lectorat. Ses récits mettent en scène une tribu familiale haute en couleur : l’héroïne, son époux, les enfants et petits-enfants, sans oublier l’inénarrable chien Roquefort.
Sous le prisme du rire, l’autrice aborde des sujets intimes et sociétaux bien réels. Elle dissèque la routine du mariage, la charge mentale des mères de famille, mais aussi les passages à vide psychologiques, le monde du spectacle et les méandres administratifs. Les éditeurs considèrent aujourd’hui cette approche comme une matrice précurseure de la littérature feel good et de la chick lit contemporaine.
La romancière française enchaîne les réussites en librairie, à l’image de Vas-y maman !, Dix jours de rêve ou Mais t’as tout pour être heureuse !. Dans les années 1980 et 1990, son lectorat fidèle plébiscite des titres devenus incontournables :
- Qui c’est, ce garçon ? (récompensé par le Prix du Livre de l’été)
- C’est quoi, ce petit boulot ?
- Arrêtez de piquer mes sous !
- Où sont mes lunettes ?
- Chéri, tu m’écoutes ? … alors, répète ce que je viens de dire
- Mon cœur, tu penses à quoi ? … à rien !
- Docteur, puis-je vous voir… avant six mois ?
Le succès commercial confirme cette popularité exceptionnelle. Son ouvrage Chéri, tu m’écoutes ? dépasse ainsi les 150 000 exemplaires vendus. En 2003, elle se hisse même au troisième rang des auteurs de fiction les plus vendus en France. Au milieu des années 1990, elle poursuit cette aventure littéraire chez Plon aux côtés de l’éditrice Muriel Beyer. Elle livre également un récit mémoriel plus intime, C’est fou ce qu’on voit de choses dans la vie !, où elle revient sur ses souvenirs d’enfance et ses épreuves.
Écran noir et petit écran : l’aventure audiovisuelle
Le talent de conteuse de Nicole de Buron s’exporte rapidement vers la télévision. Dès 1965, elle adapte son univers pour la série télévisée Les Saintes Chéries. Porté par le duo Micheline Presle et Daniel Gélin, ce feuilleton culte dépeint la vie d’un couple moderne et rassemble des millions de téléspectateurs jusqu’en 1970. Plus tard, elle signe les scénarios et dialogues d’autres séries comme Qui c’est ce garçon ? en 1987 et C’est quoi ce petit boulot ? en 1991.
Parallèlement, la créatrice de romans s’illustre dans le septième art en écrivant le scénario de six comédies majeures. Elle collabore notamment avec le cinéaste Gérard Pirès sur deux grands succès populaires des années 1970 : Erotissimo, avec Annie Girardot, puis Elle court, elle court la banlieue, réunissant Marthe Keller et Jacques Higelin. En 1978, elle franchit une étape supplémentaire en réalisant elle-même le film Vas-y maman, où elle retrouve Annie Girardot en tête d’affiche.
Toutefois, l’envers du décor du show-business finit par lasser l’artiste. En 1976, elle reçoit le Grand prix de l’Humour pour Arrête ton cinéma !, un livre réédité en 1995 dans lequel elle détaille avec verve les désillusions et aléas techniques des plateaux de tournage. Cet ouvrage marque son retrait progressif du monde cinématographique au profit de l’écriture romanesque.
Entre Paris et Castelreng : un ancrage terrien méconnu
Loin des salons parisiens et des studios de tournage, Nicole de Buron partageait son existence avec l’homme d’affaires Jean Bruel, le créateur de la Compagnie des Bateaux-Mouches qu’elle épouse en 1965. Mère de deux filles, elle conserve un ancrage très fort dans le sud de la France, où elle cultive une passion exigeante pour la terre.
Dans l’Aude, près de Limoux, elle dirige pendant de longues années le domaine agricole et viticole de « La Flassane » à Castelreng. Cette activité agricole lui vaut d’ailleurs de recevoir la médaille du Mérite agricole pour son engagement dans l’exploitation de ses vignes, dont la gestion a été transmise en 2014.
Disparue en décembre 2019 à l’âge de 90 ans, l’autrice repose dans le cimetière de Castelreng. Elle laisse derrière elle une œuvre pionnière qui continue d’inspirer les auteurs contemporains de comédies familiales et de chroniques de mœurs.






