Dans le paysage économique lyonnais, succéder à une figure aussi charismatique que Jean-Michel Aulas relève d’un défi d’envergure. C’est précisément la trajectoire qu’emprunte aujourd’hui Alexandre Aulas en reprenant les rênes opérationnelles de l’empire familial. Longtemps resté en retrait des projecteurs, le dirigeant insuffle désormais une dynamique nouvelle à la holding Holnest, marquant une transition managériale majeure.
Sous son impulsion, la stratégie d’investissement de la famille a profondément pivoté. Délaissant progressivement les secteurs historiques du logiciel et du football, le family office se tourne résolument vers le capital-risque et le divertissement à grande échelle. Cette réorientation s’incarne de manière spectaculaire à travers l’acquisition de la LDLC Arena. Ce projet d’envergure place directement le chef d’entreprise sur le devant de la scène.
Le parcours autonome d’Alexandre Aulas, loin de l’écosystème paternel
L’apprentissage de la finance internationale et de l’entrepreneuriat
Avant de codiriger les affaires familiales, le jeune Lyonnais a tenu à tracer son propre chemin professionnel. Après avoir obtenu son diplôme à l’école de commerce ESDES Lyon, il choisit de faire ses armes dans la finance internationale. Il rejoint d’abord la prestigieuse banque d’affaires Rothschild à New York en fusions-acquisitions. Ensuite, il intègre le fonds Apax Partners à Paris en tant qu’ analyste en Private Equity.
Par la suite, l’entrepreneur se frotte aux réalités du terrain en se lançant dans la restauration. En 2011, il reprend le Café Mademoiselle à Lyon. Il codirige ensuite un second établissement à Londres, deux affaires revendues en 2013. Il consolide ensuite son profil opérationnel chez Wyz Group, un éditeur de solutions digitales automobiles, dont il pilote avec succès le développement en Suède.
Les premiers pas stratégiques au sein de la holding familiale
Son retour au sein de la structure familiale s’effectue progressivement à partir de 2011. Sous la supervision de Patrick Bertrand, bras droit historique de son père, il s’implique activement dans les dossiers les plus complexes de l’Olympique Lyonnais. Il participe notamment aux négociations serrées pour le financement du Groupama Stadium avec dix-sept partenaires bancaires. De plus, il travaille sur l’entrée du fonds chinois IDG Capital au capital du club en 2016.
Fort de ces réussites financières marquantes, Alexandre Aulas accède officiellement à la direction générale de la holding Holnest en 2017. Ce passage de témoin opérationnel lui permet de restructurer le portefeuille d’actifs de la famille et d’imprimer sa propre marque stratégique sur l’avenir de l’entreprise.
La révolution Holnest : cap sur la tech et le capital-risque
Le Club Holnest, moteur d’innovation de l’entrepreneur
Sous la direction de l’entrepreneur, Holnest a opéré une mutation profonde après les ventes successives de l’éditeur Cegid et de l’Olympique Lyonnais. La holding, qui gère un portefeuille d’environ trente participations minoritaires, affiche pour son bilan 2024 un résultat net de 8,96 millions d’euros.
Pour structurer cette démarche, Alexandre Aulas a créé en 2018 le Club Holnest, un réseau paritaire et intergénérationnel. Ce collectif investit des tickets financiers significatifs dans des start-ups innovantes en phase d’amorçage ou de Série A. Parmi les pépites soutenues figurent notamment le moteur de recherche juridique Jus Mundi, l’outil d’analyse eXplain, ou encore la jeune pousse Onafis, spécialisée dans le suivi technologique de la vinification.
La LDLC Arena : le chef d’entreprise en première ligne
Un rachat stratégique à 160 millions d’euros
Le véritable coup d’éclat d’Alexandre Aulas se concrétise en juin 2024 avec le rachat de la LDLC Arena de Décines-Charpieu. Face à la volonté d’Eagle Football Group de se séparer de cette salle moderne, le jeune dirigeant convainc son père de se positionner sur cet actif stratégique. L’acquisition, estimée entre 160 et près de 170 millions d’euros, s’accompagne de la création de la société d’exploitation ThrillStage, dont il prend la présidence.
Pour mener à bien cette opération d’envergure, le chef d’entreprise a su fédérer un solide tour de table composé d’une douzaine de co-investisseurs de premier plan. On y retrouve des acteurs économiques majeurs comme Xavier Niel ou Groupama Rhône-Alpes Auvergne, mais également des figures régionales et sportives telles que le gardien de but Anthony Lopes.
Ambitions olympiques et extension événementielle
L’ambition pour cette enceinte de grande capacité est particulièrement élevée, avec un objectif à terme de près de 150 événements annuels. Outre l’accueil de concerts d’artistes internationaux comme Dua Lipa ou Katy Perry, la structure se positionne sur la scène sportive mondiale. La LDLC Arena a ainsi déposé sa candidature officielle pour accueillir les épreuves de hockey sur glace lors des Jeux olympiques d’hiver de 2030.
En parallèle, Alexandre Aulas pilote le projet d’extension modulable baptisé « Le Cube », destiné à offrir un format plus intimiste de 1 500 à 3 000 places au sein de l’arène. Ce développement continu vise à diversifier l’offre culturelle et corporative de l’établissement, tout en consolidant un objectif de 40 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.
Une transition managériale sous l’œil du public
Complicité retrouvée et indépendance politique
Cette collaboration quotidienne a également permis de resserrer les liens familiaux. Dans son autobiographie parue au printemps 2023, Jean-Michel Aulas confiait regretter de ne pas avoir partagé ces moments plus tôt, célébrant la complicité retrouvée avec son fils unique. Néanmoins, Alexandre Aulas veille à conserver une stricte étanchéité entre les affaires et la politique, alors que son père brigue la mairie de Lyon pour les élections municipales de 2026.
Face aux critiques de l’opposition écologiste locale évoquant de potentiels conflits d’intérêts avec l’exploitation de la LDLC Arena, le jeune dirigeant réfute fermement ces accusations. Il rappelle régulièrement qu’il n’a aucune ambition politique personnelle et que sa présence aux rassemblements de campagne relève exclusivement du soutien familial.
L’anecdote de l’homonymie sportive
Par ailleurs, le nom d’Alexandre Aulas réserve parfois des surprises insolites. Le chef d’entreprise partage en effet son patronyme exact avec un ancien coureur cycliste professionnel français né la même année. Ce sportif a notamment couru sous les couleurs de l’équipe Cofidis et remporté des étapes sur le Tour du Japon avant que le dirigeant de Holnest n’en plaisante publiquement pour dissiper les confusions.
Pour se prémunir de l’exposition médiatique inhérente à son nom de famille, l’homme d’affaires applique une stratégie de discrétion numérique rigoureuse. Sur les réseaux sociaux professionnels et personnels, il préfère ainsi utiliser des pseudonymes protecteurs afin de préserver sa vie privée et celle de ses deux enfants.
En s’affirmant comme le nouveau maître d’œuvre de Holnest, Alexandre Aulas démontre sa capacité à transformer l’héritage familial. Sa gestion pragmatique de la LDLC Arena et son détachement des joutes politiques dessinent le profil d’un décideur de sa génération. Ce dernier reste résolument tourné vers l’avenir économique de la métropole lyonnaise.






