Tatiana Probst réconcilie l’art de l’interprétation vocale et l’acte d’écriture musicale. Dans un milieu classique qui sépare souvent l’interprète du compositeur, cette musicienne singulière explore les scènes d’opéra tout en bâtissant un catalogue symphonique et chambriste ambitieux.
Issue d’une grande dynastie artistique, elle trace une voie personnelle guidée par la dramaturgie, la poésie et la liberté formelle. Son parcours montre une volonté constante d’unir le geste vocal et la recherche harmonique.
Une lignée prestigieuse et une formation d’excellence
Née le 29 décembre 1987 à Paris, la soprano et compositrice grandit au sein de la célèbre famille Casadesus. Elle est la fille du compositeur Dominique Probst et de la comédienne Catherine Chevallier, ainsi que la petite-fille de l’actrice Gisèle Casadesus. Sa sœur Barbara Probst mène également une carrière théâtrale reconnue.
Très jeune, elle développe une relation intime avec la musique et le clavier. Elle entre dès l’âge de quatorze ans au conservatoire de Levallois-Perret dans la classe de composition de Michel Merlet. Elle y obtient rapidement un premier prix de piano et un prix d’excellence en musique de chambre.
À vingt ans, Tatiana Probst intègre le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris. Elle se forme au chant lyrique auprès de Mireille Alcantara et décroche son Master 2 en 2013. Cette double compétence solide forge immédiatement sa singularité créative.
De Mozart à Puccini : une soprano sur les scènes d’opéra
Sur les planches lyriques, l’artiste lyrique aborde un répertoire varié qui met en valeur son timbre clair et son tempérament expressif. Elle incarne Musetta puis Mimì dans La Bohème de Giacomo Puccini, mais aussi Micaëla dans Carmen de Georges Bizet, notamment au Théâtre National Mohammed V de Rabat.
Elle s’illustre également dans le répertoire mozartien à travers les rôles de Papagena et Pamina dans La Flûte enchantée. En avril 2019, elle chante Javotte dans Manon de Jules Massenet au Théâtre des Champs-Élysées, aux côtés du ténor Juan Diego Flórez.
Parallèlement aux théâtres d’opéra, Tatiana Probst se produit régulièrement sur les scènes de concert et dans les grands festivals populaires. Elle chante ainsi comme soliste lors de l’événement estival Un Violon sur le sable à Royan devant plus de cinquante mille spectateurs. Elle collabore également avec des chefs renommés tels que Marc Minkowski, Mikko Franck et Laurent Petitgirard.
L’écriture musicale selon la compositrice française
Comme créatrice, la compositrice française revendique un style expressif et narratif. Son langage musical s’appuie sur une ligne mélodique affirmée, un sens aiguisé du rythme et des harmonies riches, teintées par l’héritage d’Henri Dutilleux, de Richard Wagner et du jazz.
Elle écrit d’ailleurs elle-même la plupart des poèmes et livrets de ses partitions vocales. Son catalogue s’étend de la mélodie intimiste aux vastes fresques orchestrales :
- Exorde (2014) : sa première symphonie pour orchestre et récitantes, créée sous la baguette de Pierre Deville.
- Les Ans Volés (2017) : pièce pour orchestre et voix de soprano solo créée avec l’Orchestre Pasdeloup sous la direction de Julien Masmondet.
- Du gouffre de l’aurore (2024) : commande d’envergure pour chœur et orchestre donnée en création en septembre 2024 par Mikko Franck.
- Ainsi un nouveau jour (2016) : premier quatuor à cordes créé au Festival d’Hardelot par le Quatuor Rosamonde.
- Ligne 5 (2014) : comédie musicale fédérant plus de soixante étudiants d’écoles d’art parisiennes.
Cette production prolifique illustre son désir de décloisonner les disciplines en rapprochant le théâtre, le chant et la musique pure.
Résidences de création et rayonnement discographique
Les institutions saluent régulièrement le travail de Tatiana Probst. En 2016, elle devient la première femme invitée en résidence de composition à l’Abbaye de Fontevraud dans le cadre du foyer Dutilleux-Joy. Plus récemment, elle est accueillie comme pensionnaire à la Villa Marmottan par l’Académie des beaux-arts, dont elle reçoit un prix d’encouragement.
Sa discographie reflète la cohérence de son double engagement artistique. En 2022, elle publie son premier disque monographique, The Matter of Time Project, réunissant des pièces de chambre et des pages orchestrales enregistrées avec des solistes de premier plan.
En juin 2025, elle fait paraître l’album Vox Atramentum (Ou l’encre de la voix), enregistré au studio Midilive à Villetaneuse. Ce programme vocal ambitieux entremêle ses propres partitions avec des œuvres de neuf compositeurs historiques, de Claude Debussy à Mel Bonis, démontrant son goût pour les correspondances poétiques.
À travers ses créations et ses interprétations, Tatiana Probst continue d’enrichir le répertoire d’aujourd’hui. Sa démarche décloisonnée confirme que la voix reste l’un des plus puissants vecteurs de l’imaginaire musical contemporain.






