Lorsque le monde entier a découvert les images saisissantes d’une métropole coupée du reste de la planète au début de l’année 2020, Arnauld Miguet incarnait la voix et le regard de la télévision française sur place. En poste au cœur des bouleversements contemporains, le grand reporter s’est imposé au fil des décennies comme une référence incontournable de l’information internationale sur le service public. Son parcours singulier mêle une solide rigueur universitaire et une pratique exigeante du journalisme de terrain.
Loin des plateaux parisiens, le correspondant de France Télévisions privilégie le temps long de l’immersion pour décrypter les mutations géopolitiques complexes. De l’Asie du Sud aux métropoles chinoises hyperconnectées, son travail documente les tensions et les métamorphoses d’un continent en pleine effervescence.
Des bancs universitaires aux théâtres de crise internationaux
Né en 1968 dans le Morbihan, le journaliste grandit dans un univers tourné vers l’action publique. Il est en effet le fils de Robert Miguet, haut fonctionnaire ayant exercé comme préfet et conseiller ministériel. Après des études supérieures couronnées par des diplômes en droit public et en sciences politiques, il s’oriente d’abord vers l’enseignement supérieur.
Durant plusieurs années, il enseigne les sciences politiques au sein d’institutions prestigieuses telles que Sciences Po Paris, la London School of Economics (LSE) et le King’s College de Londres. Dans ce cadre académique, il mène également des missions en Inde pour former les élites locales aux dynamiques de la mondialisation. Cette double casquette nourrit une méthode d’analyse approfondie qu’il applique ensuite au traitement de l’actualité audiovisuelle.
Arnauld Miguet intègre France 2 en 1994 en tant que correspondant local avant d’élargir rapidement son horizon. Il couvre ainsi l’actualité américaine depuis Washington, puis part en Irak couvrir la guerre de 2003 à Bagdad. Par la suite, il occupe plusieurs responsabilités de coordination éditoriale à Paris :
- Chef adjoint du service Étranger de France 2 jusqu’au début de l’année 2011 ;
- Rédacteur en chef adjoint du journal télévisé Soir 3 entre 2011 et 2012 ;
- Rédacteur en chef du magazine économique L’Angle éco diffusé sur France 2.
L’ancrage asiatique : de New Delhi à la direction du bureau de Pékin
Attiré par les dynamiques de l’Orient, Arnauld Miguet fonde le bureau permanent de France 2 à New Delhi. Durant cette période, il parcourt l’Inde, le Pakistan ou encore les Maldives pour alimenter les journaux télévisés et des magazines spécialisés comme Un Œil sur la planète. Cette expérience prolongée lui permet d’acquérir une connaissance intime des subtilités sociologiques et religieuses du sous-continent indien.
En septembre 2016, il prend une nouvelle dimension en devenant le chef du bureau permanent de France Télévisions à Pékin. Il y succède à Alain de Chalvron pour coordonner la couverture d’une zone géographique immense et stratégique. Entouré d’une équipe composée de journalistes reporters d’images, de productrices locales et de techniciens, il suit au plus près les transformations économiques, sociétales et diplomatiques de la puissance chinoise.
Sur le plan personnel, le journaliste préserve farouchement son intimité et cultive une discrétion absolue, refusant toute mise en scène de sa vie privée. Il estime en effet que la mission première du reporter consiste à observer le monde extérieur sans jamais chercher à devenir le centre de l’histoire.
Wuhan 2020 : l’épreuve des 133 jours au cœur du blocus sanitaire
L’engagement professionnel d’Arnauld Miguet prend un tournant historique au début de l’année 2020. Arrivé à Wuhan le 22 janvier avec le journaliste reporter d’images Gaël Caron, il se retrouve bloqué par l’instauration soudaine du cordon sanitaire visant à freiner la propagation du coronavirus. Le binôme fait alors le choix de rester sur place pour témoigner de la situation.
Pendant une période continue de 133 jours, ils deviennent les seuls journalistes français présents au cœur de l’épicentre épidémique. Le travail quotidien s’effectue dans des conditions particulièrement rudes à l’intérieur d’une ville fantôme privée de transports publics :
- Recours à des chauffeurs bénévoles locaux pour pouvoir circuler entre les quartiers ;
- Réalisation de duplex télévisés le visage protégé par un masque chirurgical ;
- Climat permanent de méfiance où la moindre hausse de température corporelle suscite l’inquiétude ;
- Quadrillage strict de l’espace urbain par les comités de quartier et les autorités locales.
Cette expérience extrême a fait l’objet d’un livre de témoignage intitulé 133 jours à Wuhan avec un chien, un chat et la peur au ventre, paru en 2021 avec une préface d’Éric Fottorino. L’envoyé spécial en Chine a également partagé ses observations dans le cadre du documentaire télévisé consacré aux origines de la crise mondiale, ainsi que lors d’un séminaire d’études organisé à l’École normale supérieure.
Regard critique sur la société de surveillance et l’essor chinois
Au-delà de la gestion des crises sanitaires, Arnauld Miguet documente avec précision les mutations structurelles de l’Asie contemporaine. Dès 2018, il publie un Dictionnaire insolite de l’Inde dans lequel il décrypte les traditions culturelles, le culte de la vache sacrée ou encore les pratiques astrologiques locales après deux décennies de fréquentation de la région.
Dans ses enquêtes relatives à la Chine, le grand reporter analyse les rouages d’un système technologique sophistiqué. Son travail met en lumière l’architecture du contrôle étatique, combinant reconnaissance faciale, censure numérique et surveillance biométrique omniprésente. Il s’intéresse également aux mesures d’encadrement des comportements quotidiens, à l’image du couvre-feu virtuel pour les mineurs limitant drastiquement le temps d’accès aux jeux vidéo en ligne.
Parallèlement, ses reportages soulignent l’ampleur des investissements consacrés aux infrastructures modernes. La Chine a développé le premier réseau ferroviaire à grande vitesse du globe et modernise à un rythme accéléré ses plateformes aéroportuaires, comme le prouve l’aéroport ultra-technologique de Pékin-Daxing. Sur le plan environnemental, le correspondant à Pékin relève la montée en puissance des énergies renouvelables visant à réduire la dépendance aux combustibles fossiles, illustrant ainsi la marche contrastée d’un pays partagé entre contrôle autoritaire et bond technologique.
Grâce à son recul analytique et sa connaissance approfondie des terrains asiatiques, Arnauld Miguet continue d’apporter aux téléspectateurs un éclairage précieux pour comprendre les équilibres géopolitiques de demain.






