Chaque été, les jardiniers amateurs et professionnels se posent la même question face à la vigueur de leurs cultures. Pour obtenir de beaux fruits charnus et éviter que la végétation ne devienne rapidement incontrôlable, la gestion des gourmands de tomates s’impose comme un sujet crucial pour optimiser la production au potager. Ces pousses secondaires, qui apparaissent à l’aisselle des feuilles, divisent les passionnés entre partisans d’une taille stricte et adeptes d’un laisser-faire plus naturel.
Pourtant, derrière ce geste traditionnel de supprimer les gourmands tomates se cachent des mécanismes biologiques précis et des stratégies culturales variées. Comprendre le rôle de ces ramifications permet de faire un choix éclairé, adapté à votre climat, à vos variétés et à la place disponible dans votre jardin.
Qu’est-ce que les gourmands des tomates et comment les identifier
Une fausse réputation de parasite stérile
Scientifiquement, ce que l’on qualifie communément de « gourmand » – également appelé rejet, drageon ou entre-jet – désigne une tige ou branche secondaire qui se développe à l’aisselle supérieure des feuilles. Cette pousse prend naissance précisément dans l’angle formé entre une feuille latérale et la tige principale du plant.
Le terme « gourmand » est d’ailleurs jugé péjoratif et scientifiquement inexact par de nombreux botanistes et maraîchers. En effet, contrairement à une idée reçue affirmant de manière erronée que ces ramifications ne portent pas de fleurs, ce sont en réalité de véritables branches fertiles. Elles sont tout à fait capables de produire des feuilles, des fleurs et des fruits de qualité.
Par ailleurs, ces tiges secondaires sont entièrement vertes et feuillues. Elles participent activement à la photosynthèse globale du plant en fabriquant de l’énergie organique. Loin de seulement « consommer » la sève de la plante, elles contribuent à alimenter l’ensemble du pied de tomate.
Repérer les pousses axillaires à l’aisselle des feuilles
Pour identifier correctement ces bourgeons axillaires, il suffit d’observer les ramifications de la plante. Le gourmand s’identifie facilement à l’intersection formant un angle droit entre le tronc principal et une feuille latérale. La pousse commence sous la forme d’un minuscule bourgeon avant de s’étoffer rapidement.
Si on laisse le plant se développer librement, il adopte un port buissonnant et très dense, ce qui correspond à son état sauvage d’origine. Sans intervention, les tiges secondaires se multiplient de manière exponentielle : les gourmands produisent à leur tour d’autres gourmands. Les branches s’écartent, s’affaissent sous leur propre poids, rampent sur le sol et finissent par s’y enraciner naturellement.
Le grand débat horticole : faut-il tailler ou laisser pousser ?
Les bénéfices indéniables de la taille des gourmands tomates
La suppression régulière des gourmands de tomates présente des avantages majeurs, notamment pour les petits espaces. En limitant la croissance latérale, cette technique permet de faire grimper les plants verticalement. On réduit ainsi l’encombrement au sol, ce qui permet de planter plus serré et d’augmenter significativement le rendement au mètre carré. Les serres industrielles, qui appliquent cette méthode de manière intensive, parviennent à obtenir des rendements records d’environ 70 kg/m².
De plus, la taille des gourmands tomates concentre la sève vers l’axe principal, ce qui permet d’obtenir des fruits d’un calibre légèrement supérieur, avec un gain estimé de 10 à 20 %. Ces tomates plus grosses s’avèrent idéales pour préparer des farcis.
Cette méthode accélère également le mûrissement de dix à quinze jours, limitant le volume de tomates restant vertes en fin de saison. Sur le plan biologique, supprimer les tiges secondaires engendre une réaction de stress. Se sentant agressé, le plant accélère sa reproduction et produit des grappes de fleurs très rapprochées directement sur le tronc principal. Enfin, l’aération du feuillage facilite l’évaporation de l’humidité stagnante, ce qui diminue drastiquement le risque de propagation des maladies cryptogamiques comme le mildiou.
Les risques et inconvénients de la suppression systématique
Malgré ses atouts, la taille comporte des inconvénients notables. Chaque coupe génère une plaie ouverte sur le plant. Si vous intervenez par temps humide ou pluvieux, ces blessures deviennent une porte d’entrée pour les maladies bactériennes et fongiques.
De plus, cette opération s’avère particulièrement fastidieuse et chronophage. Elle exige un passage hebdomadaire pour pincer les nouvelles pousses. Elle implique aussi l’achat et l’installation de tuteurs individuels pour soutenir la croissance verticale.
Enfin, si l’intégralité des gourmands de tomates est coupée, le plant peut s’étirer verticalement de manière démesurée. Il atteint parfois jusqu’à quatre mètres de hauteur en fin de saison, ce qui complique grandement la récolte. Cette taille drastique réduit également le nombre total de fruits produits par pied.
La méthode de non-taille : avantages et limites
Laisser pousser les rejets de tomates séduit de plus en plus de jardiniers adeptes de la permaculture. Le premier avantage est un gain de temps considérable, puisqu’on s’affranchit d’un entretien physique et astreignant. Cette méthode préserve l’intégralité du feuillage photosynthétique, maximisant ainsi l’apport d’énergie organique à la plante. De plus, le feuillage dense crée de l’ombre au sol, ce qui limite l’évaporation de l’eau et réduit la fréquence des arrosages.
Cependant, la non-taille présente un risque sanitaire majeur. Le confinement du feuillage empêche l’air de circuler librement. En cas d’été humide, le mildiou peut s’installer et détruire l’intégralité de la culture en seulement trois jours.
Dans les régions au climat frais ou en altitude, comme dans les Alpes, le plant s’épuise à produire du feuillage et les fruits peinent à mûrir. Les tomates risquent alors de rester petites et vertes si vous ne supprimez pas les gourmands tomates de manière drastique. Enfin, cette méthode exige un espacement minimal d’un mètre en tous sens dès la plantation et nécessite des supports larges, comme des cages à tomates, pour soutenir la structure buissonnante.
Comment mener la taille des gourmands tomates selon les variétés et le climat
Croissance déterminée ou indéterminée : deux destins différents
Avant de tailler, il est crucial d’identifier le mode de croissance de vos variétés. On distingue deux catégories :
- Les variétés à croissance déterminée (ou buissonnantes) : ces plantes stoppent naturellement leur croissance après avoir produit deux ou trois bouquets de fleurs. La récolte est précoce et groupée, comme pour les variétés Roma, Joyaux d’Idaho, Ida Gold ou Stupice. Il ne faut jamais tailler leurs gourmands, sous peine de supprimer les futures branches fructifères. Dans le Sud, elles peuvent ramper au sol, tandis que dans le Nord ou en Belgique, il convient de les pailler, de les butter et de les palisser pour éviter le contact avec la terre humide.
- Les variétés à croissance indéterminée : la plante continue de grandir, de fleurir et de fructifier tant que les conditions météorologiques le permettent. Pour ces variétés, la taille des gourmands de tomates et le tuteurage sont indispensables pour canaliser la végétation.
Le bon calendrier et les gestes techniques précis
Le retrait des jeunes pousses axillaires doit être systématique dès la plantation et jusqu’à la mi-juin. Après le 15 juin, une méthode hybride consiste à conserver les nouveaux gourmands tout en coupant systématiquement leurs bouquets floraux. Cela permet de renouveler les vieilles feuilles fatiguées tout en alimentant le plant en sève élaborée.
Pour réaliser ce geste, privilégiez un pincement manuel délicat entre le pouce et l’index lorsque le gourmand est encore jeune et tendre. Si la pousse est devenue trop robuste (plus de 0,5 cm de diamètre), utilisez un sécateur ou des ciseaux désinfectés pour obtenir une coupe nette. S’il s’agit d’un oubli et que le gourmand est déjà très grand, il est préférable de le conserver pour éviter de créer une plaie trop large.
Il est impératif de tailler exclusivement par temps sec et ensoleillé. Il faut en effet environ trois jours de soleil pour qu’une plaie de taille puisse cicatriser complètement, barrant ainsi la route au mildiou. Vers la mi-août, coupez la tête de la tige principale (étêtage) car les fleurs tardives n’auront pas le temps de mûrir, et réduisez l’arrosage pour stopper l’apparition de nouveaux bourgeons. Enfin, supprimez systématiquement les feuilles basses en contact avec le sol (jusqu’à 40 cm de hauteur) pour éliminer les vecteurs de transmission des maladies par éclaboussures.
Les stratégies de conduite des gourmands tomates et de tuteurage
Le jardinier peut choisir parmi plusieurs stratégies de conduite selon la configuration de son potager :
- La conduite sur tige unique : on conserve uniquement le brin principal en supprimant tous les rejets, ce qui est idéal pour un tuteurage serré sur spirale ou ficelle.
- La conduite multi-tiges : on laisse se développer deux à six tiges vigoureuses en sélectionnant des gourmands bien placés, souvent en partie haute.
- Les protocoles spécifiques : sous serre, on plante tous les 40 cm sur deux tiges ; pour les tomates greffées en extérieur, on espace de 40 à 50 cm pour quatre à six tiges ; pour les tomates cerises, on nettoie la base et on évite de tailler au-dessus de 40 cm du sol.
Pour attacher vos tiges et retirer les gourmands tomates, privilégiez des liens souples et extensibles, comme des bandes en caoutchouc, plutôt que des ficelles trop serrées qui risquent de couper la circulation de la sève.
Multiplier gratuitement ses plants grâce aux gourmands
Le bouturage classique en pot ou dans l’eau
Les rejets de tomates coupés constituent une excellente matière première pour multiplier vos plants gratuitement. Pour un bouturage classique, préparez des pots d’environ 10 cm remplis de terreau humide. Faites un trou au centre, enfoncez la base de la tige sur trois centimètres de profondeur, tassez et arrosez abondamment. Une pulvérisation quotidienne d’eau permettra d’assurer l’enracinement avant le repiquage.
Une alternative extrêmement simple consiste à placer le gourmand prélevé dans un récipient rempli d’eau de pluie. En quelques jours, des racines viables vont se développer à la base de la tige, indiquant que le jeune plant est prêt à être mis en terre.
Le bouturage direct sur paillage et le greffage
Après un épisode pluvieux ou un orage d’été, lorsque la terre sous le paillage est saturée d’humidité, vous pouvez tenter le bouturage direct en pleine terre. Sélectionnez un gourmand vigoureux, d’une épaisseur minimale équivalente à celle d’un crayon. Retirez ses feuilles basales, puis réalisez un trou de 10 à 15 cm de profondeur à l’aide d’une barre de fer dans un sol frais et bien paillé. Insérez la tige, tassez fermement la terre avec le pied et ramenez le paillage tout autour. Aucun arrosage n’est requis si le sol reste frais ; l’enracinement se fait en une semaine et les premières tomates peuvent être récoltées sous quatre à six semaines.
Enfin, pour les jardiniers avertis, ces pousses axillaires peuvent servir de greffons. En taillant le gourmand en biseau et en l’insérant dans la fente d’un porte-greffe vigoureux, on obtient après une période de confinement chaud et humide un plant robuste et hautement productif.
Que vous choisissiez la rigueur de la taille ou la liberté de la croissance naturelle, l’observation attentive de vos plants reste la clé d’un potager réussi. En adaptant ces techniques à votre climat et à vos variétés, vous offrirez à vos tomates les meilleures conditions pour s’épanouir et garnir généreusement vos assiettes estivales.
