Samuel Perche pose dans son atelier entouré de ses sculptures et de ses peintures

Samuel Perche : de la série « La vie devant nous » aux sculptures engagées

Quitter la lumière des projecteurs pour explorer la matière brute et les récits intimes est un chemin singulier. L’artiste Samuel Perche incarne pleinement cette métamorphose contemporaine, passant du métier de comédien à celui de plasticien engagé.

Né à Rennes en 1979, cet artiste pluridisciplinaire signe aujourd’hui ses créations visuelles sous le pseudonyme « sam·e ». À travers la peinture et la sculpture monumentale, sa démarche interroge les représentations du corps masculin, la vulnérabilité et les mémoires marginalisées.

Des planches aux écrans de télévision : les débuts de comédien

Après l’obtention de son baccalauréat et un passage sur les bancs universitaires, Samuel Perche se tourne très vite vers le spectacle vivant dans sa ville natale. Il participe dès les années 1990 à plusieurs ateliers de recherche théâtrale et perfectionne son jeu, notamment lors d’un stage dirigé par Stanislas Nordey autour de l’œuvre de Pier Paolo Pasolini.

Cette formation rigoureuse lui ouvre les portes des scènes parisiennes durant près de quinze ans. Au début des années 2000, le jeune comédien partage l’affiche de la pièce à succès Le Squat aux côtés de comédiennes chevronnées comme Marthe Mercadier et Claude Gensac. En parallèle, il s’illustre dans des créations plus intimistes telles que Cité des oiseaux ou De 1999 à hier.

Le grand public découvre véritablement son visage sur le petit écran en 2002. L’acteur incarne alors Constant de Courbel dans La vie devant nous, une série télévisée emblématique de l’époque qui aborde de front les doutes adolescents et la découverte de l’homosexualité. Ce rôle récurrent marque toute une génération de téléspectateurs.

Au cinéma, le comédien fait des apparitions remarquées, notamment dans le long métrage d’Étienne Durand-Cohen intitulé La Confusion des genres, ainsi que dans Marie-Line de Mehdi Charef. Sa prestation dans le court métrage La Chambre des parents de Pascale Breton lui permet d’ailleurs d’obtenir une distinction prestigieuse :

  • Obtention du Prix Talents Cannes Adami en 2001.
  • Participation à divers téléfilms policiers et dramatiques (R.I.S. Police scientifique, Le Grand Patron).
  • Co-écriture de pièces explorant l’identité contemporaine, à l’image du texte Just Be.

La rupture de 2013 : le choix des arts plastiques à La Réunion

Malgré une carrière d’acteur bien établie, le besoin de créer sans filtre pousse l’artiste vers un tournant radical. En 2013, Samuel Perche décide de mettre un terme à ses activités sur les plateaux parisiens pour poser ses valises sur l’île intense, au cœur de l’océan Indien.

Ce dépaysement géographique s’accompagne d’une profonde remise en question créative. Il intègre alors l’École supérieure d’art de La Réunion pour y réapprendre le geste, la matière et les concepts visuels. En 2017, à l’âge de 37 ans, il en sort diplômé et entame officiellement sa seconde vie en tant qu’artiste-auteur plasticien.

Sous la signature « sam·e », l’artiste trouve un espace d’émancipation totale. Ses créations s’affranchissent des attentes pour aborder frontalement les questions de genre, d’intimité et de résilience face aux blessures du passé.

Déconstruire la virilité : la démarche plastique de sam·e

La pratique artistique développée par Samuel Perche se rattache aux courants de la Figuration libre et du Body Art. En travaillant le bois brut, le dessin et la peinture acrylique, l’artiste refuse l’esthétique figée d’une virilité conquérante pour privilégier la tendresse, le désir et l’inconfort.

Dans sa réflexion conceptuelle, l’artiste envisage le corps masculin comme lieu de résistance face aux normes hétéronormatives dominantes. Ses toiles aux couleurs vives et ses volumes imposants révèlent des personnages vulnérables, souvent capturés dans des postures d’abandon ou d’introspection.

Plusieurs temps forts jalonnent son parcours d’exposition dans l’océan Indien et au-delà :

  • @Corpus (2017) : Première exposition personnelle de sculptures monumentales à la Galerie TEAT Champ Fleuri de Saint-Denis.
  • NO·MAN·MEN (2022) : Présentation personnelle de peintures acryliques explorant les figures masculines plurielles à Grand-Bois.
  • Les Étreintes (2025) : Création d’une monumentale structure sculptée en bois mesurant six mètres de long, figurant deux hommes enlacés entre deuil et soutien mutuel.

Certaines de ses œuvres dialoguent également avec l’actualité tragique du monde méditerranéen. En s’inspirant de clichés de photojournalistes, le plasticien a notamment sculpté des figures allongées rendant hommage aux migrants disparus en mer, un travail analysé avec finesse par la philosophe Aude-Emmanuelle Hoareau.

Militantisme LGBTQIA+ et commissariat d’art dans l’océan Indien

L’engagement de l’artiste dépasse largement le cadre de son atelier. Durant sa décennie réunionnaise, Samuel Perche s’implique activement dans les luttes sociales locales et le développement des structures culturelles insulaires.

En 2021, il participe activement à l’organisation de la première Marche des Fiertés de l’île, un événement historique pour la visibilité des minorités sexuelles et de genre dans la région. L’année suivante, il devient l’un des cofondateurs et coordinateurs du Centre LGBTQIA+ de La Réunion.

Sur le plan institutionnel, il déploie également ses compétences de directeur artistique et de commissaire d’exposition. Il pilote plusieurs projets curatoriaux d’envergure, à l’instar des cycles Terra Incognita ou de l’exposition Au loin s’encombrent accueillie au Pavillon Martin par le Fonds régional d’art contemporain (FRAC Réunion).

Ses toiles et dessins rejoignent par ailleurs des collections privées via des galeries d’art contemporain internationales, diffusant son regard queer bien au-delà des frontières réunionnaises.

Le retour aux racines bretonnes et les nouvelles perspectives

Après plus de dix années passées sous les tropiques, l’artiste revient s’installer au début de l’année 2024 dans sa région natale, en Bretagne. Ce retour aux sources marque une nouvelle étape dans sa recherche plastique, toujours ancrée dans le dialogue entre force monumentale et fragilité émotionnelle.

Au printemps 2025, Samuel Perche participe ainsi à l’événement Jardin des Arts à Châteaubourg, investissant le parc de sculptures d’Ille-et-Vilaine avec ses installations sur bois grand format. Ses œuvres y interrogent le spectateur sur la mémoire collective et le pouvoir réparateur du geste artistique.

En réconciliant son passé d’acteur et sa rigueur de sculpteur, l’artiste prouve que le corps demeure le plus puissant des manifestes. Son itinéraire témoigne d’une liberté rare, guidée par la volonté constante de réparer les récits invisibilisés et de réinventer nos regards sur l’humain.


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