Dans le paysage de l’humour francophone, Yacine Belhousse occupe une place à part. Loin du stand-up agressif ou des facilités du quotidien, ce comédien cultive un univers singulier où l’imaginaire côtoie la poésie et le non-sens. Avec une élégance discrète et une bienveillance constante, il façonne depuis plus de deux décennies une comédie surréaliste qui captive aussi bien les salles parisiennes que les festivals internationaux.
Né à Paris en 1981, l’artiste refuse les étiquettes faciles. Humoriste, scénariste, réalisateur et comédien, il transforme ses doutes et sa timidité en un puissant moteur créatif. Son parcours témoigne d’une curiosité sans limites et d’un amour sincère pour la scène.
Une vocation forgée entre curiosité scientifique et planches de théâtre
Des bancs de la fac aux scènes parisiennes
Rien ne prédestinait immédiatement le jeune homme aux projecteurs du music-hall. En 2000, il entame des études universitaires de biologie à Paris-XIII Bobigny. Cette parenthèse scientifique, bien que courte, nourrit durablement son imaginaire et lui inspire plus tard son célèbre sketch sur l’homme préhistorique. Cependant, la passion des planches reprend rapidement le dessus.
Après une formation classique au lycée, il cofonde à 19 ans une troupe au nom délicieusement décalé : « Des gens pas très très marrants mais qui font ce qu’ils peuvent et c’est pas facile facile tous les jours… ». Il affine son écriture théâtrale à Stains aux côtés de Kamel Ouarti, puis réussit le concours d’entrée au Conservatoire d’Art Dramatique de Paris parmi plusieurs centaines de candidats. Dès lors, il multiplie les ateliers d’improvisation et les stages de clown pour enrichir son jeu d’acteur.
L’émulation des collectifs et l’esprit de troupe
Au début des années 2000, l’humoriste français s’entoure d’artistes passionnés. Il intègre notamment le collectif La Famille, fondé par Jacky Ido. C’est dans ce cadre chaleureux, lors de soirées de projection de courts-métrages à Saint-Denis, qu’il rode ses premiers textes de stand-up.
Durant cette période d’apprentissage, Yacine Belhousse découvre la scène comique américaine et britannique. La captation du spectacle de Jerry Seinfeld en 1999 constitue pour lui un véritable déclic stylistique. Admirateur fervent des Monty Python et du burlesque anglo-saxon, il cherche une voie alternative au seul-en-scène traditionnel français.
Du Jamel Comedy Club aux scènes du monde entier
L’explosion médiatique avec la troupe de Jamel Debbouze
L’année 2006 marque un tournant décisif. Repéré par Jamel Debbouze et Kader Aoun, Yacine Belhousse rejoint la troupe inaugurale du Jamel Comedy Club sur Canal+. Pendant trois saisons, il impose sa silhouette lunaire et son style raffiné face au grand public.
Son duo avec son complice Dédo, notamment autour de la parodique « Chanson du Geek », devient rapidement culte. Cette aventure collective propulse le comédien sur les plus grandes scènes, du Casino de Paris jusqu’au festival Juste pour rire de Montréal. En 2009, il présente son premier spectacle solo au Comedy Club avant de partir en tournée nationale.
L’aventure internationale aux côtés d’Eddie Izzard
Son style comique très visuel et universel attire l’attention des maîtres du genre. La légende britannique de l’absurde, Eddie Izzard, tombe sous le charme de son écriture et l’invite à assurer ses premières parties à l’Olympia puis en tournée mondiale. Encouragé par cette rencontre majeure, le stand-upper relève un défi audacieux : écrire et jouer un spectacle intégralement en anglais.
Il présente son spectacle anglophone Made in France pendant un mois complet au prestigieux Festival Fringe d’Édimbourg. Cette expérience internationale l’emmène ensuite sur scène dans de nombreux pays, de l’Afrique du Sud au Japon en passant par l’Allemagne et la Russie. Cette ouverture rare pour un humoriste tricolore confirme la portée transfrontalière de son comique.
Un imaginaire absurde : poésie, science-fiction et bienveillance
Une écriture surréaliste loin des sentiers battus
L’univers de Yacine Belhousse repose sur une mécanique singulière. Ses sketchs convoquent des éléments inattendus : des flaques extraterrestres douées de parole, des rencontres fantastiques avec un renard magique ou une réécriture pacifiste de l’hymne national. Il aime déconstruire la grande Histoire comme les détails anodins du quotidien.
Ses spectacles solo, de 2021 à son passage remarqué à L’Européen avec 2024, explorent les angoisses humaines par le prisme du rêve. Les critiques saluent régulièrement cette virtuosité comique :
- « Un stand-up iconoclaste, résolument surréaliste, fin et intelligent », résume Eddie Izzard.
- Le quotidien Le Parisien souligne sa foi inébranlable dans l’absurde et sa capacité à captiver le public dans une fantaisie ininterrompue.
- La presse nationale le dépeint comme un créateur attachant, malin et indispensable à la scène française.
L’humour comme langage universel
Grand timide revendiqué, l’artiste envisage la comédie comme une véritable passerelle entre les êtres. Pour lui, le rire ne doit ni diviser ni blesser, mais rassembler autour de notre vulnérabilité commune. Cette approche chaleureuse confère à ses prestations une tonalité douce et réconfortante.
Écran, web et formats courts : un créateur protéiforme
Des séries cultes au grand écran
En parallèle de la scène, Yacine Belhousse prête son talent à des projets audiovisuels marquants. Les téléspectateurs se souviennent de ses apparitions mémorables dans la série à succès Bref., où il personnifie avec brio les concepts abstraits de « Demain » et de « La Solitude ». Il tient également l’un des rôles principaux de la série d’anticipation Dead Landes sur France 4.
Au cinéma, il s’illustre dans des registres variés. Le public le retrouve notamment dans :
- L’Afrance d’Alain Gomis, marquant ses débuts sur grand écran ;
- Pauvre Richard, aux côtés de Frédéric Diefenthal et Smaïn ;
- La comédie déjantée Pop Redemption, où il campe le guitariste d’un groupe de black metal en cavale ;
- Des productions populaires plus récentes comme Les Segpa.
Le phénomène des chaussettes et la scène web
L’artiste s’empare également d’Internet pour expérimenter des concepts décalés. Avec son comparse Dédo, il lance la web-série parodique L’histoire racontée par des chaussettes. Grâce à des marionnettes rudimentaires et des dialogues savoureux, le programme revisite les grands événements historiques et cumule des millions de vues.
Proche des créateurs du collectif Golden Moustache et de Suricate, il participe au long-métrage Les Dissociés ainsi qu’à de multiples sketchs vidéo. Cette liberté de ton illustre sa volonté constante de renouveler les formes de la narration comique.
En traçant son sillon avec constance et fantaisie, Yacine Belhousse prouve que l’humour absurde peut toucher un large public sans jamais renier son exigence artistique, laissant présager de futures créations toujours aussi surprenantes.






