Romain Bardet en tenue de cycliste avec un casque sur la tête

Romain Bardet : l’éthique au cœur de l’effort, du bitume du Tour de France aux pistes de gravel

Dans un cyclisme moderne souvent dominé par les calculs de puissance et les stratégies ultra-verrouillées, certains athlètes parviennent à préserver une forme de romantisme. Romain Bardet incarne parfaitement cette catégorie de coureurs capables d’allier un panache indéniable en montagne à une réflexion intellectuelle profonde sur leur sport. Tout au long de son parcours, le grimpeur français a su conquérir le cœur du public par son style offensif et ses engagements éthiques rigoureux.

Cependant, la route ne résume pas toute son existence. Après avoir fait ses adieux au peloton professionnel en juin 2025, Romain Bardet s’est immédiatement réinventé à travers de nouveaux défis sportifs et médiatiques. Ce parcours singulier montre qu’au-delà des victoires, c’est une certaine idée du sport que ce champion a voulu transmettre.

Des sommets auvergnats aux premiers dossards professionnels de Romain Bardet

Les racines brivadoises et le double projet académique

Né à Brioude en Haute-Loire, le jeune auvergnat grandit dans un environnement familial propice à l’effort et à la pédagogie. Son père, instituteur et bénévole actif au club de vélo local, lui transmet très tôt la passion de la bicyclette. Sa mère, infirmière, veille quant à elle sur l’équilibre de la fratrie qu’il forme avec sa sœur cadette.

Mais le futur champion ne se contente pas de pédaler. En effet, il mène de front sa progression sportive et un parcours universitaire brillant. Il décroche d’abord une licence de droit public en 2011, avant d’intégrer la prestigieuse école de management EM Lyon. Il y obtient en 2015 un diplôme d’études supérieures adapté aux sportifs de haut niveau, prouvant qu’une tête bien faite peut accompagner des jambes d’exception.

L’apprentissage de Romain Bardet chez les amateurs et son envol vers le peloton pro

Romain Bardet prend sa première licence en club au tournant des années 2000, au Vélo Sport Brivadois. Très vite, ses qualités de grimpeur se révèlent dans les catégories de jeunes, où il s’adjuge notamment le titre de champion d’Auvergne chez les cadets. Plus tard, ses performances solides chez les juniors lui permettent d’intégrer le club de division nationale CR4C Roanne en 2009.

Son talent attire alors l’attention de Vincent Lavenu, qui le recrute au sein du Chambéry Cyclisme Formation. Sous ces couleurs, il multiplie les places d’honneur sur les courses espoirs les plus exigeantes d’Europe. Enfin, lors du Tour de l’Avenir 2011, il s’impose sur une étape de montagne et décroche le classement par points, validant ainsi son passage chez les professionnels.

Les grandes heures chez AG2R La Mondiale : l’affirmation d’un leader (2012-2020)

Les premiers coups d’éclat de Romain Bardet et sa découverte du Tour de France

Dès sa première saison chez les professionnels en 2012, le coureur auvergnat surprend par sa maturité tactique. Il s’illustre notamment sur l’Amstel Gold Race grâce à une impressionnante échappée de plus de deux cents kilomètres. Par ailleurs, il montre de belles dispositions sur les courses par étapes, terminant à une prometteuse cinquième place au Tour de Turquie selon certaines sources de l’époque.

En 2013, il participe à son premier Tour de France avec l’ambition d’apprendre. Néanmoins, les circonstances de course le propulsent rapidement comme leader de sa formation suite à l’abandon de son coéquipier Jean-Christophe Péraud. Il assume ce rôle avec brio en terminant quinzième de l’épreuve à Paris, avant de remporter quelques semaines plus tard le classement général du Tour de l’Ain.

L’apogée sur la Grande Boucle et les podiums historiques

Les années suivantes marquent l’affirmation du grimpeur français parmi l’élite mondiale du cyclisme. En 2015, il réalise un coup d’éclat mémorable lors du Critérium du Dauphiné en s’imposant à Pra-Loup après une descente vertigineuse du col d’Allos. Quelques semaines plus tard, il confirme son statut sur le Tour de France en remportant l’étape de Saint-Jean-de-Maurienne, s’offrant également le titre de super-combatif de l’épreuve.

Pourtant, c’est en 2016 qu’il atteint les sommets de sa carrière sur route. Grâce à une attaque tranchante dans la descente de Domancy, il remporte l’étape de Saint-Gervais-les-Bains et se hisse à la deuxième place du classement général final. L’année suivante, il récidive en s’imposant sur les pentes raides de l’altiport de Peyragudes lors de la douzième étape, s’offrant un nouveau podium final à Paris pour seulement une seconde de marge.

Combats, maillot à pois et coups du sort pour Romain Bardet

La saison 2018 apporte son lot de grandes émotions mais aussi de frustrations. Malgré plusieurs incidents mécaniques sur les routes du Tour de France, le leader d’AG2R parvient à accrocher la sixième place finale. En fin d’année, il réalise l’une des plus belles courses de sa carrière en devenant vice-champion du monde sur route à Innsbruck, battu de peu au sprint par le chevronné Alejandro Valverde.

Cependant, les saisons suivantes s’avèrent plus compliquées pour Romain Bardet, qui subit des défaillances physiques inattendues. En 2019, distancé rapidement pour le classement général, il parvient à sauver son Tour en conquérant le maillot à pois de meilleur grimpeur à Paris. En 2020, alors qu’il occupe la quatrième place du général, une violente chute lui cause une commotion cérébrale sur les pentes du Puy Mary, le contraignant à son premier abandon sur la Grande Boucle.

Le renouveau international sous les couleurs de la Team DSM (2021-2025)

À la conquête de nouvelles routes et d’un rôle de leader mondial pour Romain Bardet

Désireux de donner un nouvel élan à sa carrière, Romain Bardet rejoint la formation allemande Team DSM en 2021. Ce changement d’environnement lui permet de découvrir de nouvelles épreuves, notamment le Tour d’Italie où il prend une belle septième place finale. Quelques mois plus tard, il s’illustre sur le Tour d’Espagne en s’imposant en solitaire au sommet du Pico Villuercas lors de la quatorzième étape.

En 2022, le coureur auvergnat confirme son retour au premier plan en s’adjugeant le classement général du Tour des Alpes. Malheureusement, la malchance le rattrape sur le Giro qu’il doit abandonner à cause de violents maux d’estomac alors qu’il jouait le podium. Lors de Liège-Bastogne-Liège, il marque également les esprits en s’arrêtant pour secourir Julian Alaphilippe après une terrible chute collective, un geste de fair-play salué mondialement.

Le baroud d’honneur de 2024 : le Maillot Jaune tant attendu

La saison 2024 reste sans doute l’une des plus mémorables de sa fin de carrière sur route. Au printemps, il réalise une performance exceptionnelle sur Liège-Bastogne-Liège en prenant la deuxième place derrière l’intouchable Tadej Pogačar. Mais c’est en juillet que l’ancien podium du Tour va écrire l’une des plus belles pages de sa légende personnelle.

Dès la première étape du Tour de France, reliant Florence à Rimini, il s’échappe à cinquante kilomètres de l’arrivée. Accompagné par son jeune équipier Frank van den Broek, il résiste héroïquement au retour du peloton pour remporter l’étape et endosser le premier Maillot Jaune de sa carrière. Ce moment de pure émotion récompense des années de persévérance au plus haut niveau.

La révérence en 2025 sur le Critérium du Dauphiné

Pour sa dernière demi-saison sur route en 2025, sous les couleurs de Picnic PostNL, le grimpeur français s’offre un ultime tour de piste. Il participe notamment à son dernier Giro d’Italie avant de se concentrer sur son ultime objectif. C’est finalement sur les routes du Critérium du Dauphiné, en juin 2025, qu’il choisit de faire ses adieux.

Lors de la septième étape, fidèle à son tempérament offensif, il s’échappe dans le col de la Croix de Fer pour passer seul en tête à Saint-Jean-de-Maurienne. Le lendemain, pour sa toute dernière journée de course, le peloton ému lui réserve une haie d’honneur exceptionnelle pour saluer son immense carrière. Il prend officiellement sa retraite de la route le 15 juin 2025.

Un homme de convictions face aux dérives de son sport

Au-delà de son palmarès, Romain Bardet s’est toujours distingué par ses positions tranchées et son éthique irréprochable. Membre actif du Mouvement pour un cyclisme crédible (MPCC), il a toujours milité pour un sport propre et transparent. Cette rigueur morale a d’ailleurs guidé ses choix de carrière, l’adhésion de la formation DSM à ce mouvement ayant pesé l’année de son transfert.

Cette intransigeance s’est manifestée à plusieurs reprises face aux affaires de dopage. En 2015, il exprime publiquement sa profonde colère après le contrôle positif de son équipier Lloyd Mondory, évoquant les blessures de son enfance passée sous le poids des années sombres du cyclisme. Plus tard, il n’hésite pas à réclamer l’interdiction des cétones ou à critiquer l’absence de règles strictes lors du contrôle anormal de Chris Froome.

La nouvelle vie : les pistes de gravel et le micro de consultant (2025-2026)

La retraite de la route n’a pas pour autant éteint la flamme de la compétition chez l’Auvergnat. Dès le mois d’août 2025, il entame une reconversion réussie dans le gravel sous les couleurs de la marque BMC. Rapidement, il s’impose sur de prestigieuses épreuves comme la Monsterrando en Italie et décroche la médaille d’argent lors du tout premier championnat de France de la discipline.

L’année 2026 confirme cette domination sur les chemins de terre à travers le monde. Il commence sa saison en remportant la RADL GRVL en Australie sous le maillot de l’équipe Picnic PostNL, avant de s’imposer en Espagne et à Monaco devant des champions comme Peter Sagan. En parallèle, il apporte son expertise aux téléspectateurs en tant que consultant pour France Télévisions, suivant le Tour de France au plus près depuis les motos de la chaîne.

Alors qu’il explore désormais de nouveaux horizons sportifs et envisage une future reconversion dans l’œnologie, le champion auvergnat laisse derrière lui l’image d’un athlète complet et intègre. Son parcours rappelle que la grandeur d’un cycliste ne se mesure pas seulement au nombre de ses trophées, mais aussi à la force de ses convictions et au respect qu’il inspire à ses pairs.


Publié le

dans

par