Le chanteur d'opéra Laurent Naouri pose élégamment dans une salle de spectacle richement décorée

De l’École Centrale aux plus grands opéras : le parcours de Laurent Naouri

Passer des amphithéâtres d’une prestigieuse école d’ingénieurs aux feux de la rampe des plus grands théâtres mondiaux relève d’un parcours atypique. Laurent Naouri incarne précisément cette métamorphose audacieuse, s’imposant depuis trois décennies comme une figure majeure de la scène musicale française et internationale.

Grâce à une voix puissante et un sens théâtral aiguisé, l’artiste lyrique français a conquis les scènes les plus prestigieuses, du Metropolitan Opera de New York à la Scala de Milan, en passant par l’Opéra national de Paris et le Royal Opera House de Londres.

De l’École Centrale aux scènes internationales

Né le 23 mai 1964 à Paris, Laurent Naouri grandit au sein d’une famille d’intellectuels et d’artistes. Il est le fils du pédiatre Aldo Naouri, ainsi que le frère de l’écrivaine Agnès Desarthe et de la metteuse en scène Elsa Rooke. Rien ne le destinait pourtant d’emblée à l’opéra. Il suit d’abord une formation scientifique de haut niveau et obtient son diplôme de l’École Centrale de Lyon en 1986.

Cette même année, il choisit de réorienter totalement sa vie pour embrasser le chant lyrique. Afin de financer ses premières leçons vocales, le jeune Centralien donne des cours particuliers de mathématiques. Il étudie l’écriture auprès de la compositrice Yvonne Desportes, avant de se perfectionner au Centre National d’Insertion Professionnelle des Artistes Lyriques à Marseille.

Son apprentissage se poursuit outre-Manche à la prestigieuse Guildhall School of Music and Drama de Londres. Il parachève ensuite sa technique avec son maître de chant Jean-Pierre Blivet. Après des débuts scéniques dans le rôle de Guglielmo dans Così fan tutte avec le CNIPAL, sa carrière décolle véritablement en 1992. Il interprète alors le rôle-titre de Christophe Colomb de Darius Milhaud lors de l’inauguration du Théâtre Impérial de Compiègne.

L’art du baryton-basse : souplesse et maturité vocale

Doté d’une vocalité ductile et d’un ambitus remarquable, Laurent Naouri est le plus souvent qualifié de baryton-basse. Sa tessiture étendue lui permet d’alterner avec aisance des rôles de baryton aigu et des incarnations profondes de basse noble ou bouffe. Cette flexibilité technique nourrit un éclectisme exceptionnel qui s’étend sur plus de quatre siècles de musique.

Loin des poses académiques, le chanteur puise son inspiration chez des figures éclectiques, notamment le pianiste de jazz Bill Evans. Il admire chez ce musicien l’alliance d’un travail acharné et d’une sincère humilité face à l’art. L’éminent chanteur d’opéra rappelle souvent qu’un don naturel nécessite une rigueur quotidienne pour s’épanouir pleinement dans la durée.

Par ailleurs, l’artiste aborde la maturité vocale avec une grande lucidité. Les voix graves bénéficient en effet d’un répertoire particulièrement riche avec le temps. La cinquantaine passée permet d’explorer des figures d’autorité, des rôles paternels complexes ou de redoutables antagonistes dramatiques avec une densité nouvelle.

Les grands rôles de référence d’un interprète d’exception

Golaud et les grandes figures du drame

Au fil des saisons, Laurent Naouri est devenu la référence internationale incontestée du rôle de Golaud dans Pelléas et Mélisande de Debussy. Après une première interprétation mémorable au Théâtre des Champs-Élysées sous la baguette de Bernard Haitink en 2000, il promène ce personnage tourmenté à Berlin, Salzbourg, Madrid ou Los Angeles. Plus récemment, il a évolué vers le rôle du sage Arkel dans ce même chef-d’œuvre à l’Opéra de Monte-Carlo.

Le répertoire dramatique lui offre d’autres sommets. Il aborde Giorgio Germont dans La Traviata, le Grand Prêtre dans Samson et Dalila, ou encore le Marquis de la Force dans Dialogues des Carmélites. En 2012, il effectue ses débuts au Metropolitan Opera de New York en incarnant Sharpless dans Madama Butterfly de Puccini. Il séduit également le public britannique dans le rôle d’Escamillo lors de ses débuts à Covent Garden.

Méchants d’anthologie, farce et travestissement

Le célèbre baryton brille également dans l’incarnation des figures maléfiques. Sa composition des quatre diables dans Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach fait sensation sur les plus prestigieuses scènes lyriques, de Paris à New York. Sa présence scénique lui permet d’exprimer toute la noirceur ironique de ces personnages diaboliques.

Cependant, le grand baryton français excelle tout autant dans la comédie pure et l’autodérision. En 2013, il remporte un succès critique marquant au Festival de Glyndebourne dans le rôle-titre de Falstaff de Verdi. Il triomphe aussi dans un registre truculent en incarnant Mamma Agata, rôle travesti comique dans Viva la Mamma de Donizetti à l’Opéra de Lyon.

De la redécouverte baroque aux créations contemporaines

Le parcours de l’artiste s’illustre par une fidélité constante aux compositeurs des XVIIe et XVIIIe siècles. En 1996, il fait ses débuts au Palais Garnier avec Les Musiciens du Louvre sous la direction de Marc Minkowski dans Hippolyte et Aricie de Rameau. Il explore également les partitions majeures de Lully et de Gluck, contribuant activement au renouveau baroque français.

En parallèle, Laurent Naouri s’engage avec passion dans la musique moderne et contemporaine. Il participe à la création mondiale de Trompe-la-Mort de Luca Francesconi à l’Opéra de Paris, avec une impressionnante incarnation de Vautrin. Il interprète aussi Leon Klinghoffer dans The Death of Klinghoffer de John Adams à Florence, ainsi que le personnage de Hamm dans Fin de partie de György Kurtág au Staatsoper de Berlin.

Tout au long de son parcours, il collabore avec les chefs d’orchestre les plus renommés du circuit international :

  • William Christie, René Jacobs et Marc Minkowski pour le répertoire ancien et baroque ;
  • Bernard Haitink, Simon Rattle et Kent Nagano pour les grands ouvrages symphoniques et post-romantiques ;
  • Alexander Soddy, Lawrence Renes et Kazuki Yamada sur les scènes modernes et contemporaines.

Mélodie française, jazz et équilibre personnel

En marge des scènes d’opéra, Laurent Naouri cultive un amour profond pour la mélodie française. Il consacre ainsi plusieurs récitals et enregistrements aux œuvres de Gabriel Fauré, Maurice Ravel, Albert Roussel et Francis Poulenc. Passionné par les harmonies modernes, il publie également en 2006 l’album Round about Bill, un hommage raffiné à l’univers de Bill Evans.

Sur le plan personnel, le chanteur partage sa vie avec la célèbre soprano Natalie Dessay depuis leur mariage en 1994. Le couple donne naissance à deux enfants devenus à leur tour musiciens professionnels : Tom Naouri, saxophoniste de jazz, et Neïma Naouri, artiste lyrique. Cette complicité familiale s’exprime parfois sur scène lors de projets musicaux partagés.

Distingué comme Chevalier de la Légion d’honneur pour son apport au rayonnement culturel, l’interprète témoigne d’une remarquable constance professionnelle. Il collabore notamment avec l’Agence Artistique Thérèse Cédelle depuis plus de trente ans, préservant une stabilité exemplaire dans un univers artistique en perpétuelle mutation.

En unissant exigence intellectuelle, rigueur technique et liberté théâtrale, Laurent Naouri continue d’enrichir le paysage lyrique mondial. Son cheminement singulier rappelle que la passion et le travail demeurent les plus sûrs garants d’une longévité artistique accomplie.


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