Yann Guillarme sur scène, micro à la main, devant un public sous des projecteurs bleus

Yann Guillarme : le trublion lyonnais qui bouscule l’humour populaire

Que se passe-t-il lorsqu’un directeur de supermarché décide de tout plaquer pour monter sur les planches ? Pour le savoir, il suffit d’observer le parcours de Yann Guillarme. Cet artiste au tempérament de feu s’est imposé comme une voix singulière dans le paysage culturel, incarnant une passerelle rafraîchissante entre la province et les projecteurs parisiens.

Loin des parcours d’humoristes formatés, Yann Guillarme insuffle une énergie débordante à chacun de ses projets. Entre ses chroniques piquantes à la télévision et ses spectacles de stand-up survoltés, il cultive un style généreux et sans filtre qui séduit un public de plus en plus large.

Du commerce aux planches : la naissance d’une vocation

Un virage radical à vingt-cinq ans

Rien ne prédestinait cet entrepreneur en herbe à une carrière sous les projecteurs. Originaire de Lyon, le jeune homme décroche d’abord un diplôme d’école de commerce. À l’âge de 25 ans, sa vie est déjà bien installée : il travaille comme directeur de supermarché et mène une existence paisible, rythmée par sa villa et sa pelouse tondue dans un village lyonnais de 1 500 habitants. Pourtant, l’appel de la comédie est trop fort, le poussant à abandonner ce confort matériel pour se jeter dans l’inconnu.

L’apprentissage auprès des grands de Lyon

Pour concrétiser son rêve, Yann Guillarme intègre l’Acting Studio à Lyon. C’est dans cette école réputée qu’il fait ses armes sous la direction bienveillante de sa marraine de scène Joëlle Sevilla, figure incontournable du théâtre lyonnais et mère d’Alexandre Astier. Cette formation rigoureuse lui permet de côtoyer d’autres futurs talents comme Bérengère Krief et d’acquérir les bases solides d’un jeu physique et généreux.

Ses premiers pas professionnels confirment rapidement son potentiel. En 2006, il décroche un rôle de marchand dans la célèbre série Kaamelott aux côtés d’Alexandre Astier. Par la suite, il s’illustre dans des registres plus classiques, interprétant Don Quichotte ou jouant dans Les Précieuses ridicules, tout en se faisant remarquer lors de plusieurs éditions du Festival d’Avignon.

L’explosion sur scène : une tornade de one-man-shows

Des personnages déjantés aux confessions intimes

C’est véritablement dans l’art du seul-en-scène que l’artiste révèle toute sa démesure. Dès 2014, il rode son style avec le spectacle On n’est pas à l’abri d’un succès ! au Boui-Boui café théâtre. Deux ans plus tard, il s’installe au Théâtre Les Blancs Manteaux avec Fout le bordel !, un show explosif où il campe des personnages mémorables, allant d’un colonel entraînant des spermatozoïdes à un enseignant dépassé.

L’humoriste enchaîne ensuite avec Véridique, présenté notamment à l’Apollo Théâtre, puis avec J’assume en 2020 au Point Virgule. Dans ce dernier opus, il aborde avec une autodérision féroce ses 38 ans, son physique qu’il qualifie de « mi-gros », son amour pour la gastronomie riche et sa passion inattendue pour Céline Dion ou Booba.

L’affirmation de soi avec « Libre »

Son dernier spectacle, intitulé Libre, marque une nouvelle étape dans sa maturité artistique. Présenté au Palais des Glaces puis à l’Européen en 2026, ce show part en tournée nationale jusqu’en 2027 à travers plusieurs villes comme Nantes, Toulouse ou Nîmes. L’artiste y aborde des thèmes de société piquants :

  • Les contradictions politiques de ceux qui se disent de gauche mais rêvent de richesse
  • Le militantisme queer et pansexuel
  • Les absurdités de l’évasion fiscale
  • Les névroses collectives autour des intolérances alimentaires

La « caution populaire » des médias parisiens

Le relooking stratégique pour Quotidien

Parallèlement à la scène, Yann Guillarme a su conquérir les médias nationaux. Chaque vendredi soir, il propose une chronique hebdomadaire dans l’émission Quotidien animée par Yann Barthès sur TMC. Pour s’adapter aux codes de l’émission, il a adopté un look unique alliant une moustache soignée, des lunettes teintées et des vestes ajustées. Avec humour, il s’amuse de ce style en expliquant que la moustache fait chic à Paris alors qu’elle lui donne un air de policier dans sa région d’origine.

Un ton piquant entre province et capitale

Au sein de l’équipe parisienne, il se positionne volontiers comme la « caution populaire ». Il aime confronter le public parisien aux réalités de la province et de la campagne. Ses interventions de quelques minutes mêlent habilement le stand-up et le décryptage de l’actualité.

Cette exposition médiatique s’accompagne toutefois d’une réflexion sur les limites de la liberté d’expression. Bien qu’il prône une liberté totale sur scène, l’humoriste admet s’autocensurer davantage à la télévision, notamment sur les sujets qu’il maîtrise moins, afin d’éviter la violence gratuite des réseaux sociaux. En dehors des plateaux, il préserve son équilibre personnel auprès de sa compagne depuis près de vingt ans, qui reste sa première et sa plus exigeante critique artistique.


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