Multiplier ses arbustes préférés est un plaisir incomparable pour tout jardinier. En effet, réussir la bouture d’un rosier permet de recréer fidèlement la beauté d’un plant de rosier apprécié, tout en faisant de belles économies. Cette méthode de multiplication végétative offre un clone parfait de la plante mère, même si elle demande un peu de patience et de méthode.
Les bases physiologiques et le cadre légal de la bouture de rosier
Un clone parfait sur ses propres racines
Le bouturage consiste à prélever un fragment de la plante mère pour lui faire développer ses propres racines. Le résultat est une plante génétiquement identique, qui hérite de toutes les qualités et des défauts du sujet d’origine. Cependant, de légères variations de vigueur ou de couleur peuvent parfois apparaître. En effet, contrairement aux sujets du commerce souvent greffés, une bouture de rosier pousse sur ses propres racines.
Vigueur, longévité et patience au jardin
Les rosiers ainsi obtenus gagnent généralement en longévité. Ils ne risquent pas d’être supplantés par un porte-greffe trop vigoureux. Néanmoins, certaines variétés sensibles peuvent s’avérer moins vigoureuses que leurs homologues greffés. De plus, un sol calcaire peut pénaliser ces plantes non greffées. Il faut donc s’armer de patience, car il faut compter au moins deux ans et parfois jusqu’à quatre ans pour obtenir un buisson robuste et généreusement fleuri.
Ce que dit la loi sur la multiplication des roses
Avant de couper la moindre tige de rosier, il convient de vérifier sa variété. La plupart des créations modernes sont protégées par un Certificat d’Obtention Végétale (COV). Ce statut interdit formellement leur reproduction commerciale. En revanche, la réglementation tolère le bouturage pour un usage strictement privé et familial.
Choisir le bon moment pour réussir une bouture de rosier
La bouture de rosier semi-ligneuse : la méthode reine de l’été
C’est la technique la plus accessible et celle qui offre le meilleur taux de réussite. Elle se pratique de juin à octobre, avec une période idéale en août et septembre. À cette période, les tiges de l’année commencent à se lignifier, c’est-à-dire que le bois vert commence à durcir. Bien que ces boutures d’été s’enracinent rapidement, elles exigent une surveillance constante de l’humidité du sol.
Les rameaux à bois sec pour l’hiver
Cette approche s’adresse plutôt aux jardiniers expérimentés. Elle se réalise de la fin de l’automne à l’hiver, principalement entre la fin octobre et le mois de février. On prélève alors des rameaux complètement aoûtés, en plein repos végétatif. Le processus est plus long, mais il permet d’obtenir au printemps des plantes particulièrement robustes.
Les tiges herbacées du printemps
Dès le mois de mai ou juin, lorsque la végétation redémarre, on peut tenter le bouturage herbacé sur de jeunes pousses tendres et flexibles. Toutefois, cette méthode s’avère délicate. Les tiges très molles perdent rapidement leur eau, ce qui les amène souvent à sécher et mourir avant d’avoir pu s’enraciner.
La préparation minutieuse du greffon de rosier
Sélectionner le bon rameau
Pour maximiser vos chances, prélevez votre matériel sur un rosier mature, vigoureux et totalement exempt de maladies. Choisissez une tige de l’année bien droite, ayant récemment fleuri, d’un diamètre équivalent à celui d’un crayon. Les rameaux situés sur les flancs latéraux de l’arbuste s’enracinent d’ailleurs mieux que ceux du centre.
Les étapes de la coupe pour une bouture de rosier
Pour réussir votre bouture de rosier, respectez ces étapes simples :
- Désinfectez soigneusement votre sécateur à l’alcool à 90° pour éviter la transmission de maladies.
- Prélevez un rameau d’une longueur de 10 à 30 centimètres.
- Coupez le haut en biais, juste au-dessus d’un œil, pour faciliter l’écoulement de la pluie.
- Coupez la base bien droit, juste sous un nœud.
- Pratiquez éventuellement une légère incision verticale de 0,5 centimètre à la base pour stimuler les futures racines.
L’habillage de la tige de rosier
Une fois la tige coupée, vous devez l’« habiller » pour limiter la perte d’énergie. Supprimez d’abord les fleurs fanées, les boutons et les fruits pour que la plante se concentre sur sa survie. Retirez ensuite toutes les feuilles sur la moitié inférieure de la bouture afin d’éviter qu’elles ne pourrissent dans le sol.
Au sommet, ne conservez qu’une à trois feuilles pour maintenir la photosynthèse, et réduisez leur surface en ne laissant que deux à quatre folioles. Enfin, ôtez délicatement les épines de la partie enterrée. Ces petites blessures stimuleront l’apparition des racines.
Stimuler l’enracinement : hormones et alternatives naturelles
L’usage des hormones de synthèse
Bien que facultative, l’utilisation d’un inducteur de racines sécurise grandement l’opération. Vous pouvez humidifier la base de la tige sur 3 centimètres et la tremper dans de l’hormone de bouturage en poudre. Cette dernière est souvent jugée plus efficace sous sa forme en poudre que le gel. Tapotez pour éliminer l’excès. Pour ne pas essuyer cette poudre lors de la plantation, faites toujours un avant-trou dans le sol avec un crayon avant d’y glisser la tige.
Les recettes naturelles à base de saule
Si vous préférez les méthodes naturelles, l’eau de saule est une excellente alternative. Ce macérat d’osier est naturellement très riche en auxines, des hormones végétales d’enracinement. Pour la préparer, coupez de jeunes branches de saule sans feuilles en morceaux de 10 centimètres. Faites-les ensuite macérer dans de l’eau de pluie pendant 48 heures à quelques jours. Trempez la base de vos boutures dans ce liquide gélifié avant la mise en terre. D’autres jardiniers utilisent du miel, de la cannelle ou du sucre glace.
Substrats, mise en terre et techniques de forçage de la bouture de rosier
Un sol léger et drainant
Pour réussir la bouture de vos rosiers, le substrat doit être très léger, poreux et pauvre en nutriments pour ne pas brûler les jeunes racines naissantes. Vous pouvez opter pour un mélange à parts égales de sable de rivière et de terreau tamisé. Un mélange composé d’un tiers de terre fine, d’un tiers de sable et d’un tiers de terreau convient également très bien.
Utilisez un pot percé au fond ou optez pour une plantation directe en pleine terre dans un espace ombragé. Enfoncez la tige sur un tiers à deux tiers de sa hauteur, en veillant à enterrer les premiers yeux, puis tassez fermement pour chasser l’air.
La culture à l’étouffée pour conserver l’humidité
Pour empêcher la bouture de se dessécher, la méthode « à l’étouffée » est idéale. Elle consiste à maintenir une humidité constante autour des feuilles en coiffant le pot d’une cloche en verre, d’une bouteille en plastique coupée ou d’un sac transparent. Veillez toutefois à aérer régulièrement le dispositif pour chasser les moisissures. Placez le tout dans un endroit chaud (entre 20°C et 25°C) et très lumineux, mais impérativement à l’abri du soleil direct pour éviter une surchauffe mortelle.
L’hivernage des jeunes plants
Durant leur premier hiver, chaque bouture de rosier est sensible au gel. Il est conseillé de les abriter sous un châssis froid, dans une véranda non chauffée ou sous un paillis de feuilles. La température ne doit idéalement pas descendre sous les 5°C. Durant cette période de repos, réduisez les arrosages au strict minimum.
Le calendrier de reprise et la sensibilité des variétés pour la bouture de rosier
Les signes de réussite et la transplantation
Après une dizaine de jours, l’apparition de nouveaux bourgeons est un excellent signe de reprise. Si la tige reste bien verte et offre une légère résistance lorsque vous tirez doucement dessus, c’est que les racines se forment. Une fois la croissance bien démarrée, retirez définitivement la cloche.
Au printemps suivant, repiquez vos jeunes rosiers dans des pots individuels plus grands avec un terreau plus riche. Enfin, à l’automne, soit environ un an après le début de l’aventure, vous pourrez installer votre nouveau rosier à son emplacement définitif au jardin.
Quelles variétés de rosiers choisir ?
Le taux de réussite de la bouture de rosier dépend fortement de la variété choisie. Certains rosiers se bouturent avec une grande facilité, tandis que d’autres s’avèrent très récalcitrants.
Voici les variétés les plus faciles à multiplier :
- Les rosiers grimpants et les rosiers lianes comme le célèbre Albéric Barbier ou François Juranville.
- Les rosiers paysagers et couvre-sol comme The Fairy, Bonica ou Opalia.
- Les rosiers anciens non greffés et les rosiers à petites fleurs.
- Les rosiers du groupe des hybrides de Noisette, Polyantha, Bengale ou Bourbon.
- Les rosiers du groupe Rugosa.
À l’inverse, évitez de vous lancer au début avec des hybrides de thé très sophistiqués, des cultivars modernes à grosses fleurs ou des rosiers miniatures, dont le bouturage reste très aléatoire.
Les méthodes alternatives sous la loupe
La bouture de rosier dans une pomme de terre : une fausse bonne idée ?
Une technique très populaire sur Internet propose de planter la base d’une tige de rosier dans une pomme de terre crue avant d’enterrer le tout. Le tubercule est censé apporter de l’humidité et des nutriments. Cependant, de nombreux experts estiment que cette méthode n’offre aucun avantage par rapport à un terreau classique. Elle augmente surtout le risque de pourrissement de la tige.
Le bouturage dans l’eau : une controverse tenace
Une autre méthode consiste à placer la tige directement dans un verre d’eau jusqu’à l’apparition des racines. Si certains y voient la méthode la plus rapide au printemps, d’autres spécialistes affirment de manière catégorique qu’il est catégoriquement impossible de bouturer un rosier de cette façon. Devant cette discorde, la méthode traditionnelle en terre reste la plus fiable.
Le bouturage des rosiers demeure une expérience gratifiante qui permet de perpétuer les plus belles variétés de nos jardins. En respectant les étapes de coupe et en surveillant l’humidité, vous verrez rapidement vos efforts récompensés par de magnifiques floraisons.
